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 Wardwesân (F. Werst)

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Vilko
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MessageSujet: Wardwesân (F. Werst)   Lun 21 Mar 2011 - 0:53

J'ai acheté le livre jeudi dernier et j'ai commencé à le lire, en commençant par la fin : la grammaire et le lexique du wardwesân ! Le livre est écrit dans une idéolangue avec la traduction française à côté : un tour de force. Le lexique placé à la fin du livre doit faire un peu moins de 3500 mots.

La langue est bien construite et intéressante, avec des sonorités majestueuses :

Wôr ar jazhenta jezaoth wôrmath ar kenenta kenaoth.
Les animaux vont au hasard tandis que les hommes sont debout.

Ware ar kema ô want ? Ya zam ô athaman ar ema er agad werst ab emênd ?
Qu'est-ce que la beauté ? Se trouve-t-elle dans l'œil ou également dans la chose regardée ?

ô = o fermé, j comme en français, zh = th de l'anglais "there", th = th de l'anglais "thin"; ê = é, le r est roulé, et l'accent est toujours sur la première syllabe.

La grammaire est complexe (beaucoup de pluriels irréguliers !) mais logique.

Je n'arrive pas à me dégager de l'impression que les Wards ont quitté le sud de l'Espagne pour s'installer dans le nord du Maroc, autour du 5e siècle avant Jésus-Christ. Les cartes dessinées par l'auteur ressemblent vaguement aux régions situées au nord et au sud du détroit de Gibraltar, et l'ambiance des textes est méditerranéenne, avec des mots comme merwa (huile).

Le wardwesân est censé s'écrire avec un alphabet. On imagine un de ces vieux alphabets pré-latins, comme ceux des ibères et des étrusques.

Le livre est supposé être un condensé de l'ancienne littérature des Wards, dans les premiers siècles de leur histoire. On y croit, et personnellement j'aime l'atmosphère d'antique civilisation que sait rendre l'auteur, avec ses rois, ses dieux, ses poètes et ses philosophes.

J'espère que dans le prochain volume (3e et 4e siècle) la littérature du wardwesân aura ses auteurs de théâtre, et l'équivalent local du Plaute latin, ce qui nous permettra d'avoir un aperçu de la vie quotidienne et du langage familier.
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Nemszev
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Lun 21 Mar 2011 - 2:07

Sans avoir lu la grammaire de la langue, je ne peux pas dire grand chose à son sujet.
Mais après avoir lu les phrases à voix haute, c'est vrai qu'il y a cette impression de langue arabe ou celtique. Je remarque par exemple la présence d'un article défini invariable "ar"... Il me semble que le verbe se met au début de la phrase...

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Ziecken
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Lun 21 Mar 2011 - 11:44

Je vais me le procurer aussi. Je trouve que c'est une excellente idée, je vais essayer d'entreprendre quelque chose dans le même esprit. J'avais déjà commencé à rédiger un livre, mais l'idée qu'il soit bilingue ne m'avais pas effleuré l'esprit ! Razz

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Vilko
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Lun 21 Mar 2011 - 22:29

Nemszev a écrit:
Sans avoir lu la grammaire de la langue, je ne peux pas dire grand chose à son sujet.
Mais après avoir lu les phrases à voix haute, c'est vrai qu'il y a cette impression de langue arabe ou celtique. Je remarque par exemple la présence d'un article défini invariable "ar"... Il me semble que le verbe se met au début de la phrase...
En fait il existe plusieurs articles en wardwesân : ar, be/ben, ye, ke/ken... ar est l'article "singulatif absolu"... Et le verbe ne se met pas en début de phrase, mais à la fin, sauf quand il est conjugué au "gnomique", un temps verbal particulier au wardwesân...

Ziecken a écrit:
Je vais me le procurer aussi. Je trouve que c'est une excellente idée, je vais essayer d'entreprendre quelque chose dans le même esprit. J'avais déjà commencé à rédiger un livre, mais l'idée qu'il soit bilingue ne m'avais pas effleuré l'esprit !
Il va falloir que je songe à commencer à rédiger "Eikanem ye Tlatayetgo"... 200 pages en dibadien, et autant en français... D'abord, créer un dictionnaire dibadien de 5000 mots, et ensuite caser chacun d'eux au moins deux fois dans le texte. De quoi m'occuper l'esprit quelques années...
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Mar 22 Mar 2011 - 21:35

Plus j'avance dans le livre, plus je le trouve intéressant.

Les Wards ont apparemment des maisons à toits plats, puisqu'il est indiqué, page 45, que sur le toit de chaque maison de Wagamarkan se trouvait un autel "où brûlait le feu bénit consacré à Argabal". Ça me conforte dans mon idée que le pays des Wards correspond au sud de l'Espagne et au nord du Maroc.

Plus surprenant : le wardwesân a-t-il, comme l'oubykh et une langue amazonienne, la très rare occlusive labialisée alvéolaire /tw/ ?

J'ai remarqué que dans le lexique wardwesân placé en fin de livre, 26 mots commencent par tw-, et seulement 9 par kw-, 5 par thw- ou sw-, 2 par dw-, 1 par gw-, et zéro par bw-, pw-, qw-, phw-, shw- ou xw-.

Les mots commençant par tw- sont placés à part dans le lexique, comme s'il s'agissait d'une lettre distincte.

/tw/ est aussi très fréquent à l'intérieur des mots.

Les Wards, avec le culte de Parathôn, qui remplace les anciens dieux, ont une religion de conquête guerrière :

Citation :
Beraoth ô zês erkaph amôn ak aw atha zôn ar berm ak zhôn ar wewar ak werw zem nâz morzan wajan.

Wôrkhan waza Parathôn arzanô nagazan wôr weza yemô nâz merna qamagô.

Wôrkhan waza paraman yezô arzês xiran wôr yamô erkaph amôn za garazharagô.

Il connaît des empires qui se trouvent dans les étoiles et d'autres qui sont au-delà de l'océan : tous lui obéissent scrupuleusement.

Si Parathôn le leur commande, alors ils viendront et vous détruiront facilement.

Si votre adoration le satisfait, alors c'est vous qui irez conquérir ces empires
.
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Mar 22 Mar 2011 - 22:09

Il y a moyen de trouver l'explication complète de la prononciation? C'est assez frustrant d'avoir un texte sans savoir comment le lire... Crying or Very sad

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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Mer 23 Mar 2011 - 0:26

En recopiant les explications données dans le livre :

Le wardewân classique possède neuf voyelles :

a â e ê o ô i y u
"a" comme dans "chat" en français
"â" comme le eu de "neuf", ou comme un â français très marqué (comme dans l'anglais park, donc). À mon avis, c'est la différence entre les a de "tache" et "tâche" dans certains dialectes français. C'est apparemment la prononciation de Frédéric Werst quand il parle le wardwesân. On l'entend parler le wardwesân sur le page web suivante, dont lsd a déjà donné le lien dans ce fil :
http://www.mediapart.fr/en/club/edition/bookclub/article/020211/ward-entretien-avec-frederic-werst
(il faut descendre un peu dans la page)

e = è
ê = é
Le o est ouvert (comme dans "sol") et le ô est fermé, comme dans "saule".

Le i équivaut au son français. Le y se rapproche du u français, tandis que le u est toujours prononcé ou.

La diphtongue ae s'apparente au son de l'anglais time.

Les consonnes :

Les consonnes suivantes se prononcent à peu près comme en français : b, d, j, k, l, m, n, p, ph, s, t, z.

g est toujours dur, comme dans "gare".
Le r est toujours roulé.
Le sh correspond au ch français.
Le kh équivaut à la jota espagnole, ou au ch allemend de Buch.
Le th se rapproche du son de l'anglais think.
Le zh se prononce à peu près comme dans l'anglais that.
Le x marque le son ts.
Le xh transcrit le son tch.
Le w et le y équivalent aux sons notés par ces lettres en anglais.
Le q se rapproche du qâf arabe, soit d'un k prononé du fond de la gorge.
Le gh marque un son voisin du ghayn arabe, c'est une sorte de r grasseyé.
Le jh, lettre plutôt rare, s'apparente au ch de l'allemand ich.

En wardwesân touts les mots sont accentués sur la première syllabe.

Pourquoi l'auteur a-t-il choisi zh plutôt que dh, et x plutôt que ts, mystère... Et pourquoi ph plutôt que f, xh plutôt que ch, j plutôt que zh (on risque toujours de prononcer le j comme un dj, à l'anglaise) ?
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Ven 25 Mar 2011 - 13:31

Le mot wardwesân pour "bannissement" est : bartwa !

Je ne pense pas que l'auteur l'ait fait exprès... Laughing

Le wardwesân est plein de a, une voyelle vraiment envahissante, et, à un moindre degré, de â, que l'on peut prononcer comme le "eu" de "neuf". Il n'est pas difficile de trouver des phrases où dix a apparaissent à la suite :

Akher Abael wemna aw mazaran nazma akhwanan zer wardenta kenantan re barbazan thera wazaoth.
Malgré l'absence de chiffres précis, on peut avancer une estimation de la population des Wards qui vivait à l'éppoque d'Abael.

Il y a aussi la consonne w, qui apparaît souvent en fin de mot, comme dans la phrase ci-dessous :

Beraoth ô zês erkaph amôn ak aw atha zôn ar berm ak zhôn ar wewar ak werw zem nâz morzan wajan.
Il connaît des empires qui se trouvent dans les étoiles et d'autres qui sont au-delà de l'océan : tous lui obéissent scrupuleusement.

Je suppose que ce w se prononce comme un u (son "ou" de "loup") très bref devant une pause ou lorsque le mot suivant commence par une consonne, et comme un w lorsque le mot suivant commence par une voyelle ? Ce n'est pas précisé par l'auteur.

Il y a aussi quelques mot qui se terminent par un double l, comme nall ("eh bien, d'accord"). On peut supposer, faute d'indications de l'auteur, que le double l final se prononce comme un l double lorsque il est suivi par un mot commençant par une voyelle, et comme un l simple dans tous les autres cas.

Spoiler:
 

Le pays des Wards ressemble à la Grèce antique, avec sa pédérastie largement répandue et son obsession de la blondeur. Ceci étant, il y a dans le livre des trouvailles ingénieuses, comme le phazaron, poème de neuf vers de neuf ou onze syllabes, avec deux allitérations initiales par vers. Le phazaron doit toujours évoquer les oiseaux qui vivent au bord du lac de Phâz. Sa tonalité est élégiaque ou méditative. Ça m'a donné envie d'écrire des phazaron, moi qui aime regarder les cygnes et les canards sur les rivières... Et aussi les ragondins, mais là ce n'est plus du phazaron... Wink

Ner Phâz nerm nazma phaer nazarân
Au bord du lac de Phâz on entend les canards


Dernière édition par Vilko le Ven 25 Mar 2011 - 22:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Ven 25 Mar 2011 - 21:45

Merci pour toutes ces indications précieuses!

Plus je prononce des phrases dans cette langue, plus j'ai l'impression de lire un mix sonore entre du gallois et du persan.

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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Ven 25 Mar 2011 - 23:40

On entend ici (je redonne le lien déjà donné par lsd) Frédéric Werst lire à haute voix le texte suivant (premier mp3, juste après les mots "je redécouvre les textes") :

Wôrkhan aran ward kentapera na pant zamaoth ktên arzatha the alkênt erman wôr aw warth ab kethis kem mazaraon zha kazhar abjaran gêm kêr nagatharaon ab kawar nâz barph nazma ja weraoth. Wameza ar wardenta qâr enwyn nagen na Zanabzân jewa akzaranôn ambe me jaezh arbyrw. Kan mega mazh ab zaeph an Merzân tha barwa ak aw algaran wês ab Abwazarô jazh zanan ak meza akhêr gan nâz khem arzês zabanamazan em an ak barw ab naga tha orzan.

Si l'on veut raconter l'histoire des Wards en remontant jusqu'aux temps anciens et sans se fier aux légendes, la première difficulté réside dans l'absence de datation certaine, car on ne rencontre pas l'aide d'un calendrier chiffré. En effet, les Wards autrefois ne comptaient pas les années à la manière de Zanabzân, mais au moyen de noms d'animaux. Au premier jour de chaque année, le prêtre de Merzân, qui avait sa résidence dans la cité d'Abwazarô, prononçait le nom de l'animal qui lui était apparu en songe durant la nuit et ce nom devenait celui de la nouvelle année.

(page 167 du livre)

L'auteur prononce les â comme le eu de neuf. C'est donc la bonne prononciation.

Quant au w en finale de mot... il y a quatre exemples de w final dans le texte : aw warth, arbyrw, aw algaran, et barw ab. Dans chaque cas, le w est muet, sauf dans aw algaran où en l'entend faiblement (j'en suis sûr, j'ai écouté le texte une demi-douzaine de fois). Donc : le w final n'est audible que lorsque il suit une voyelle et que le mot suivant commence par une voyelle.

Le y de enwyn sonne comme un i, alors que celui d'arbyrw sonne comme le "u" du mot français "lune". Je pense que le i de enwyn est une erreur de l'auteur : normalement, le y doit se prononcer comme un "u" français. [y] est un son rare en wardwesân, il pourrait disparaître sans altérer la langue.

Le wardwesân n'utilise pas les virgules. Pour reprendre son souffle entre les groupes de mots, il faut connaître la langue, pour identifier les groupes de mots.

Le wardwesân n'a pas de verbe être, pas de verbe avoir, et pas d'adjectifs. Ce n'est pas un problème bien sûr, le saiwosh non plus n'a pas de verbe être (remplacé par la forme essive des pronoms), ni de verbe avoir (asa, qui en tient lieu, est en fait une préposition qui signifie "avec"), et ses adjectifs sont en fait des verbes ou des noms. Le wardwesân exprime les mêmes notions autrement que le saiwosh et les langues européennes, et c'est ce qui en fait une idéolangue très intéressante. Le wardwesân est assez dépaysant et complexe, notamment au niveau de la conjugaison des verbes et de la syntaxe, ce qui n'apparaît pas dans l'exemple qui suit :

Ôn Zaragabal newan / warza ab shamaz / ze Sâ yêr / aw bamath / wena.
Vers Zaragabal naissance / tout qui-est bourgade / dans Sâ province / quant-à gouvernement / liberté.
À l'époque où naquit Zaragabal, toutes les bourgades de la province de Sâ avaient un gouvernement libre.

Le saiwosh dirait la même chose de la façon suivante :
Kopa Salakapal ne'at kona an mi Sa iliskos asa motla iltatlaks.
À Zaragabal naissance tout ville de Sâ province avec être-libre gouvernement.

En saiwosh, verbes, adjectifs et prépositions ont tendance à se confondre. Tlatwa (aller) est aussi utilisé comme une préposition (à/vers), et kopa (à) est aussi un verbe : Ya kopa Pali, il est à Paris. Motla signifie à la fois "libre" et "être libre"... C'est très différent en wardwesân.

À noter que dans l'exemple ci-dessus, aussi bien le wardwesân que le saiwosh sont plus concis que le français.
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Ven 25 Mar 2011 - 23:55

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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Sam 26 Mar 2011 - 3:43

C'est fait!

Pour le gallois, je vois les sons zh, th, kh, ao, ae (une graphie très galloise), w, y...
exemples de mots qui sonnent gallois: weraoth, enwyn, warth, arbyrw...

Pour le persan, c'est la grande quantité de A, Â, Ô, Z, KH, puis cette lettre Q typiquement arabe (mais qu'on retrouve dans pas mal de langues du Proche et Moyen-Orient), J... (mais c'est vrai qu'il manque des "SH" pour sonner encore plus persan)
exemples: shamaz, warza, abjaran, zabanamazan, akhêr, mazaran, nazma, akhwanan (mot qui signifie aussi "frère" en arabe)...

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Anoev
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MessageSujet: Q   Sam 26 Mar 2011 - 11:04

Nemszev a écrit:
...puis cette lettre Q typiquement arabe (mais qu'on retrouve dans pas mal de langues du Proche et Moyen-Orient)...

Tout du moins, quand le texte est retranscrit en alphabet latin. Le Q (écrit ainsi) n'étant pas plus arabe que le K.

Par ailleurs, on retrouve égalelement le Q latin dans d'autres graphies: notamment l'inuit qui en fait une consommation effreinée. Malheureusement dans cette page, je n'ai pas vu l'évocation d'une différence (de prononciation) entre le Q et le K. Il n'y a que dans cette page (en danois) que j'ai trouvé un tableau un peu plus explicite: les lettres concernées correspondent en fait à leur graphie en API: [k] vélaire (également comme notre QU & notre C (-a, -o...)) & [q] uvulaire (là, c'est moins simple! j'ai consulté la page en question y compris en écoutant l'illustration sonore et je n'ai pas ressenti de différence avec son équivalente vélaire).

Ça m'gên'ben, c't'affaire!:
 
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Sam 26 Mar 2011 - 15:00

Les Wards connaissent les crocodiles mais aussi les sapins. J'ai vérifié sur Wikipédia : on trouve des sapins même dans le sud de l'Espagne et en Afrique du Nord :

Citation :
Abies pinsapo - Sapin d'Andalousie
Abies numidica - Sapin de Numidie
Abies maroccana - Sapin du Maroc

L'occlusive uvulaire q se trouve dans beaucoup de langues : Moyen-Orient, Caucase, et les Amériques, depuis l'Inuktitut des Eskimos jusqu'au Quetchua des Andes ! La langue chinook, langue-mère du jargon chinook et donc "grand-mère linguistique" du saiwosh et du dibadien, la connaissait aussi. Mais elle a disparu du jargon chinook en tant que phonème distinct, sans doute sous l'influence des locuteurs anglophones et francophones du jargon chinook.
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Sam 26 Mar 2011 - 19:16

Anoev a écrit:
Tout du moins, quand le texte est retranscrit en alphabet latin. Le Q (écrit ainsi) n'étant pas plus arabe que le K.
Je voulais dire "le son [q]" plutôt que "la lettre Q".
Cependant, pour revenir au persan, on y trouve cette lettre Q (le qâf arabe), mais elle y représente un G uvulaire (la version sonore du [q]) qui peut également être prononcé comme un R français.

Citation :
je n'ai pas vu l'évocation d'une différence (de prononciation) entre le Q et le K. (...) [k] vélaire (également comme notre QU & notre C (-a, -o...)) & [q] uvulaire (là, c'est moins simple! j'ai consulté la page en question y compris en écoutant l'illustration sonore et je n'ai pas ressenti de différence avec son équivalente vélaire).
C'est bien dommage. Moi je fais de l'arabe depuis presque 4 ans et je fais bien la différence entre un K et un Q. Le K se prononce en fermant une partie de l'intérieur de la bouche, le palais mou, ce qui donne un son beaucoup plus "doux" que le Q, qui lui est prononcé en fermant l'entrée de la gorge, si bien que si la voyelle qui suit est un A, celui-ci se transforme bien souvent en un A fermé comme dans "pâté" ou même un "o" ouvert comme dans "botte".

C'est ainsi qu'on différencie bien en arabe: "qalbî" (mon coeur < un surnom affectif) de "kalbî" (mon chien < nettement moins romantique).

Cependant, dans plusieurs dialectes, le son [q] est remplacé par autre chose, comme un coup de glotte (notamment en égyptien, donc 'albi pour qalbî) ou un [g] (ygul pour yaqulu (je dis), en daridja du Maghreb).

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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Dim 27 Mar 2011 - 16:51

L'un des chapitres du livre de Frédéric Werst parle du Wananta ba wardwesân wanranan (Inventaire étymologique de la langue wardwesân), dans lequel le philosophe et linguiste Atwashôn donne l'étymologie d'un certain nombre de mots.

On a une idée dans ce chapitre de la façon dont Werst a créé les mots de sa langue, qui est entièrement a priori. Par exemple, à partir de kera, "route", page 195 :

Citation :
kera-
kera ; kerân ; kira ; alkir ; kora ; koran ; kwara ; kwarân ; khera (ab kera ankum ar yaeth) ; kherân ; khirân

kera-
route ; aller ; caravane ; procession ; itinéraire ; halte ; promenade ; marcher ; loi (comme route qui mène à la justice) ; légiférer ; aller et venir.
On voit que pour créer des mots, Werst procède par association d'idées, et que la racine de base, ici kera, est modifiée au niveau des voyelles (kira), des consonnes (khera), ou des deux à la fois (kwara), et par ajout d'un suffixe (kerân) ou d'un préfixe (alkir).

Cela donne un air plus naturel à la langue, tout en permettant, je suppose, à l'auteur de mémoriser (ou de reconnaître) plus facilement les mots nouvellement créés.

En français, le mot-racine "quatre" renvoie aux mots suivants : quartier, carrefour (de quadrifurcus), quarteron, carré, carrure, quadrature, carreau, carrelage, carreleur, etc (liste non exhaustive). Le wardwesân procède comme le français.
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Dim 27 Mar 2011 - 20:06

Je me demande s'il a des règles précises pour faire dériver une racine...

Dans l'exemple donné, seule les consonnes k et r sont maintenues dans tous les dérivés (sauf quand le k se transforme en kh) et éventuellement le a final tend à se maintenir ou est changé en â, ou supprimé comme dans alkir.

Je me demande s'il y a des schèmes du type:

k-r(a)
1e23 (racine de base) ; 1e23^n (verbe) ; 1i23 (outil) ; al1i2 (religieux) ; 1o23 (action) ; 1o23n (arrêt de l'action), etc.

On voit clairement que la base reste une sorte de racine trilitère, comme en arabe, dans laquelle on change certaines choses et où il arrive qu'on rajoute des affixes. Ceci est exactement comme en arabe.
Mais en arabe, on ne change pas les consonnes du mot, alors qu'ici le K se transforme parfois en KH, or c'est ce qui se produit notamment en hébreu (K>KH, B>V, etc.).

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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Dim 27 Mar 2011 - 22:23

Nemszev a écrit:
Je me demande s'il a des règles précises pour faire dériver une racine...

Dans l'exemple donné, seule les consonnes k et r sont maintenues dans tous les dérivés (sauf quand le k se transforme en kh) et éventuellement le a final tend à se maintenir ou est changé en â, ou supprimé comme dans alkir.
Le k se transforme aussi en kw, comme dans kwara (promenade) et kwarân (marcher).


Nemszev a écrit:
Je me demande s'il y a des schèmes du type:

k-r(a)
1e23 (racine de base) ; 1e23^n (verbe) ; 1i23 (outil) ; al1i2 (religieux) ; 1o23 (action) ; 1o23n (arrêt de l'action), etc.

On voit clairement que la base reste une sorte de racine trilitère, comme en arabe, dans laquelle on change certaines choses et où il arrive qu'on rajoute des affixes. Ceci est exactement comme en arabe.
Mais en arabe, on ne change pas les consonnes du mot, alors qu'ici le K se transforme parfois en KH, or c'est ce qui se produit notamment en hébreu (K>KH, B>V, etc.).
Kera est un mot à racine bilitère plutôt que trilitère. Mais on trouve aussi quelques racines bilitères en arabe, dans des mots anciens.

Dans le livre de Werst, le paragraphe juste après kera concerne zab, "contour".

Citation :
zab-
zab ; zaba ; zabazan ; zeba (ak zaba zês bâz want ke banathan) ; zebân ; zibân (ab zebân jara ab wixan tha) ; arzibân

zab-
contour ; forme ; structure ; cause (ce qui donne sa forme à une chose) ; causer ; évoquer (causer la venue de quelqu'un) ; inviter
Après avoir lu les sept pages du Wananta, j'ai l'impression qu'il y a un nombre limité de suffixes et de modes de dérivation, mais les schèmes sont assez flous :

ken (homme) a pour dérivé kenath (peau), car seul les humains ont une peau. Le suffixe -ath se retrouve dans zanath (conseil), dérivé de zana (histoire) ; on a kera (route) et kira (caravane), zara (amour) et zira (émotion)

ken / kenath ; zana / zanath
homme / peau ; histoire / conseil

La peau est une particularité de l'homme (une partie de l'homme, pourrait-on dire) et un conseil est une forme particulière d'histoire (une partie de la notion d'histoire).

kera / kira ; zara / zira
route / caravane ; amour / émotion

La caravane est sur la route et l'amour est une forme particulière d'émotion... Le moins qu'on puisse dire, c'est que le sens des mots dérivés ne se laisse pas deviner facilement ! Very Happy

Je pense qu'il faut imaginer Werst en train d'écrire ses récits directement en wardwesân. Il l'a fait pendant vingt ans. Comme il pratique sa langue quotidiennement, les phrases lui viennent facilement dans la syntaxe très particulière du wardwesân (pas de verbe être ni d'adjectif, etc). Mais il y a le problème du vocabulaire. Werst regarde dans son lexique : le mot dont il a besoin n'y est pas, il faut le créer. Werst utilise une méthode éprouvée : il part d'un mot simple, ayant une relation, même vague, avec le mot dont il a besoin, et il crée un mot dérivé.

Le wardwesân a ses propres schèmes de dérivation, conformes à l'esthétique de la langue. Ces schèmes de dérivation permettent de créer de nouveaux mots, c'est leur raison d'être. Le wardwesân n'étant pas conçu pour être une langue auxiliaire, il importe peu que le sens des mots dérivés ne soit pas transparent. C'est d'ailleurs souvent la même chose en français : un non-francophone qui connaît le mot "quatre" aura beaucoup de mal à deviner le sens du mot "quartier", même s'il fait le rapprochement avec "quatre"...

Le wardwesân est une langue entièrement a priori, et l'auteur ne voulait pas d'emprunter des mots à une langue existante. Et apparemment il ne voulait pas non plus d'abuser des mots composés, l'un des défauts de l'espéranto, et même de l'allemand (Le mot allemand pour "gant" signifie "chaussure de main"... pas terrible).
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Dim 27 Mar 2011 - 23:46

Vilko a écrit:
Le k se transforme aussi en kw, comme dans kwara (promenade) et kwarân (marcher).
Je n'avais pas pensé que le "kw" était une consonne à part entière dans cette langue (je pensais que c'était comme en arabe, par exemple 'âSim (capitale) > 'awâSim (capitales)).

Citation :
Kera est un mot à racine bilitère plutôt que trilitère. Mais on trouve aussi quelques racines bilitères en arabe, dans des mots anciens.
Ca ne doit pas lui donner beaucoup de possibilités pour ses mots de n'avoir que 2 lettres à utiliser en une racine. Mais bon, s'il a beaucoup de consonnes...

Citation :
le mot dont il a besoin n'y est pas, il faut le créer. Werst utilise une méthode éprouvée : il part d'un mot simple, ayant une relation, même vague, avec le mot dont il a besoin, et il crée un mot dérivé.
J'ai l'impression qu'il les crée un peu à sa guise, en reprenant un mot qu'il connait et en le changeant légèrement pour en faire un autre mot de sens proche... Ziecken a un peu ça en Elko!

Citation :
(Le mot allemand pour "gant" signifie "chaussure de main"... pas terrible).
Peut-être interprétons-nous simplement mal le mot "Schuhe"... Peut-être qu'à la base il a un sens plus large que "chaussure" (qui renvoie au pied), donc quelque chose comme "enfiler" ou "couvrir"...
Si je devais créer un mot en bagaidun pour ça, je dirais quelque chose comme "couvre-pied" et "couvre-main"...

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MessageSujet: Si j'peux m'permettre   Lun 28 Mar 2011 - 0:48

Nemszev a écrit:
Peut-être interprétons-nous simplement mal le mot "Schuhe"... Peut-être qu'à la base il a un sens plus large que "chaussure" (qui renvoie au pied), donc quelque chose comme "enfiler" ou "couvrir"...
Si je devais créer un mot en bagaidun pour ça, je dirais quelque chose comme "couvre-pied" et "couvre-main"...

Il y a, en aneuvien le radical labl, qui signifit "adhérer", làbl, "épouser (des formes)" qu'on retrouve dans
Funtlàbl = chausette
Hhirlàbl, hentlàbl = gant
Kaplàbl = casquette*
Bas = leglàbl*
Adhérer = lablen (-a, -éna)
Épouser = làbles (-a, -ésa)
Adhésif = Lablèntis.
etc...

Quand ça colle vraiment, y a pas de diacritique sur le A du radical.

*Fautes d'accent dans mon dico: la version présente est la bonne!
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Lun 28 Mar 2011 - 13:33

Nemszev a écrit:
Citation :
Kera est un mot à racine bilitère plutôt que trilitère. Mais on trouve aussi quelques racines bilitères en arabe, dans des mots anciens.
Ca ne doit pas lui donner beaucoup de possibilités pour ses mots de n'avoir que 2 lettres à utiliser en une racine. Mais bon, s'il a beaucoup de consonnes...
Rien n'indique que Werst se soit basé uniquement sur les consonnes pour créer le vocabulaire de base du wardwesân. J'ai l'impression qu'il crée des mots, où les voyelles comptent autant que les consonnes, et ensuite il les modifie, aussi bien les consonnes que les voyelles, pour créer d'autres mots.
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Jeu 28 Avr 2011 - 14:02

(Je viens de poster le même texte sur un autre fil, mais j'ai l'impression que j'aurais dû le faire sur celui-là...)

J'ai fini de lire "Ward" le 14 avril. Après avoir lu tout le livre, j'ai vraiment eu l'impression de connaître le pays et ses habitants. Un bémol, toutefois : surtout vers la fin, l'auteur parle de pédérastie avec un enthousiasme qui n'est plus de notre époque mais qui rappelle l'antiquité gréco-romaine. Par ailleurs, l'auteur donne aux femmes une liberté qu'elles n'ont jamais eue avant l'époque moderne. Par exemple, c'est une femme qui est le premier Ward à visiter la cité de Saxar au sud du lac de Mazir, ce qui paraît peu vraisemblable, quand on sait comment vivaient les femmes il y a 20 ou 25 siècles.

Comme je l'ai dit, j'ai l'impression que le pays des Wards est situé au nord du Maroc (il est d'ailleurs contigu à des déserts). Le Boran, d'où proviennent les Wards, correspond au sud de l'Espagne. Les Wards sont de type européen (avec même des blonds aux yeux bleus) avec un certain apport de sang africain (un personnage est clairement décrit comme un mulâtre).

Il serait erroné, toutefois, de situer le pays des Wards dans le vieux monde, bien qu'on y boive du vin, car on y trouve aussi des vigognes, qui sont des animaux originaires d'Amérique du Sud.

Ceci étant, en tant qu'idéolangue le wardwesân est à la fois original, dépaysant et fonctionnel, et entièrement a priori. Un exemple de phrase en wardwesân :

Ewe mast ba mabagara akhwês warabaoth ek wathargan bâz wena.

Les virgules n'existent pas en wardwesân. La phrase se découpe ainsi :

Ewe / mast / ba mabagara akhwês / warabaoth / ek / wathargan / bâz wena.

Cependant / haine / pour pays étranger gouverneurs / on sent / et / souhait / pour liberté.

"Cependant, on éprouvait de la haine pour les gouverneurs étrangers, et l'on aspirait à la liberté."

On se repère dans le texte par les petits mots fréquents, "ewe", "ba", "ek", "bâz", et par la désinence verbale fréquente -aoth. La morphologie, souvent irrégulière, est complexe, et la syntaxe l'est parfois aussi. La prononciation, une fois qu'on s'est habitué à l'orthographe (x= ts, â = eu de neuf, zh = th de "that"... ) est facile. L'accent, qui tombe toujours sur la première syllabe des mots, permet de bien les délimiter, d'autant plus que les voyelles ne s'élident jamais. Le vers suivant (page 90) fait onze syllabes :

Etha nês ewe erza nataphazan
"Celui-ci m'a néanmoins arraché mon fils"

Il doit y avoir un léger "coup de glotte" entre "ewe" et "erza"... peut-être même entre "nês" et "ewe"... Comme en saiwosh, tien tiens ! Very Happy

Etha nês / ewe / erza nataphazan
fils de-moi / cependant / il a arraché (co-verbe en er- + participe actif passé de nataphân, arracher)

Je dirais que la grammaire est aussi complexe que celle de l'allemand. Rien d'insurmontable, donc. L'ordre des mots est plus libre qu'en français. On pourrait parler le wardwesân dans le monde réel, il suffirait de compléter le vocabulaire avec les mots pour voiture, avion, ordinateur, etc.

J'ai remarqué une erreur dans le texte : xin ak xardan arkhen ("un fantôme qui tranche les doigts"). D'après le lexique, ce devrait être arxhen, et non *arkhen. (xh = tch)

Un dernier mystère : les mots en "rw". Certains mots, assez nombreux, se terminent par -rw. Mais aucun mot ne se termine par w précédé d'une consonne autre que r. À en juger par les fragments de textes lus par l'auteur, le w de -rw ne se prononce pas, même lorsque le mot suivant commence par une voyelle. Le proto-wardwesân a-t-il eu deux son "r", notés "r" et "rw" ? C'est l'un des détails qui donnent son charme naturaliste à la langue, avec les groupes de consonnes kw et tw.
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Jeu 28 Avr 2011 - 18:32

Vilko a écrit:
Un bémol, toutefois : surtout vers la fin, l'auteur parle de pédérastie avec un enthousiasme qui n'est plus de notre époque mais qui rappelle l'antiquité gréco-romaine. Par ailleurs, l'auteur donne aux femmes une liberté qu'elles n'ont jamais eue avant l'époque moderne. Par exemple, c'est une femme qui est le premier Ward à visiter la cité de Saxar au sud du lac de Mazir, ce qui paraît peu vraisemblable, quand on sait comment vivaient les femmes il y a 20 ou 25 siècles.

Avec l'imagination, on peut TOUT se permettre, y compris, dans certains cas, de mélanger le passé simple avec le futur antérieur et de tout mettre à la sauce subjonctive ou conditionnelle, avec des "si ma tante en avait"* permettant des conséquences fantaisistes au gré du romancier.

L'Aneuf, sous des dehors "réels" est égalelement complètement invraisemblable, si on y voit de plus près. Et pourtant, quand j'y pense très fort, j'"vois" les panneaux aneuviens, les immeubles, les trains et tout l'saint frusquin.



Citation :
Comme je l'ai dit, j'ai l'impression que le pays des Wards est situé au nord du Maroc (il est d'ailleurs contigu à des déserts). Le Boran, d'où proviennent les Wards, correspond au sud de l'Espagne. Les Wards sont de type européen (avec même des blonds aux yeux bleus) avec un certain apport de sang africain (un personnage est clairement décrit comme un mulâtre).

Il serait erroné, toutefois, de situer le pays des Wards dans le vieux monde, bien qu'on y boive du vin, car on y trouve aussi des vigognes, qui sont des animaux originaires d'Amérique du Sud.

C'est bien un indice de plus (la géographie "autre", une région méditéranéenne sur des côtes apparentées aux Amériques) qui permet de se dire "si les trois premières dimensions sont "autres", pourquoi pas la quatrtième?".

Citation :
Ceci étant, en tant qu'idéolangue le wardwesân est à la fois original, dépaysant et fonctionnel, et entièrement a priori.

Avec son environnement "décalé", l'Aneuvien aurait peut-être dû, lui aussi, être à priori; ma flemme m'en a fait décider autrement.

Citation :
Un dernier mystère : les mots en "rw".


RW est peut-être un digramme, un peu à l'instar de IJ en néerlandais, CH en espagnol (plus un authentique, main'nant) ou GY en hongrois.

*Ou "si mon oncle en était", vu le contexte.
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Jeu 28 Avr 2011 - 19:17

Anoev a écrit:
Avec son environnement "décalé", l'Aneuvien aurait peut-être dû, lui aussi, être à priori; ma flemme m'en a fait décider autrement.
C'est mieux comme ça, à mon avis. L'aneuvien est plus facile que le wardwesân !

Anoev a écrit:
Citation :
Un dernier mystère : les mots en "rw".

RW est peut-être un digramme, un peu à l'instar de IJ en néerlandais, CH en espagnol (plus un authentique, main'nant) ou GY en hongrois.
{rw} est certainement un digramme, mais Frédéric Werst ne l'a pas indiqué, et surtout il le prononce comme un [r] wardwesân normal (roulé).

Je viens de trouver dans le lexique du wardwesân un mot qui finit par -tw : wartw, explication de wartwân, expliquer (à moins que ce ne soit l'inverse). À moins que ce ne soit une coquille de l'auteur. En effet on s'attendrait à *wartwan), le nom d'action en wardwesân prenant généralement le suffixe -an, plus rarement -a.

En tout cas, ça tend à confirmer ma théorie selon laquelle tw doit être considéré comme une seule consonne, comme en oubykh. Étant donné que -rw final se prononce [r], logiquement, en fin de mot -tw doit se prononcer [t].

Il existe en wardwesân un verbe banatwân, qui signifie "cuire". Le mot pour "cuisson" est peut-être *banatw, mais malheureusement il n'est pas indiqué dans le lexique, qui ne compte que 1500 mots.

Le wardwesân a ses difficultés propres. Comme beaucoup de langues naturelles, il ne manque pas d'homophones. Ainsi, la phrase "Alors explique toi, ô sage" se dit en wardwesân :

Waga ephâ wartwan yae karna

waga = co-verbe en wa-, à la 2e personne du singulier
ephâ = plutôt
wartwan = participe actif présent du verbe wartwân, expliquer
yae = ô (particule vocative)
karna = sage

Waga signifie aussi "bière". D'où ma surprise la première fois que j'ai lu la phrase... En wardwesân, comme en français, il faut se méfier des homophones !

Les Wards sont censés venir de la ville de Wagamarkan (-markan est un suffixe qui apparaît dans beaucoup de noms de villes wardwesân, comme Kanamarkan et Xamarkan), et avant cela de l'île de Waga.
Spoiler:
 
Le co-verbe wardwesân est l'équivalent, en plus développé, de formes anglaises comme "I am" et "I have" dans "I am coming" et "I have come", avec le verbe à l'une des formes participiales. C'est l'une des nombreuses bonnes idées de Frédéric Werst.
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MessageSujet: Re: Wardwesân (F. Werst)   Sam 30 Juil 2011 - 18:45

Il m'arrive de temps en temps de relire des passages de Ward. On dirait vraiment un manuel de littérature ancienne, avec ses extraits de textes philosophiques ennuyeux et d'autres textes, plus descriptifs, qui font rêver. On y croit, et ça donne envie de rédiger des phazarons.

Un phazaron est un genre de poème ward, ayant pour thème les oiseaux qui vivent au bord du lac de Phâz, et il y en a beaucoup, au choix du poète : canards, pélicans, pigeons, etc. La tonalité du poème doit être élégiaque ou méditative, et la forme est strictement définie :
_ Onze ou neuf syllabes par vers.
_ Neuf vers par strophe. Dans une strophe, tous les vers doivent avoir le même nombre de syllabes.
_ La rime n'est pas nécessaire.
_ Deux allitérations initiales par vers. Par exemple :
karz ab kyrdan aram arkagô kentan
Le jeune rouge-gorge ne verra plus sa mère

En API: karz ʔab kyrdan ʔaram ʔarkago kɛntan

J'ai rajouté une occlusive glottale devant les mots commençant par une voyelle, parce qu'il n'y a pas d'élision en ward :

aen wama armath anzan wamagh (De sa mélancolie de mort il ne veut plus bouger) est un vers de neuf syllabes ("ae" est une diphtongue, qui se prononce comme le mot anglais "eye"). Donc, "wama armath" ne se prononce pas *wama:rmath, mais *wamaʔarmath.

En API : aɪ wama ʔarmaθ ʔanzan wamaɣ

En ce qui concerne le wardwesân en tant que langue, la lette "y" est censée se prononcer [y] ("u" de lune) mais elle est souvent positionnée derrière [w], ce qui le rend imprononçable. Même Frédéric Werst prononce wy comme [wi]. Donc y = [y] sauf derrière [w].

Le wardwesân contient une proportion impressionnante de [a]. La phrase suivante, prise au hasard dans le livre, compte 12 [a] à la suite... et aucune autre voyelle :

An zawan ja ak wanta ak jaman wana
Il me répondait de laisser ces questions comme elles sont.

En API : an zawan ʒa ʔak wanta ʔak ʒaman wana

Avec un peu d'entraînement il doit être possible d'écrire un texte entier en wardwesân avec uniquement des "a" comme voyelles ! Very Happy
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