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 Deux environnements...

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Anoev
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mer 7 Juin 2017 - 0:57

Vilko a écrit:
La situation du clergé au Mnar est analogue à celle qui existe en Alsace-Lorraine et en Allemagne, où les prêtres, les pasteurs et les rabbins sont payés par l'État comme des fonctionnaires de catégorie A.
Y a également un concordat avec les catholiques en Alfazie. Ce concordat a été âprement contesté. Il a failli disparaître, mais le  clergé alfazien, pourtant conservateur, a fait acte de fidélité à la république durant les Évènements de 1974. Du coup, il a été reconduit. Les autres cultes (notamment les musulmans au Roenyls) voudraient bien bénéficier d'un tel acte, mais le Roenyls (même quand il est dirigé à droite) n'est pas l'Alfazie. Ce qu'il faudrait accorder aux musulmans, il faudrait l'accorder aussi aux chrétiens (toutes tendances confondues), aux juifs, aux hindous etc. Seuls les édifices bénéficient d'un entretien de la part du ministère de la culture, et encore, pas tous. En Pande, l'Eӄeʀđina Kürnea bénéficie aussi d'un concordat. Pas au Malyr. La religion ptahx, du moins aux Santes, bénéficie, elle aussi, d'un concordat (belle revanche par rapport à l'époque où ils étaient pourchassés, après le pillage de leurs temples, et où ils étaient obligés de se cacher pour vénérer leurs divinités).

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Anoev
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Ven 14 Juil 2017 - 11:00

Eneas sentit l'espoir renaître en lui. Il n'avait pas l'intention de s'évader : ce serait la dernière folie à risquer : il n'était pas au Mnar, mais en Aneuf. S'il s'évadait dans son pays, il deviendrait un proscrit, ne pouvant plus trouver un nouveau travail et vivant d'expédients. Une vie de paria, de bandit. Agent de change, il n'avait jamais été éduqué pour une telle vie. Par contre, il avait fait du droit : il avait étudié dans plusieurs provinces aveuviennes et c'avait été un bon élément. Il saurait se défendre, voire même attaquer efficacement certaines "victimes" comme son ex-patron qui ne manqueraient pas de montrer les dents. Il fallait surtout qu'il guérît. C'était l'essentiel. Après tout, cette tâches pourrait s'avérer être non pas un cancer, comme il l'avait imaginé dans ses plus grands moments de détresse, à Hyltendale, mais un zona.

L'hôpital Lœbja Kùbno, Eneas le connaissait de réputation : le meilleur hôpital de la région, sinon de la province ; un des meilleurs établissement du pays. Ses spécialités : la peau, les yeux, les organes génitaux. Mais ses médecins, chirurgiens et internes n'étaient pas en reste dans les autres disciplines. C'était encore, de l'extérieur, un hôpital à l'ancienne, avec ses pavillons en brique et ses toits en tuile, mais à l'intérieur, c'était d'une propreté, d'une clarté qu'on ne pourrait pas se douter qu'on puisse être dans un pavillon du XIXe siècle... ah si : les fenêtres : des croisées à plusieurs petites vitres.

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Vilko
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 14:16

Les douaniers de Nakol avaient prévenu le tribunal d'Hocklenge de l'arrestation et de l'hospitalisation d'Eneas Tond.

"Fort bien" avait dit le procureur. "Vous l'arrêterez de nouveau et vous le ferez transférer à Hocklenge dès qu'il sera guéri."

Mais six mois plus tard, Eneas n'était toujours pas guéri. Les bactéries mutantes avaient été éradiquées juste avant de commencer à attaquer les intestins, mais il avait fallu opérer, enlever la peau du ventre, et la graisse sous-cutanée, qui étaient en train de pourrir. Le docteur Sobret, qui soignait Eneas, s'attendait à ce que des bactéries survivantes se mettent à proliférer. En désespoir de cause, il contacta ses confrères de l'hôpital Madeico, à Hyltendale.

Un médecin cyborg d'Hyltendale, le docteur Feti, fit le déplacement jusqu'à Nakol. Le docteur Sobret le reçut dans son bureau.

C'était la première fois de sa vie que Sobret voyait un cyborg. Le docteur Feti était un homme de haute taille, vêtu d'un costume sombre. Il tenait à la main une grande sacoche de cuir marron. Feti ressemblait à s'y méprendre à un humain, à part ses yeux cybernétiques, entièrement noirs, et sa façon de parler, un peu automatique, comme ces messages que l'on entend dans les gares et les aéroports.

Les deux médecins se mirent à discuter en aneuvien. Le docteur Feti parlait couramment cette langue, c'était d'ailleurs à cause de ça que la direction de l'hôpital Madeico l'avait désigné pour aller en Aneuf.

"Vous connaissez déjà cette bactérie, m'a-t-on dit," dit Sobret à son confrère mnarésien, en le recevant dans son bureau.

"Absolument. Cela fait plusieurs années que nous la testons sur des prisonniers, à Tatanow..." répondit tranquillement le cyborg.

"Des volontaires, j'espère ?" demanda Sobret, stupéfait.

"Les prisonniers n'ont pas à être volontaires. Ils doivent travailler pour payer leur nourriture, et servir de testeur pour la recherche médicale est un travail comme un autre. Les prisonniers ne choisissent pas leur travail, ils font ce qu'on leur dit de faire."

"Ah oui, oui, je comprends... Et vous avez eu des résultats encourageants, je crois ?"

"Oui. Au début, la mortalité chez les testeurs était effroyable, et puis les choses se sont améliorées."

"Et l'origine de cette bactérie... Avez-vous une idée ?"

"Une création de nos laboratoires d'ingénierie génétique. C'est pour ça qu'elle est dangereuse, l'organisme humain n'y a jamais été exposé, il n'a donc pas eu le temps de s'y habituer. Normalement, des précautions très strictes sont prises pour éviter que les bactéries et les virus s'échappent des labos. Je pense qu'il faut plutôt chercher du côté de Tatanow... Un prisonnier testeur, libéré alors qu'il était toujours contaminé, par exemple. Les testeurs sont choisis parmi les condamnés à perpétuité, mais il arrive que certains condamnés fassent l'objet d'une grâce royale. Le roi Andreas est trop bon..."

"Mais pourquoi synthétiser des bactéries comme celle qui a failli tuer Eneas Tond ? Il y a déjà suffisamment de microbes dangereux dans la nature..."

"Docteur Sobret, le Mnar n'a pas la bombe atomique. Trop cher, et trop difficile à tester sans avoir les grandes puissances sur le dos... Alors, il nous reste le bactériologique... Savez-vous qu'au 14e siècle, la peste noire a tué entre le tiers et la moitié de la population européenne en cinq ans ? Les microbes, c'est la bombe atomique du pauvre."

"J'ai étudié les grandes épidémies à l'école de médecine, y compris la peste noire... Dites-moi, docteur Feti, quel serait l'intérêt de déclencher une pandémie, puisque le Mnar serait certainement touché lui aussi ?" demanda le docteur Sobret.

"La bombe atomique et les pandémies, c'est fait pour faire peur et ne pas être utilisé. Ceci étant, si jamais les choses dérapent... Et les dérapages, ça peut arriver, regardez les deux guerres mondiales... Le Mnar est assez facile à isoler des autres nations. C'est l'une des choses que nous avons en commun avec la Corée du Nord..."

"Et puis, les microbes, ça tue les humains, mais pas les humanoïdes, n'est-ce pas ?" dit Sobret.

"Voulez-vous dire par là que les humanoïdes seraient indifférents à la mort de dizaines de millions d'êtres humains ?" demanda Feti, sans que ça voix perde son ton tranquille.

Sobret ne répondit pas.

" Je suis un être humain," dit Feti, après un silence. "La seule différence entre vous et moi, c'est que j'ai un corps cybernétique. Je précise que je ne suis pas né avec ce corps, il m'a été donné, parce que mon corps biologique ne fonctionnait plus."

Les deux médecins se regardèrent en silence, jusqu'à ce que Sobret dise :

"Restons-en là, docteur Feti... Venez, je vais vous présenter notre malade."

Eneas était assis sur une chaise, dans sa chambre, en pyjama, en train de lire un livre. Il fut surpris, et un peu inquiet, en voyant le grand cyborg qui accompagnait le docteur Sobret. Un humanoïde, à Nakol ?

"Rakhi, farna Tond," dit Feti en mnarruc. "In sor hoffo nas Feti. In ta ilhomt va Madeico lohri."

"Bonjour docteur" répondit Eneas dans la même langue. "Que me vaut l'honneur de votre visite ?" dit, en utilisant une phrase toute faite.

"Mes confrères aneuviens m'ont demandé de venir vous examiner, puisqu'il semble que vous ayez été contaminé par une bactérie mnarésienne."

Feti posa sa sacoche sur le lit d'Eneas. Il en sortit des objets bizarres, de métal et de verre, et demanda à Eneas d'ouvrir sa veste.

Les médecins aneuviens avaient retiré la peau du ventre d'Eneas et une bonne partie de la graisse sous-cutanée et des muscles abdominaux. De la peau prise dans son dos et sur ses cuisses avait été greffée à la place. Le résultat, couturé de cicatrices, était hideux, plat et flasque à la fois.

Feti se mit à examiner Eneas, sous l'œil intéressé de Sobret.

"Cette bactérie n'est dangereuse que parce qu'elle est récente, et donc inconnue du système immunitaire du corps humain" dit finalement Feti, en aneuvien pour que Sobret comprenne. "Le traitement que vous avez suivi dans cet hôpital a fait son effet. Mais si jamais les symptômes reviennent, vous devrez tout de suite aller voir un médecin, sans attendre, avec votre dossier médical. L'Aneuf dispose des médicaments adéquats pour vous soigner, la preuve c'est que vous êtes toujours vivant, et quasiment guéri."

"Docteur, vous pensez que je pourrais retomber malade ?" demanda Eneas d'une voix inquiète.

"On ne peut jamais tuer ce genre de bactéries à 100%, surtout quand elles ont pu migrer à l'intérieur de l'organisme. Les survivantes peuvent se multiplier n'importe quand... Peut-être demain, peut-être dans deux ans, peut-être dans dix ans... Vous devrez être vigilant tout le reste de votre vie."

Deux semaines plus tard, un lundi après-midi, Eneas sortit de l'hôpital Lœbja Kùbno de Nakol. À sa grande surprise, aucun policier ne l'attendait. Le docteur Sobret, qui était débordé, avait oublié de prévenir la police de la sortie de son malade.

Eneas décida de prendre le train et d'aller se constituer prisonnier au tribunal d'Hocklenge. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Cela faisait sept mois qu'il n'était pas sorti de l'hôpital, et il avait perdu l'habitude d'entendre les bruits de la rue et de marcher au milieu de la foule.

Il acheta un plan de ville dans un kiosque, localisa l'hôpital Lœbja Kùbno sur le plan, ainsi que la station de métro la plus proche. Son idée était d'aller à la gare consulter les horaires. Peut-être prendrait-il un train de nuit jusqu'à Hocklenge, si c'était possible. Sinon, il dormirait à l'hôtel et prendrait le train le lendemain.
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Mardikhouran

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 18:51

Est-elle si difficilement transmissible, cette bactérie, qu'on ne place pas tout de suite Eneas en quarantaine perpétuelle ?

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Vilko
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 19:30

Mardikhouran a écrit:
Est-elle si difficilement transmissible, cette bactérie, qu'on ne place pas tout de suite Eneas en quarantaine perpétuelle ?

Eneas a passé au total sept mois à l'hôpital, c'est déjà bien long ! Very Happy

À ma connaissance, la quarantaine perpétuelle n'existe plus depuis l'époque de Mary Mallon. Cette mesure poserait, à notre époque, des problèmes de droits civiques. Mary Mallon, qui était ce qu'on appelle un porteur sain de la typhoïde, a passé presque trente ans de sa vie en quarantaine, dans des conditions qui évoquent plus la prison que l'hôpital. De nos jours, les porteurs du virus HIV, pourtant contagieux, ne sont pas mis en quarantaine. Les porteurs du virus de la grippe (qui peut pourtant être mortelle) encore moins.

Même pour le virus Ebola, souvent mortel, la quarantaine, quand elle existe, ne peut dépasser 21 jours aux USA. Cette quarantaine se passe au domicile des patients, qui sont contrôlés deux fois par jour.

Eneas est resté plusieurs semaines à l'hôpital, même après avoir été considéré comme guéri. Je ne pense pas qu'il aurait été traité différemment dans le monde réel.
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Anoev
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 20:08

Faut d'mander à Vilko. Si c'est une bactérie expérimentale, on peut espérer qu'elle meure après une période plus ou moins longue. Vu qu'Eneas semble guéri, ça veut dire qu'elle ne se développe plus, du moins plus pour l'instant.

Eneas voulait quitter Nakol, une ville où il n'avait rien à faire et prendre un train pour Hocklènge, une cité qui lui était un peu plus familière (et dire que le Pelliant risquerait d'être sa région d'incarcération, si ça tournait mal pour lui). Il entra dans le vaste hall des grandes lignes de la SBK (la gare centrale de Nakol : Strægen-Beaṅ-Komplex) et continua vers la salle des billets. Il disposait d'une appli sur son ordiphone qui lui dispensait de prendre un numéro d'appel : à trois numéros devant lui, son téléphordinateur le préviendrait, par un signal sonore, que ce serait bientôt à lui ; bien pratique : ça lui permit de flâner dans la gare. Celle-ci n'avait guère changé : il y avait toujours autant de trains, pour toutes les directions, toutes les distances, ou presque : seule les relations de banlieue et les distances régionales vers l'ouest ne partaient pas de cette gare, mais de celle de l'ouest. Bîîp bîîp : c'était le moment de revenir à la salle des billets. Il attendit encore un peu et son numéro s'afficha.
— Un aller simple pour Hocklènge, s'il vous plait.
— Immédiat, dans la soirée ou un autre jour ?
— Dans la soirée : un lit single.
— Je vais voir s'il reste des plaaa... ah ! il ne m'en reste que deux. Un dans un Omoren, et un autre dans un Standing. L'Omoren dans l'express 2462 à 22:33, le Standing dans le Noxpress "Sùdkrox", à 23:10.
— Prenez-moi un single dans le 2462.
— Vous avez des réductions ?
— Non : ma carte est arrivée à expiration avant que je la renouvelle.
— Bien. Ça vous fera en tout 314,15.
— Ça tourne rond*; merci.

Et il alla en ville se restaurer un peu dans un des restaurants exotiques de la ville, et traîner un peu dans les avenues en attendant. Il marcha jusqu'à la place Gabrjel, tourna, retourna, puis revint à la gare assez vite : il avait peur de se perdre dans cette ville qu'il connaissait que peu, et où il avait déjà été, pourtant, mais que deux ou trois fois. Il n'avait pour tout bagage qu'une valise de taille moyenne qu'il avait gardé d'Hyltendale. Il entra dans le train. Sa voiture n'était plus de première fraîcheur, mais comme elle était régulièrement entretenue, elle avait gardé une certaine classe. Il avait un supplément Single Omoren : comme c'était un jour ouvrable, il ne put être déclassé, et il avait dû s'acquitter d'une première classe, d'où le prix du billet. Mais bon, c'aurait pu être pire : en Standing, il aurait payé presque le double.

Il s'installa dans son compartiment : le lit était déjà abaissé et fait. Il se mit en tenu nocturne, s'engouffra dans le lit et dormit tellement vite et tellement profondément qu'il ne remarqua ni le départ du train, ni son  changement de sens à Birem. Quand il se réveilla, le convoi dépassait à toute vitesse la petite gare d'Avellyn, porte d'entrée du Pelliant avant la grande gare de banlieue de Strælgarde. Il se rhabilla et n'attendit pas pour transformer son lit en siège. Le train dépassa en trombe la gare de Strælgarde : le trafic de banlieue était déjà actif : les rames NITP se suivaient et se croisaient à un  rythme régulier. Enfin, le 2462 ralentit et vint mourir doucement contre le heurtoir de sa voie d'arrivée à 7:13.

Il ne restait plus à Eneas qu'à prendre le métro pour prendre le chemin du palais de Justice. L'épreuve commençait pour de bon. Ne restait plus qu'à espérer qu'elle fût la moins pénible possible.






*Le prix du billet ~100*π.

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Vilko
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 21:37

En Aneuf, les fonctionnaires commencent à travailler tôt le matin, vers sept heures trente en général, mais dès quatorze heures beaucoup commencent à rentrer chez eux.

Eneas prit un petit-déjeuner frugal, composé d'un café noir et d'un petit pain, dans un bistrot en face de la gare. Son premier petit-déjeuner d'homme libre depuis qu'il était parti d'Hyltendale. Il espérait que ce ne serait pas le dernier.

La veille, il avait téléphoné à un vieil oncle qui habitait à Strælgarde, dans la banlieue d'Hocklenge, pour lui demander, sinon de l'héberger, du moins de garder son courrier. Eneas savait que la Justice, en Aneuf comme ailleurs, est plus prompte à embastiller le sans domicile fixe, souvent injoignable, que l'homme qui dort sous un toit, à qui l'on peut envoyer une convocation. L'oncle, ayant le même patronyme qu'Eneas, n'avait même pas besoin de rajouter un nom sur sa boîte aux lettres.

Après avoir bu son café, Eneas alla se raser dans les lavabos du bistrot. Car l'homme propre sur lui et bien rasé a toujours l'air plus honnête que celui qui est sale et mal rasé, et Eneas, qui était sur le point de jouer sa liberté, ne voulait rien négliger.

Un quart d'heure plus tard, il entrait dans le palais de justice d'Hocklenge, un majestueux édifice, symbole de la justice santoise.

Eneas expliqua son problème à la jeune et pimpante hôtesse d'accueil, mais celle-ci eut du mal à comprendre de quoi il s'agissait :

- Vous devez faire de la prison ? Mais la prison d'Hocklenge, c'est pas ici...

- J'ai été condamné à une peine de prison, mais je n'étais pas là le jour du jugement. Je veux faire opposition au jugement, pour être rejugé.

- Nous sommes déjà surbookés... Vous n'êtes pas obligé de faire opposition, vous savez...

- Je sais, mais je veux faire opposition. Je ne veux pas aller en prison pour cinq ans, je veux être rejugé.

L'hôtesse lui répondit, sans cacher son irritation :

- Alors allez au greffe, escalier C, premier étage, bureau 102. Ils vous donneront une date d'audience.

Dans le bureau 102, Eneas se trouva en face d'une dame d'âge mûr, qu'il supposa être une greffière. Celle-ci l'écouta raconter son histoire, en lui posant quelques questions. Eneas lui montra des documents qu'il avait imprimés alors qu'il était encore au Mnar, et notamment la liste des victimes qu'il avait dédommagées.

La femme prit la liste, et dit à Eneas :

- Je vais garder cette liste. Puisque vous dites avoir dédommagé les victimes, le procureur devra demander un complément d'enquête.

- C'est-à-dire ?

- Nous allons envoyer une demande d'enquête à la police, pour qu'elle vérifie que vous avez bien dédommagé les victimes. Après, on verra pour vous juger. Vous êtes allé vous cacher au Mnar pendant plusieurs années, vous n'en êtes pas à quelques mois près.

- Alors, vous ne pouvez pas me donner une date d'audience ?

- Non, parce qu'il y a des faits nouveaux. Quand la police aura fait son enquête, on vous écrira pour vous donner une date d'audience.

- Mais je n'ai même pas encore fait opposition au jugement ! Je risque de me faire arrêter par la police à tout moment !

- Écoutez, qu'est-ce que vous préférez ? Aller en prison tout de suite ? Si la police vous arrête, dites-leur de téléphoner au greffe du tribunal, on leur expliquera !

Eneas sortit du palais de justice, assez déçu. Il décida de trouver un hôtel pas cher, pour y loger provisoirement. À Strælgarde, justement, puisqu'il était censé y habiter. Ensuite, il devrait trouver du travail. Ça fait toujours bon effet d'avoir un travail, quand on doit être jugé.

Après quelques semaines de recherche, Eneas trouva un travail d'agent immobilier. Avec son premier salaire, il loua un studio à Strælgarde. Quelques mois plus tard, il quittait le studio pour se mettre en ménage avec une cliente de l'agence, dans le vaste appartement de celle-ci.

La nouvelle compagne d'Eneas regarda avec horreur son ventre flasque et couturé de cicatrices.

"J'ai eu au Mnar un terrible accident de voiture" lui expliqua Eneas. Comme explication, cela valait toujours mieux que de dire qu'il avait eu une maladie grave et contagieuse qui pouvait réapparaître à tout moment.

Le tribunal pénal d'Hocklenge finit par envoyer une convocation à Eneas. Il se rendit à l'audience, plein d'appréhension. Les juges, considérant qu'il était rentré de lui-même en Aneuf, qu'il avait dédommagé ses victimes et qu'il avait trouvé un travail honnête, transformèrent ses cinq ans fermes en une peine avec sursis. Le cauchemar d'Eneas était enfin terminé.

Eneas avait songé à tout raconter au tribunal dans les détails, y compris la malhonnêteté de son ancien patron. Son avocat l'en avait dissuadé, car il n'avait aucune preuve matérielle, et de toute façon la plupart des faits étaient prescrits.
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Anoev
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 23:09

Comme la somme réclamée était largement inférieure à celle qu'il avait effectivement subtilisée dans dans lez coffre du patron, Eneas se dit qu'il avait quand même pas mal d'argent devant lui. Cela dit, il y réfléchissait à deux fois, en se disant quee cet argent, il n'avait pas trop intérêt à le mettre dans des placements trop voyants, auxquels le fisc était susceptible de s'intéresser. Il ne se voyait pas dire à un contrôleur fiscal : « cet argent ? c'est bien simple, c'est celui que j'ai volé y a sept ans à Eddak ... ». Il le dispersa dans plusieurs banques dans des placements non imposables de père de famille en se disant qu'il valait mieux ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Malgré la fable qu'il avait raconté à cette amante de passage (l'accident de voiture), il se disait que, pour les relations sexuelles, il ne fallait plus trop y compter, à moins d'avoir des partenaire aveugles, et encore ! en attendant que ses traces d'opérations soient suffisamment cicatrisées. Et encore ! avec ces rapiéçages et ces coutures, son nombril avait disparu ! Les aveugles ont un sens du toucher très développé. En fait, il fallait qu'il dissocie complètement sa vie affective de sa vie sexuelle : c'était pas si simple. Il pouvait toujours aller voir les prostituées de Kastenexhelle : elle ne sont pas trop regardantes sur le physique de la clientèle, tant que celle-ci paie le tarif légal et respecte le personnel (en portant un préservatif, notamment). Il pouvait même aller en "zone franche", là, le personnel était encore moins regardant, mais les tarifs étaient nettement plus élevés. Certaines paraphilies, tolérées voire acceptées dans cette zone étaient très mal vues par la magistrature et les forces de l'ordre. Quant à l'affection, il devrait trouver une femme pas vraiment portée sur le sexe, mais qui comprendrait ses coucheries ailleurs, ce qui pouvait impliquer : pas une beauté fracassante, voire, pas une beauté du tout. Bref : une "troisième vie" l'attendait ; et il essayait de ne pas trop penser à cette quatrième vie : la vie carcérale. Mais son avocat l'avait partiellement rassuré de ce côté : s'il y avait prescription pour son patron, il devait, normalement, y avoir prescription pour lui aussi. Les deux plateaux de la Balance de la Justice devaient être au même niveau.

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Anoev
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 15:41

--[article_politique]--]Un comble ! Alors qu'à Lanzane (une technopole aneuvienne d'importance, depuis les années '50, à 110 km au sud de Malbœrg, dans la région des Nerbrises (Nælbryse), province du Kanolthe, où on trouve notamment des firmes comme Laneb), les employées dans le secteur de la recherche sont 48% en électronique et 50,4% en informatique. Sans une boîte comme Somýropa (imagerie médicale), elles atteignent respectiv'ment 51% et 58%. En contrepartie, dans la marine militaire (Leskade), pour ces deux secteurs (électronique et informatique), elles "ne sont plus que" 29% et 39%. Les postes de cadres sont à peu près dans les mêmes proportions.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 17:06

Anoev a écrit:
--[article_politique]--]Un comble !

Un ingénieur de Google a publié un message affirmant que la faible présence des femmes dans le secteur technologique s'explique par des facteurs biologiques. À mon humble avis, c'est possible, et on peut en discuter. L'auteur du message a d'ailleurs pris soin d'étayer ses opinions en ajoutant des liens à des études scientifiques très sérieuses. Ces liens n'ont malheureusement pas été repris par Gizmodo.

J'adore la réponse de Google :

«Nous devons créer un environnement ouvert et qui inclut tout le monde. Cela suppose de développer une culture d'entreprise qui accepte les opinions alternatives, les points de vue politiques différents des nôtres, et que ces personnes n'aient pas peur de partager leurs idées.»

L'ingénieur, un certain James Damore, a quand même été viré...

Si vous travaillez chez Google, n'ayez pas peur de partager vos idées, vous ne risquez que de perdre votre emploi ! Bande d'hypocrites...

Le gag, c'est que Damore est un nom italien : "D'Amore" ! Si c'est de l'amour qu'il cherchait, c'est surement pas chez Google qu'il risquait d'en trouver...

Anoev a écrit:
Alors qu'à Lanzane (une technopole aneuvienne d'importance, depuis les années '50, à 110 km au sud de Malbœrg, dans la région des Nerbrises (Nælbryse), province du Kanolthe, où on trouve notamment des firmes comme Laneb), les employées dans le secteur de la recherche sont 48% en électronique et 50,4% en informatique. Sans une boîte comme Somýropa (imagerie médicale), elles atteignent respectiv'ment 51% et 58%. En contrepartie, dans la marine militaire (Leskade), pour ces deux secteurs (électronique et informatique), elles "ne sont plus que" 29% et 39%. Les postes de cadres sont à peu près dans les mêmes proportions.

Simple curiosité... Que risquerait un James Damore aneuvien ? Son opinion serait-elle calmement discutée, et éventuellement réfutée, par des contradicteurs (des deux sexes) ayant étudié le problème aussi sérieusement que lui, ou serait-il purement et simplement foutu à la porte ?

Au Mnar, James Damore n'aurait pas été renvoyé, mais il aurait fait l'objet d'un appel téléphonique courroucé de son chef :

"Dites-donc, James, qu'est-ce qui vous arrive... Vous publiez sur le réseau interne de l'entreprise dix pages pour rappeler des évidences ? Vu la façon dont c'est rédigé, avec des liens vers des textes scientifiques, et des mots compliqués et tout et tout, ça a dû vous prendre du temps... J'espère que vous n'avez pas fait ça pendant vos heures de travail... Vous avez fait ça chez vous ? Alors, j'ai rien dit. Ceci étant, je tiens quand même à vous dire que vos dix pages ont traumatisé certaines dames de l'entreprise... Elles viennent de sortir de mon bureau, je les ai calmées comme j'ai pu. Alors, à l'avenir, faites attention... Eh oui, je sais, il leur faut pas grand-chose..." (rire gras)

Rappel : le Mnar est, dans sa plus grande partie, un pays du Tiers-Monde, et c'est largement une dystopie... Wink
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Anoev
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 17:31

Après une enquête discrète et précise, l'éventuel Zhæm Klimen n'aurait certes pas été renvoyé, mais il aurait peut-être muté dans un service où le pourcentage du beau sexe aurait été nettement plus important, et il aurait peut-être été amené à être aux ordres d'une femme. Laquelle aurait, bien sûr, été au courant de ce fameux blog (sans doute d'ailleurs, l'aurait-elle épluché de Q jusqu'à Ψ). Certes, sa vie professionnelle n'aurait pas été celle d'un certain nombre de responsables intermédiaires d'entreprises occidentales (harcèlement moral, burn-out et j'en passe), mais tôt ou tard, il aurait fini par craquer et demander sa démission, ou bien sa mutation vers un poste inférieur. Avant ça, il serait dans un bureau un peu plus grand qu'un placard où il s'étiolerait, ses collègues féminines, mais aussi masculins se tairaient et poufferaient à son passage, il n'aurait plus de subordonné(e)s à qui donner des ordres. Bref : une vie professionnelle de m... Ses ex-subordonnés deviendraient ses égaux, puis ses supérieurs, et il végéterait, là... regrettant mais un peu tard, et méditant sur ce proverbe latin : VERBA VOLANT SCRIPTA MANENT.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 17:54

Anoev a écrit:
Certes, sa vie professionnelle n'aurait pas été celle d'un certain nombre de responsables intermédiaires d'entreprises occidentales (harcèlement moral, burn-out et j'en passe), mais tôt ou tard, il aurait fini par craquer et demander sa démission, ou bien sa mutation vers un poste inférieur.

Le but de la mutation serait de le faire craquer pour qu'il démissionne?  Shocked  

J'espère qu'il va rester le plus longtemps possible en en faisant le moins possible (juste assez pour qu'on ne puisse pas le virer), et en copiant en douce les secrets de l'entreprise pour les vendre ensuite aux concurrents... Quand on est traité comme ça, on n'a pas à avoir de scrupules...

Anoev a écrit:
Avant ça, il serait dans un bureau un peu plus grand qu'un placard où il s'étiolerait, ses collègues féminines, mais aussi masculins se tairaient et poufferaient à son passage, il n'aurait plus de subordonné(e)s à qui donner des ordres. Bref : une vie professionnelle de m... Ses ex-subordonnés deviendraient ses égaux, puis ses supérieurs, et il végéterait, là...

Ça, c'est du harcèlement dans toute sa splendeur...

À la place de Zhæm Klimen, je prendrais un avocat, et j'attaquerais l'entreprise en justice. Non seulement à cause du harcèlement, mais pour préjudice de carrière, etc.
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 18:22

Les dérives du féminisme  radical en Aneuf ?
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 18:25

Malheureusement, je n'ai pu avoir, de la part de 20minutes, que cette phrase traduite : Selon l'auteur, les femmes sont plus enclines «aux sentiments et à l'esthétique qu'aux idées», ce qui fait qu'elles optent pour des carrières «dans le social ou l'artistique» C'est sûr que si Zhæm Klimen s'était contenté de dire ça, il n'aurait pas été muté, mais il aurait été... recadré (par une programmeuse, de préférence) et c'en serait resté plus ou moins là. Sauf si Klimen réitérait, bien sûr. En Aneuf, l'égalité des aptitudes, ça se détecte et ça s'apprend dès la petite école, et on ne va pas orienter une fillette vers la couture alors que, par exemple, on s'est rendu compte qu'elle extrayait des racines carrées presque aussi vite qu'une calculatrice (j'exagère, mais c'est une image). De même, on va pas faire embrasser la carrière militaire à un garçon qui, en un clin d'œil peut "voir" le futur intérieur d'un appartement ou un étage de bureaux.

Si Klimen s'était contenté de dire : « y a plus d'hommes que de femmes dans ma boîte dans le hardware et plus de femmes dans le software », ça n'aurait eu aucune espèce d'incidence, car c'est l'énoncé d'un fait (sauf si, 'videmment, ladite entreprise est couverte par le secret-défense, ce qui pourrait être le cas dans certains secteurs de Laneb).

Par contre, s'il avait dit « je trouve scandaleux que des femmes soient membres de l'encadrement d'une entreprise informatique comme Laneb, car il est prouvé statistiquement que les femmes ne sont pas aptes à certaines tâches de haut niveau comme des élaborations de programmes », là il y aurait de fortes chances pour ce que j'ai décrit dans ma précédente inter lui arrive, car dans ce cas, il s'agissait d'une attaque sexiste.

Et toute attaque mérite une riposte.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 18:30

En Aneuf, le féminisme est aussi mal vu que le machisme. Ils existent, malheureusement, mais sensiblement moins que chez nous. Les Aneuviennes et les Aneuviens sont nés pour vivre ensemble et s'entraider, par pour se tirer dans les pattes. Si les machistes et les féministes n'existaient pas du tout, l'Aneuf serait une utopie. Là, on va dire que c'est une demi-utopie.

Le machisme et le féminisme sont les deux faces d'un même mur : celui qui divise les hommes et les femmes.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 20:08

Anoev a écrit:
Malheureusement, je n'ai pu avoir, de la part de 20minutes, que cette phrase traduite : Selon l'auteur, les femmes sont plus enclines «aux sentiments et à l'esthétique qu'aux idées», ce qui fait qu'elles optent pour des carrières «dans le social ou l'artistique» C'est sûr que si Zhæm Klimen s'était contenté de dire ça, il n'aurait pas été muté, mais il aurait été... recadré (par une programmeuse, de préférence) et c'en serait resté plus ou moins là. Sauf si Klimen réitérait, bien sûr.

Donc, il aurait été sanctionné pour une opinion politiquement incorrecte, mais plutôt modérée, et largement répandue. Être "recadré", c'est déjà être sanctionné. Lorsqu'on a besoin d'être recadré, c'est qu'on est mauvais. D'ailleurs, comme tu le dis, "c'en serait resté plus ou moins là. Sauf si Klimen réitérait, bien sûr." Ce qui signifie qu'en cas de récidive, il serait réellement sanctionné.

Anoev a écrit:
En Aneuf, l'égalité des aptitudes, ça se détecte et ça s'apprend dès la petite école, et on ne va pas orienter une fillette vers la couture alors que, par exemple, on s'est rendu compte qu'elle extrayait des racines carrées presque aussi vite qu'une calculatrice (j'exagère, mais c'est une image). De même, on va pas faire embrasser la carrière militaire à un garçon qui, en un clin d'œil peut "voir" le futur intérieur d'un appartement ou un étage de bureaux.

Les gens ne choisissent pas de faire carrière au vu de leurs aptitudes, mais en fonction de leurs goûts. L'un de mes neveux avait commencé une carrière d'informaticien. Il était très doué, au point d'avoir été sollicité par une fac pour y donner des cours, ce qu'il a fait pendant plusieurs années. Mais il a fini par laisser tomber l'informatique pour faire ce qui lui plaît vraiment : il est devenu brasseur de bière ! Il gagne moins que lorsqu'il faisait de l'informatique, mais il fait ce qui lui plaît vraiment. Je peux citer d'autres exemples, y compris des femmes douées pour les maths et qui ont préféré faire des carrières dans le social ou les ressources humaines.

Anoev a écrit:
Si Klimen s'était contenté de dire : « y a plus d'hommes que de femmes dans ma boîte dans le hardware et plus de femmes dans le software », ça n'aurait eu aucune espèce d'incidence, car c'est l'énoncé d'un fait

Quel est l'intérêt de dire des choses que chacun sait déjà, puisqu'il peut les constater de lui-même en lisant l'organigramme de l'entreprise ? Ce qui est intéressant, c'est de dire pourquoi il en est ainsi.

Il me semble qu'en Aneuf, il y a deux réponses possibles :

"C'est à cause du machisme et du sexisme !" Bonne réponse.

"C'est parce que les hommes et les femmes sont biologiquement différents." Mauvaise réponse. On va vous pourrir la vie jusqu'à ce que donniez votre démission...

Anoev a écrit:
Par contre, s'il avait dit « je trouve scandaleux que des femmes soient membres de l'encadrement d'une entreprise informatique comme Laneb, car il est prouvé statistiquement que les femmes ne sont pas aptes à certaines tâches de haut niveau comme des élaborations de programmes », là il y aurait de fortes chances pour ce que j'ai décrit dans ma précédente inter lui arrive, car dans ce cas, il s'agissait d'une attaque sexiste.

Et toute attaque mérite une riposte.

À condition qu'elle soit dans le cadre de la loi. Si le fils de mes voisins trouve amusant d'écrire "Vilko tête de con" sur ma porte, c'est une attaque. Mais ça ne me donne pas le droit de riposter en le rouant de coups, parce que cette riposte serait illégale. De même, le harcèlement est illégal.

Dans une entreprise bien gérée, le harcèlement est proscrit. Non seulement parce que c'est un délit (en France, en tout cas), mais aussi parce que les conséquences sont toujours désastreuses. Non seulement pour le harcelé, mais aussi pour l'entreprise.

Pendant le temps où il reste dans l'entreprise avant de craquer et de démissionner, Zhæm Klimen risque d'être fort peu productif. Il risque même d'avoir envie de saboter pour se venger des souffrances qu'il subit. Donc, pour limiter le risque, on va en gros le payer à ne rien faire. Mais ça peut durer longtemps. J'en ai connu qui profitaient de leur temps de placard pour apprendre des langues étrangères ! Very Happy

Il peut aussi semer le doute dans l'esprit de ses collègues : "En ce moment, c'est moi qui suis dans le collimateur, mais quand je serai parti, ce sera un autre qui sera harcelé... Toi, par exemple." Pour pourrir l'ambiance, y'a pas mieux...

Après avoir quitté l'entreprise, il peut se répandre sur les réseaux sociaux, voire dans la presse. Raconter comment il a vécu l'enfer. En précisant que plus personne n'osait lui parler par peur des représailles : "ses collègues féminines, mais aussi masculins se tairaient et poufferaient à son passage". Toutes et tous ? Cela signifie toujours que ses anciens copains (et ses copines) ont peur d'être visés eux aussi...

L'image de l'entreprise en souffre, inévitablement. En conséquence, elle a plus de mal à recruter des éléments performants, qui préfèrent aller travailler ailleurs.
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 20:38

"Recadré" ne signifie pas nécessairement "sanctionné". Dans ce cas, Klimen passe dans le bureau de son supérieur hiérarchique, il y a une explication, et aucune trace n'en reste. Ça ne l'empêche pas de défendre son opinion vis à vis de ses collègues. Si celles-ci, même "non conforme" ne nuisent pas à un travail d'équipe, même avec des collègues féminines, il n'y a pas de raison pour que ça "laisse des traces" dans son déroulement de carrière. Mais il est normal que, si une opinion déplait, il y ait des réponses, à condition que ses réponses soient aussi civilisées que l'opinion, bien sûr. Si l'opinion déplait, ce n'est pas forcément une attaque, cette opinion a certes le droit d'être exprimée, les opinions opposées aussi, c'est ce qu'on appelle le droit de réponse. Si tout se déroule dans le cadre du respect d'autrui, il n'y a pas de raison pour que ces opinions opposées donnent naissance à des frictions. Si le ton du blog (un blog, ce n'est pas un journal intime qu'on écrit pour soi-même, rappelons-le : il est destiné à avoir un lectorat. Malheureusement, combien de blogueurs ont tendance à l'oublier !) est beaucoup moins amène, il est normal que la réponse que les personnes visées (ici : le personnel féminin DANS SON ENSEMBLE) soit plus énergique. Si (comme c'est peu probable) Klimen se met à dos plus de la moitié du personnel de son entreprise (exécution comprise) par un pamphlet outrageant, une mise en quarantaine de la part de celle-ci ne sera qu'une juste réponse, et pas forcément considérée comme du harcèlement. S'il porte plainte, son avocat aura du mal à bien le défendre, car ce ne sera pas un différend avec la hiérarchie, mais avec plus de la moitié du personnel (et c'est pas évident que le personnel masculin le défende, surtout si son propos a été infamant).

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 21:56

Anoev a écrit:
S'il porte plainte, son avocat aura du mal à bien le défendre, car ce ne sera pas un différend avec la hiérarchie, mais avec plus de la moitié du personnel (et c'est pas évident que le personnel masculin le défende, surtout si son propos a été infamant).

Le harcèlement n'est pas nécessairement le fait d'un supérieur. On peut être harcelé par des égaux, voire par des inférieurs. La faute de la hiérarchie, si elle a été alertée par le harcelé, sera alors de n'avoir rien fait. C'est l'ancien délégué syndical qui parle ! Very Happy

Pour que quelqu'un se retrouve isolé et sans soutien, il n'est pas nécessaire qu'il ait contre lui plus de la moitié du personnel, mais que les personnes qui lui en veulent soient suffisamment virulentes pour intimider la majorité. Il suffit souvent de quelques personnes. La plupart des gens ont déjà du mal à gérer leurs propres problèmes, ils n'ont pas envie de s'immiscer dans un conflit entre les grandes gueules de la boîte et quelqu'un qui ne parle à personne.

Mais il se peut très bien, aussi, que l'Aneuf ait une culture du harcèlement, comme dans les écoles japonaises. Cela expliquerait, de la part des Aneuviens, l'adhésion quasi-unanime à des opinions qui, partout ailleurs, seraient minoritaires !
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 8 Aoû 2017 - 22:26

L'Aneuf n'a pas la culture du harcèlement, comme on peut le constater par exemple dans les écoles et entreprises françaises (j'en sais d'expérience). Pour que quelqu'un soit mis à part là-bas, il faut vraiment qu'il y ait mis du sien. De plus, l'Aneuf est assez disparate, et si quelqu'un se sent "mal apprécié" dans une province, une région ou une commune, il peut toujours essayer sa chance ailleurs, et c'est pas spécifique à ce pays. Il faudra bien qu'il évite certains endroits selon ses phobies*, ou bien l'ampleur de celles-ci.



*Les homophobes éviteront le Sarimat, Nevstad ou le Nobenkost æstmorien, les "identitaires" santois façon Korda éviteront la Pande, Nakol ou les Foskarse, etc. Les militants d'extrême-gauche éviteront le sud et l'est des Santes ; les féministes éviteront l'Alfazie etc. Mais bon, on est TRÈS LOIN de la ghettoïsation façon US.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Jeu 10 Aoû 2017 - 23:50

Cette histoire de "confusion" entre les gymnases et les écoles m'a fait imaginer un truc : comment marchait l'enseignement en Aneuf sous l'Ancien Régime (avant la Révolution de 1892).

Kuruphi a écrit:
J'anticipe vos clichés français : non, une école catholique n'est pas un semi-couvent où on porte des uniformes et où on enseigne le créationnisme Smile
C'était le cas pendant un bon bout d'temps en Aneuf. Mais heureusement, concurrence du public aidant, ça s'est modernisé ! et des Inspecteurs sont envoyé par l'Académie, pas par l'Inquisition. Twisted Evil

Si quelques progrès furent faits après la fondation de l'Aneuf et que, pour l'enseignement élémentaire, l'apprentissage de la langue aneuvienne, ainsi que la base des mathématiques et de la connaissance de l'environnement, on nota des avancées (enseignement obligatoire et gratuit bien avant la France (J. Ferry), pour l'enseignement secondaire, et à fortiori, l'enseignement supérieur, y avait des lacunes criantes. L'enseignement aux garçons et aux filles était complètement différents. Les premiers avaient un enseignement de type militaire, alors que celui des secondes était religieux. Celui-ci n'était pas obligatoire, et donc payant. On y apprenait (entre autres) l'aneuvien, les langues étrangères, les langues mortes, mais aucune trace du thub, ni de l'akrig, ni du ptahx. Celui-ci était enseigné - en secret - dans les familles. le  TKP (Teráfljo Kœnad Pirmarstud : certificat de fin d'études primaires) était certes un passeport pour pouvoir entrer dans l'enseignement secondaire (collégiales, puis collèges pour les filles, lycées pour les garçons) il fallait aussi avoir de l'argent. Pour les autres, ce fut l'entrée dans la vie active... à douze ans à peine. Toutefois, certaines entreprises étaient plus sociales que d'autres, et des collèges d'entreprises s'ouvrirent çà et là. Ça permettait à certains ados d'avoir quatre ans d'école en plus. Las ! Ces écoles d'entreprises durent fermer à cause d'un décret de Deskerrem imposant un travail à temps plein pour plus de rendement. Cette situation d'esclavage (appelons un chat un chat) pour les plus jeunes des familles pauvres (un bon nombre en moururent, pas plus respectés dans la mort que dans le travail) dura jusqu'à la Révolution. Celle-ci fut un véritable appel d'air pour beaucoup, et notamment dans l'enseignement. Celui-ci devint public, y compris au secondaire, y compris au deuxième cycle. Et, grosse avance sur beaucoup de pays, il devint mixte : assurance que les filles auraient exactement le même niveau que les garçons. Certes, les écoles privées (non mixtes, pour la plupart, et avec un enseignement "traditionnel", c'est à dire coercitif), l'enseignement public avait des moyens, et donc la possibilité de moderniser ses méthodes, et devenait une concurrence grave pour les boîtes privées, surtout au moment des examens (brevet du premier cycle, bac), surtout que, par la suite, un système faisait qu'une copie était examinée et notée par cinq professeurs qui ne se consultaient pas, et une moyenne était établie, en excluant la note la plus haute et la plus basse, ce qui faisait une moyenne de trois notes. L'enseignement fit de gros progrès jusqu'en  1938. À ce moment, Hakrel considéra qu'il fallait faire des économies si on voulait faire avancer le pays et exclut de l'enseignement secondaire les thubs et les akrigs. Toutefois, il ne remit pas en cause l'enseignement mixte, mais, tout du moins dans les cours d'histoire, de géographie et d'instruction civique, l'endoctrinement allait bon train. Le régime Ruz fut pire encore, excluant également les ptahxs et les juifs. La fin de la guerre civile et la libération par les armées républicaines mit fin à cet état de fait, mais beaucoup d'établissements scolaires (comme d'autres bâtiments)  étaient sinon en ruine, du moins pas mal délabrés. Mais il fallait assurer l'avenir du pays, et l'avenir passait par l'enseignement, il fallait aussi remplacer les enseignants tombés non seulement du fait de la Police du Régime dictatorial, mais aussi du fait des Partisans républicains. Au milieu du XXe siècle, il fallait parer au plus pressé, y compris pour l'enseignement élémentaire, ce fut l'époque de la construction de grandes cités scolaires, comme à Anfrooz (banlieue sud de Sfaaraies, ou à Perkhne (orthographe de l'époque* sud du Sanflod). Des méthodes d'enseignement novatrices, tant autochtones que venues de l'étranger (Summerhill, Montessori, Freinet) fleurirent ça et là. L'essentiel, c'est que les élèves étudiassent dans de bonnes conditions et que les résultats s'en fassent sentir. En 1945, il n' y avait que deux villes universitaires, en 1967, il y en avait huit, en 1979, il y en avait dix-huit. Entre temps, le thub fit son entrée en force comme langue universitaire, en Pande, bien sûr, mais aussi au Malyr, et dans une moindre mesure, au Kanolthe et au Malyr. L'objectif des ministères de l'enseignement, c'est Littèċusem = 0‰.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Sam 26 Aoû 2017 - 11:40

Zhæm avait définitivement quitté Somýropa et l'Aneuf et s'était envolé vers Hyltendale, laissant derrière lui un beau b... et avec la satisfaction, du moins, il en était persuadé, d'avoir fait virer Agàth, son ennemie jurée, de l'entreprise. Celle-ci avait été simplement éloignée par la Direction, prétendument le temps de l'enquête. Mais Zhæm parti (ce qui constituait, selon la cadre, un aveu), l'enquête se révélait superflue. Tout s'éclairait alors : la Direction, qui ne pouvait pas l'encadrer (c'est l'cas d'le dire) lui avait collé Zhæm dans les pattes, afin de la rendre responsable des faits de l'ingénieur indélicat. Pour la Direction, c'était coup double : elle changeait Zhæm de service, et mettait volontairement un boulet aux pieds d'Agàth. Mais pourquoi cette vindicte directoriale contre un des meilleurs, sinon le meilleur élément de la boîte ? Tout simplement, parce que, trois années auparavant, en entretenant l'ordinateur du DRH, elle avait découvert des fichiers illégaux, créés par lui, concernant l'ensemble du personnel de Somýropa. Ces fichiers concernaient non seulement l'absentéisme, à la minute près des employés, mais aussi tout ce qui concernait leur vie privée, leurs opinions politiques, et même sexuelles. Elle alerta la KFS (le plus important syndicat d'Aneuf), le patron, ainsi que le DRH, durent s'expliquer. Les fichiers furent effacés. Le DRH était à deux millimètres de la porte de sortie. Les cadres de la direction s'en voulurent de ne pas avoir choisi, comme responsable de la sécurité informatique, quelqu'un de plus compréhensif. Finalement, le cadre indélicat fut muté vers une succursale en Alfazie et on le remplaça. Mais le patron (qui, officieusement, n'était pas opposé à ce genre de pratiques, mais ne pouvait pas l'affirmer tout haut) avait depuis une dent contre Agàth, et voulait la piéger coûte que coute. C'est alors qu'arriva Zhæm Klimen, un jeune homme beau, mais si suffisant qu'il en était même arrogant avec le petit personnel, qui avait un diplôme d'ingénieur dans la poche, mais qu'on ne put mettre dans l'équipe technique (optique, mécanique, électronique, informatique) parce qu'il n'y avait plus de place. Il restait le commercial, l'administratif ou le financier. Il choisit le premier.  Par la suite, il se rendit compte que deux des postes qu'il convoitait étaient occupés par des femmes : Agàth pour l'informatique, et Karolyn, pour l'optique. Ce qui motiva son blogue. Lequel fit une véritable traînée de poudre, puisqu'il était lisible par n'importe qui. Il disait, en termes peu amènes, statistiques à l'appui, que des femmes n'avaient pas leur place dans des secteurs aussi pointus que l'électronique, l'informatique etc.  et que leur rôle devait se limiter au social (secteur pour lequel il avait un souverain mépris, pour lui, ce rôle se résumait à entretenir des parasites), où à la rigueur, le commercial, mais pas comme cadre : seulement derrière un guichet, pour accueillir, avec un grand sourire et un décolleté plongeant, les clients potentiels ! La direction, qui devait le déplacer, sous la pression des personnes outragées, la mit enfin dans un secteur bien technique : dans la sécurité informatique, ce qui le combla d'aise, pas bien longtemps, puisqu'il appris qu'il était dans un secteur sous la responsabilité d'Agàth, la grande responsable de ce service. La suite est racontée par Vilko dans le fil "les fembotniks". Le problème du virus mnarésien permit de mettre Agàth sur le gril, mais elle avait répondu d'une manière précise qu'elle n'avait fait que son travail.


À suivre.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Dim 27 Aoû 2017 - 13:50

Agàth fut donc "mis en sommeil", le temps de l'enquête, officieusement pour ne pas l'orienter (tu parles !) mais en fait, le patron avait l'espoir de s'en débarrasser en catimini, une fois qu'elle aurait fini par être oubliée. C'est pas vraiment ce qui se passa. Une fois fini son service (pas question de téléphoner depuis les bureaux, on ne sait jamais !), Natàli téléphonait à Agàth et lui donnait un compte rendu de tout ce qui se passait.Quelques mois après le départ de celui qui était appelé désormais Zhæm-le-Mnarésien, Agàth reçut une enveloppe à l'en-tête de Somýropa. Son rappel ? sans doute... en faitt, c'était une lettre de remerciement. Elle n'attendit pas une minute : envoya une copie aux prud'hommes et alerta Natàli. La réaction ne se fit pas attendre : ça déclencha aussitôt une grève dans la plupart des secteurs de la boîte, les banderoles se déroulèrent : Gèvente Agàthes ni ese; Erkàpdur uslèkev; Striykev pœr Agàthes etc. Dans un premier temps, l'équipe directoriale resta ferme, mais les mauvaises notes commerciales, puis financières (qui en découlèrent) arrivèrent. Il fallait trouver une solution. Le directeur général de l'informatique allait bientôt partir à la retraite, il fallait penser à le remplacer.
— Vous n'y pensez pas ! On ne va pas la remplacer par la Kurimery »dit le directeur financier, « on peut toujours avoir une solution radicale et définitive. J'ai quelques amis qui peuvent, si je leur demande poliment...
— Vous vous croyez où, Korda ? En Amérique du Sud dans les années '60 à '80?, Dans la Pande de Krœvolt ? Chez Hakrel ? Chez Ruz ? Si vous voulez passez cinq ans de vacances dans un hôtel d'État où les portes, munis de judas, ne s'ouvrent que de l'extérieur, pas moi !
— Mais vous, vous seriez prêts à faire entre entrer cette gauchiste dans la direction ? Merci bien ! Ce sera elle ou moi !
— On a toujours dit que, chez  Somýropa, l'orientation politique ne devait pas être un frein : c'a été valable pour vous, ça doit l'être aussi pour d'autres, ne l'oubliez pas.
— Sauf que moi, je suis du bon côté, alors qu'à cause d'elle, on a tout l'système informatique infecté par des logiciels malveillants venus du Mnar.
— On a commis une erreur en mettant Klimen dans les pattes de Kurimery. Le problème vient de là, et vous le savez. Maintenant, il va falloir assumer, sinon, on coule !
Finalement, devant l'urgence de la situation (la grève risquait de se durcir un cran de plus, le service après-vente d'urgence risquait de ne plus être assuré), le retour d'Agàth Kurimery fut voté à la majorité de trois voix d'écart. Mais à quel poste ? À son ancien poste ? Celui de la sécurité informatique ? ce qui remettrait Natàli comme directrice adjointe ? Bref, une autre élection propulsa Agàth au plus haut poste informatique. Il fallait maintenant en aviser les grévistes et l'intéressée.

À suivre.







* (nom de famille d'Agàth)

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Anoev
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mar 19 Sep 2017 - 23:02

Vilko a écrit:
Zodonie est avant tout le quartier du sexe vénal, et il en a été ainsi depuis l'arrivée des cybersophontes à Hyltendale. (...) Il n'y a pas d'université à Hyltendale, vu la démographie très particulière de la ville. En effet, peu d'humains y travaillent, la plupart des résidents sont des rentiers ou des retraités (c'est le cas de la plupart des fembotniks et manbotchicks), ou sont des handicapés ou malades mentaux pris en charge par des institutions, notamment les deux hôpitaux géants que sont le Madeico et le Lagovat-Kwo. Sans université, il ne peut pas y avoir d'étudiants, donc pas de quartier étudiant non plus.
Il  y a plusieurs différences essentielles entre Hyltendale et Hocklènge.

Tout d'abord, Hocklènge n'est pas un port maritime, seulement un port fluvial. Hocklènge a beaucoup d'analogies avec Paris. Il n'y a certes pas deux îles (jadis, il y en avais même trois) mais une : l'île d'Oskartym, maintenant quartier vert : un énorme parc et presque pas de construction ; cette fois-ci, pour l'analogie, y faut plutôt aller chercher du côté de Budapest.

La prostitution1 s'établit depuis très tôt dans le quartier de Kastenexhelle, au bord de la Skovaan, sur la rive gauche. Mais sinon, Kastexh' comme disent les Hocklèngais, est un quartier comme un autre, avec ses marchés, ses stades ses écoles et ses habitations, certes moins nombreuses qu'ailleurs, car le quartier est peu étendu (mais plus grand que Noblènge, Heskvertine, Æst-Skovaan ou Hekelle). Pour situer Kastexh', il est donc bordé au sud-est par la Skovaan, au nord par Noblènge, au sud par Æst-Skovaan (le quartier d'affaires d'Hocklènge : les hommes d'affaires n'ont pas loin à aller pour passer un moment agréable), à l'ouest par Lixeψestrevelle (autre quartier chic) et au sud-ouest par Kneslastvenege (chic à l'est, nettement moins au delà de la gare du même nom).

Contrairement à Paris, les universités & grandes écoles sont en majorité sur la rive droite, notamment Astskovaan (sans trait d'union, contrairement au quartier, déjà évoqué, d'Æst-Skovaan), mais aussi Herznleslixhtarel, au nord-est, aux abords de la gare du même nom. On pourrait trouver une analogie avec la fac de Paris-Diderot, dans le nouveau quartier de Paris-Seine-amont (XIIIe arrt), sauf que là, les universités y sont implantées depuis nettement plus longtemps ! Pour les étudiants logeant en banlieue ou à la sante de Sense, c'est bien pratique : le campus est presque face à la gare. L'enseignement supérieur est beaucoup moins représenté à Hocknebur (sud) et Hekelle (sud-ouest-rive droite²), quartiers plus populaires. On y trouve quand même la SSIB (supor skool izheniri binòψaken = école supérieure d'ingénierie du bâtiment).

Tout ce petit monde est bien entendu bien desservi par le métro et les trains de banlieue (lesquels traversent aussi la ville de part en part, du moins ceux de la NITP).


1 En grosse majorité des femmes, mais pas seulement. On peut y trouver également des transgenres, des "intersexes" et quelques hommes efféminés, au nord, pas loin de Noblènge. Pour la prostitution masculine à clientèle féminine, vaut mieux aller au Malyr, encore qu'on puisse en trouver à Sense et à Værsant ; les homos virils se trouveront plutôt à Nevstad. Sinon, pour le reste (sans aucune garantie, parce qu'interdit, en principe), y a la Zone franche (en français dans le texte3), au sud de Kastenexhelle, mais là...
2 En face d'Heskvertine, situé sur la rive gauche, quartier à plutôt mauvaise réputation, mais on est relativement encore loin de la violence qui sévit dans certaines de nos banlieues. Toutefois, ça semble vouloir s'arranger depuis l'implantation de la nouvelle gare "Kustœntyn"4 ("Constitution") desservie par les trains rapides et Interciv. Pour l'analogie, aller plutôt à Londres, avec la transformation radicale du quartier de Whitechapel, théâtre d'opérations de Jack the ripper, à la fin du XIXe siècle.
3 C'est là qu'Eneas Tonnd allait chercher de la tendresse, avant d'aller à Hyltendale.
4 Y faut dire que l'ANB avait mis les pieds dans le plat : « pas question que nos rapides desservent un gourbi5» Or, cette desserte est-ouest était indispensable, pour Hocklènge, pour les Santes et les deux provinces limitrophes à l'est (Pande, le Malyr étant déjà desservi par la ligne de Lanrúke) et à l'ouest (Alfazie). En fait, cette nouvelle gare est à la limite des deux quartiers : Knleslastvenege et Heskvertine, à deux pas du... nouveau siège de la police provinciale.
5 «Srat eret nep qua ed syvstrægene aklœd ùt nechquàraċ!».

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