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 présentation du graphieros

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Graphieros

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MessageSujet: Re: présentation du graphieros   Ven 16 Juin 2017 - 14:02

Anoev a écrit:
To lease (je suppose seulement) ne serait-il pas le point de vue du loueur*?

*Je pense à ça uniquement à cause de la paronymie avec to leave. Les autres conjugaisons ne seraient-elles pas I lest, lest ?

absolument
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Anoev
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MessageSujet: Re: présentation du graphieros   Ven 16 Juin 2017 - 22:47

La paronymie existe aussi au prétérit et au present perfect (lest/left, j'ai toujours imaginé que left pouvais aussi signifier "mis à gauche", non ?).

_________________
Tev o ĕrekes ù spraċ, la stĕ nep kànertas quas o dœm, do ep kóm o adráṅtes.
Quand tu inventes une langue, on ne sait pas forcément ce que tu penses, mais on sait comment tu raisonnes.
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Graphieros

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MessageSujet: traduction du texte sur le tableau "Manifeste"   Lun 19 Juin 2017 - 21:43

Bonsoir chers amis,

j'ai précédemment publié dans ce fil le tableau intitulé "manifeste", que j'ai terminé en avril:


En voici la traduction en français (je n'ai pas encore pris le temps de faire une version bilingue du texte, cela viendra peut-être):

"Je suis né à la fin du vingtième siècle, dans une société heureuse de gâcher la Terre. Les humains amnésiques vivaient dans la contrainte et le plaisir, ou dans la plus terrible pauvreté. L'idée de liberté était devenue comme un objet, que l'on était fier de porter, et de jeter rapidement pour s'en acheter une version plus récente. La responsabilité de chacun était aussi diluée que le nombre trop grand d'humains sur la planète. Le monde était occupé à guerroyer, pour être le premier, pour imposer ses croyances, pour gagner de l'argent, pour être reconnu comme une étoile. Chaque humain était ainsi occupé à tout faire pour que son étoile fût plus brillante que les autres étoiles. Et le monde était aveuglé par trop de fausse lumière. Pourtant, nous le savions tous, que nous maltraitions notre vaisseau, mais nous devions continuer à vivre nos vies nocives sous peine de faire partie du peuple des pauvres. Alors nous conduisions nos voitures polluantes sans penser au lendemain. Je suis né dans une société qui commet un suicide avec le sourire. Les humains ne pouvaient plus voir le ciel, les étoiles étaient partout à la surface de la Terre, et aveuglaient le contemplateur. Le contemplateur était moqué, car il ne produisait rien de matériel, rien qui pût se vendre. Pour pouvoir vivre, le contemplateur devait devenir consommateur, et entrer dans la danse infertile de la destruction. Comme les autres, il finissait par ne plus rien contempler. Et comme tous les autres humains, au moment de mourir, il regrettait de n'avoir pas suffisamment aimé. Les récompenses matérielles étaient distribuées inégalement aux humains qui sacrifiaient à l'obligation implicite de changer l'humanité en ruche, et les humains en abeilles. Pour les distraire du travail quotidien, on agitait devant leurs yeux des dieux vivants, qui prenaient la forme des reproducteurs idéaux, souriants, beaux, éphémères et stupides. Ces insectes devaient plaire à la ruche, et détourner les abeilles de la contemplation, pire ennemie de la machine. Ces modèles étaient si parfaits que les humains passaient leur vie dans un état de frustration, désirant toujours ressembler aux dieux. Car ces dieux étaient humains, il était préférable de leur ressembler, de désirer les égaler. Ils étaient la mode, et disparaissaient aussi rapidement qu'ils étaient apparus, en laissant la place aux dieux suivants, plus beaux, moins vieux, plus stupides encore que les précédents, mais plus neufs. Et les vies passaient, et les humains mouraient, après avoir couru péniblement après l'horizon fuyant de faux idéaux. Je suis né dans une société où les humains se font greffer un téléphone, où la vie entière se passe devant un écran, à se regarder, à se photographier devant un miroir, à gâcher toutes les ressources de la nature. Les rois étaient les pires criminels, qui n'avaient plus besoin d'être suivis par la foule, car la foule se suivait déjà elle-même aveuglément. L'ordre était fragile, mais il était maintenu parce que la population devait manger. En plus de ce besoin primaire, la population devait aussi exister face aux autres, exprimer son originalité, c'était devenu aussi important que le simple fait de se nourrir, il fallait pouvoir montrer son être de bon élève du bonheur, du sourire, de la petite critique qui distingue, tout en suivant en permanence le positionnement de son groupe social. C'était une occupation de chaque jour, chaque heure, chaque seconde. Dans cette société, les jeunes humains méprisaient les vieux humains, parce qu'ils leur avaient laissé une planète agonisante et surpeuplée. Les vieux humains méprisaient les jeunes humains, parce qu'ils les pensaient trop libres et plus stupides. Graduellement, un culte d'une forme d'intelligence s'était imposé. Le fait de ressembler à un robot dans le travail, de se soumettre entièrement à un programme donnait une étiquette de bonne qualité. Car il fallait apparaître comme un bon esclave, pour s'attirer les faveurs des maîtres du monde. Les maîtres du monde n'étaient pas humains, pas matériels. C'étaient des entités abstraites construites incidemment par le système, comme une verrue de sa logique. Ce système obligeait le peuple à regarder l'avenir avec une petite distance. Ce n'était pas possible de prendre le temps de méditer une information, le peuple était couvert de nouvelles informations qu'il devait suivre pour rester en contact avec son groupe social. Et les jours passaient, et la liberté se résumait à choisir la couleur des objets que les humains achetaient comme fruit de leur travail. Le choix de la couleur leur donnait la sensation d'être originaux. Les humains vivaient dans cet horrible paradoxe de devoir se distinguer alors que tout les portait à devenir identiques. Un climat de guerre perpétuelle régnait entre les humains, car aucune place n'était garantie pour eux. Et un ensemble de petites libertés constituait un grand esclavage. Vu de loin, cela apparaissait presque logique, qu'un nombre aussi grand d'humains fût surveillé, maîtrisé dans le plus petit détail, orienté. Sans cela, l'humanité en colère eût été une vague déferlante qui aurait anéanti toute la construction de la société. C'était comme si cette culture raffinée et complexe ne pouvait échapper aux lois de la nature, de croissance et de déclin. La nature apparaissait donc comme une intelligence décentralisée beaucoup plus complexe que ce que les humains avaient imaginé, quand ils pensaient pouvoir se rendre maîtres des éléments naturels. Les humains pensaient être à la pointe du temps, au sommet de l'évolution, les humains pensaient être le meilleur modèle d'eux-mêmes à tout moment de leur histoire aveuglée et amnésique. Et comme les papillons, ils vivaient comme si l'éternité leur était acquise. Qu'il est fascinant qu'un animal aussi faible se soit renforcé par son intelligence collective, au point de se venger de la nature en la soumettant. Et pour cela, il avait fallu des chefs. Car la plupart des humains acceptaient de recevoir des ordres, quand des récompenses leur étaient promises. Des récompenses de paix, de petites libertés bien surveillées, des récompenses en monnaie, pour pouvoir acheter des objets, car le simple fait d'acheter permettait aux humains de ressentir du pouvoir. Les humains de ce siècle avaient peur de mourir. Et tous leurs choix étaient la conséquence de cette fuite insensée, à la recherche d'un bonheur manufacturé. Celui qui sortait de la norme mettait en danger le système, aussi le système avait-il évolué pour digérer toutes les révoltes en les acceptant en son sein, et toujours en distribuant des récompenses. Cela faisait partie du système qu'on critiquât le système. Cela faisait partie du système qu'on tentât de le détruire. Cela faisait partie du système qu'on tentât de le démoder. On pouvait le tordre, le noyer, il en ressortait toujours plus grand et plus fort. Et la plupart des humains ne connaissaient plus l'opportunité de penser à se révolter, trop occupés à se suivre les uns les autres sans aucune profondeur historique. Mais c'est vrai que l'humanité était une nouveauté dans l'univers, un éclat de génie furtif, un hasard de la nature prenant soudainement conscience d'elle-même. En sortant du cadre naturel, les humains détruisent l'équilibre de la nature, mais la vitesse lente de la destruction leur laissait le temps de continuer à profiter de la Terre sans penser aux conséquences. Je suis né sur cette planète avec le grand désir de la contempler. Mais les contemplateurs ne sont pas productifs. Les contemplateurs perdent leur temps, du point de vue du système, qui veut que les humains oublient, regardent devant et consomment. On ne pouvait plus contempler l'univers sans en faire sa profession, sans qu'un cadre commercial soit imposé de manière brutale sur cette pulsion simple et poétique, la changeant donc en un autre rouage du système. Que pouvait-on faire? Pouvait-on se laisser mourir de faim? En se laissant mourir de faim, on aurait fait la une des journaux et le système nous aurait encore digéré. Au début de ce nouveau siècle, il restait aux humains un peu de vie secrète, où ils pouvaient se promener en contemplation, sans l'intervention du système. Les humains pouvaient garder pour eux-mêmes leurs pensées les plus inavouables, leurs vices, leurs désirs secrets, tout un univers entre soi et soi. Mais avec trop d'humains vivant sur la Terre, ce genre de liberté était devenu incontrôlable et dangereux. C'était comme si l'humanité avait trouvé le moyen de se réguler, presque naturellement, grâce à des technologies permettant de mettre la vie de chacun en transparence. Les objets technologiques, renouvelés à un rythme rapide, étaient alléchants, pratiques, élégants et désirables, c'était aussi le signe d'une forme de distinction que de pouvoir le posséder avant les autres, et le montrer comme si c'était le symbole d'un rang supérieur. Car les humains n'étaient pas si éloignés de leur origine naturelle, en ce début de nouveau siècle. La domination était une pulsion commune, acceptée, souvent valorisée, et confondue avec la force. Les enfants de cette société étaient élevés dnas une culture contradictoire, où la force était valorisée, où l'amour et le respect étaient valorisés. La force prenait le pouvoir, quand l'expérience de vivre en faisait une nécessité. Car pour tout animal qui s'aime, le meurtre pour survivre est une solution. Au quotidien, cet instinct se décline dans les nombreuses petites violences que les humains font subir aux autres. Ces humains jouaient à un jeu sérieux, où les perdants étaient condamnés à devenir des déchets pour la société, et où les rares gagnants devaient se battre au-delà de toute moralité pour conserver leur prestige. Et avec autant d'humains sur la Terre, les places étaient plus chères, et la violence plus grande encore. On comprend facilement que si l'humanité était composée de cent individus, les humains seraient forcés de s'entraider pour survivre. Dans un groupe humain où les individus se connaissent tous, et où tous dépendent explicitement des autres, où chacun est irremplaçable, on comprend facilement qu'une culture fondée sur la bienveillance se mette en place, avec ses lois, ses droits et ses devoirs. A l'inverse, une société composée d'inconnus se centrera sur ses clans, famille, groupe sociologique, et voudra défendre ses territoires contre les autres, nombreux, qui pourraient convoiter leurs possessions. Et cela parce que les humains veulent l'éternité. Cette obsession les conduit à s'écraser les uns les autres, et à mettre en place en conséquence des systèmes de contrôle et de répression toujours plus sophistiqués, au coeurs desquels l'art, l'amour et la poésie doivent survivre. Il est probable que cet animal humain s'éloigne bientôt, que ses merveilleuses créations et ses sombres exploits soient oubliés. Les humains travaillaient à accélérer leur évolution vers un être plus social, plus contrôlé, moins émotionnel, plus organisé, moins libre et plus prédictible. Car on ne peut pas conquérir la galaxie si des fous ou des artistes subsistent encore. Il avait fallu des fous ou des artistes pour inventer la technique qui les ferait taire un jour. Et le système était si bien construit que la contestation se changea peu à peu en soupir de plaisir de consommer tout en se montrant devant les autres. La contestation n'existait plus, à la place, une brise calculée balayait la surface des foules pour en faire tourner les têtes au même rythme. Et chaque tête avait encore l'illusion de penser! De partout, des charlatans vendaient des promesses de bonheur, exploitant cette tare animale de la croyance, sans laquelle aucune création n'avait été possible. De partout, on dénonçait les charlatans, pour mieux conforter l'ordre parfait du système. La vérité était partout, la vérité n'était nulle part, et cette confusion cachait la seule vérité, que la vérité n'existait pas, que seule la perception des faits de l'existence ordonnait la vie des animaux. Et cette perception pouvait être manipulée comme de la terre, pour faire voir du vert là où du rouge couvrait la surface, pour faire désirer du bonheur avec des instruments de torture qui sourient. Depuis l'époque où j'écris ce texte, et le peins avec patience pour le faire durer, il est encore possible pour moi de lever les yeux vers les étoiles, et de formuler l'amusante pensée qu'un hasard de l'évolution aie pu prendre conscience que l'univers est un jeu, et que cet animal humain danse avec un grand sérieux au bord d'un hologramme."
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Ziecken
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MessageSujet: Re: présentation du graphieros   Lun 19 Juin 2017 - 22:46

Magnifique en tous points de vue.

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Mickaël B. Farlay

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MessageSujet: Re: présentation du graphieros   Lun 19 Juin 2017 - 22:49

Wow... je n'ai pas de mots. C'est tout simplement magnifique et, tristement, vrai. Bravo Graphieros. Je suis étonnée que tout cela entre sur ta toile Smile
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Yatem

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MessageSujet: Re: présentation du graphieros   Lun 19 Juin 2017 - 22:59

Je m'incline... Ce texte est d'une beauté incroyable... Un plaisir de voir le tableau, une magnificence que de pouvoir comprendre ce qui y est écrit.
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Graphieros

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MessageSujet: Re: présentation du graphieros   Mar 20 Juin 2017 - 8:20

Ziecken a écrit:
Magnifique en tous points de vue.

Merci Ziecken !
J'ai écrit ce texte à mesure que je le convertissais en graphieros, un peu tous les jours dans le métro, sans trop regarder en arrière (et c'est risqué). Je ne savais pas dans quelle mesure une cohérence générale en ressortirait (et il y a çà et là quelques formulations un peu maladroites que je corrigerais volontiers, si elles n'étaient maintenant figées dans la peinture à l'huile).

Mickaël B. Farlay a écrit:
Wow... je n'ai pas de mots. C'est tout simplement magnifique et, tristement, vrai. Bravo Graphieros. Je suis étonnée que tout cela entre sur ta toile

Merci Mickaël Smile Je ne sais pas si c'est "vrai", j'ai le filtre du français moyen un peu "frotté de culture" comme dirait Bourdieu, et même si comme Anoev j'ai jeté ma télé (il y a trèès longtemps), il m'est difficile d'échapper aux flux d'information qui dirigent nécessairement mon regard. Je tombe bien évidemment sous le coup de ma propre critique.

Yatem a écrit:
Je m'incline... Ce texte est d'une beauté incroyable... Un plaisir de voir le tableau, une magnificence que de pouvoir comprendre ce qui y est écrit.

Merci Yatem ! Je m'incline en retour.
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