L'Atelier

Créations linguistiques
et mondes imaginaires
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Deux environnements...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1 ... 10 ... 15, 16, 17
AuteurMessage
Anoev
Modérateur
avatar

Messages : 18210
Date d'inscription : 16/10/2008
Localisation : Île-de-France

MessageSujet: Re: Deux environnements...   Mer 7 Juin 2017 - 0:57

Vilko a écrit:
La situation du clergé au Mnar est analogue à celle qui existe en Alsace-Lorraine et en Allemagne, où les prêtres, les pasteurs et les rabbins sont payés par l'État comme des fonctionnaires de catégorie A.
Y a également un concordat avec les catholiques en Alfazie. Ce concordat a été âprement contesté. Il a failli disparaître, mais le  clergé alfazien, pourtant conservateur, a fait acte de fidélité à la république durant les Évènements de 1974. Du coup, il a été reconduit. Les autres cultes (notamment les musulmans au Roenyls) voudraient bien bénéficier d'un tel acte, mais le Roenyls (même quand il est dirigé à droite) n'est pas l'Alfazie. Ce qu'il faudrait accorder aux musulmans, il faudrait l'accorder aussi aux chrétiens (toutes tendances confondues), aux juifs, aux hindous etc. Seuls les édifices bénéficient d'un entretien de la part du ministère de la culture, et encore, pas tous. En Pande, l'Eӄeʀđina Kürnea bénéficie aussi d'un concordat. Pas au Malyr. La religion ptahx, du moins aux Santes, bénéficie, elle aussi, d'un concordat (belle revanche par rapport à l'époque où ils étaient pourchassés, après le pillage de leurs temples, et où ils étaient obligés de se cacher pour vénérer leurs divinités).

_________________
Tev o ĕrekes ù spraċ, la stĕ nep kànertas quas o dœm, do ep kóm o adráṅtes.
Quand tu inventes une langue, on ne sait pas forcément ce que tu penses, mais on sait comment tu raisonnes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Anoev
Modérateur
avatar

Messages : 18210
Date d'inscription : 16/10/2008
Localisation : Île-de-France

MessageSujet: Re: Deux environnements...   Ven 14 Juil 2017 - 11:00

Eneas sentit l'espoir renaître en lui. Il n'avait pas l'intention de s'évader : ce serait la dernière folie à risquer : il n'était pas au Mnar, mais en Aneuf. S'il s'évadait dans son pays, il deviendrait un proscrit, ne pouvant plus trouver un nouveau travail et vivant d'expédients. Une vie de paria, de bandit. Agent de change, il n'avait jamais été éduqué pour une telle vie. Par contre, il avait fait du droit : il avait étudié dans plusieurs provinces aveuviennes et c'avait été un bon élément. Il saurait se défendre, voire même attaquer efficacement certaines "victimes" comme son ex-patron qui ne manqueraient pas de montrer les dents. Il fallait surtout qu'il guérît. C'était l'essentiel. Après tout, cette tâches pourrait s'avérer être non pas un cancer, comme il l'avait imaginé dans ses plus grands moments de détresse, à Hyltendale, mais un zona.

L'hôpital Lœbja Kùbno, Eneas le connaissait de réputation : le meilleur hôpital de la région, sinon de la province ; un des meilleurs établissement du pays. Ses spécialités : la peau, les yeux, les organes génitaux. Mais ses médecins, chirurgiens et internes n'étaient pas en reste dans les autres disciplines. C'était encore, de l'extérieur, un hôpital à l'ancienne, avec ses pavillons en brique et ses toits en tuile, mais à l'intérieur, c'était d'une propreté, d'une clarté qu'on ne pourrait pas se douter qu'on puisse être dans un pavillon du XIXe siècle... ah si : les fenêtres : des croisées à plusieurs petites vitres.

_________________
Tev o ĕrekes ù spraċ, la stĕ nep kànertas quas o dœm, do ep kóm o adráṅtes.
Quand tu inventes une langue, on ne sait pas forcément ce que tu penses, mais on sait comment tu raisonnes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Vilko
Modérateur
avatar

Messages : 2707
Date d'inscription : 10/07/2008
Localisation : Neuf-trois

MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 14:16

Les douaniers de Nakol avaient prévenu le tribunal d'Hocklenge de l'arrestation et de l'hospitalisation d'Eneas Tond.

"Fort bien" avait dit le procureur. "Vous l'arrêterez de nouveau et vous le ferez transférer à Hocklenge dès qu'il sera guéri."

Mais six mois plus tard, Eneas n'était toujours pas guéri. Les bactéries mutantes avaient été éradiquées juste avant de commencer à attaquer les intestins, mais il avait fallu opérer, enlever la peau du ventre, et la graisse sous-cutanée, qui étaient en train de pourrir. Le docteur Sobret, qui soignait Eneas, s'attendait à ce que des bactéries survivantes se mettent à proliférer. En désespoir de cause, il contacta ses confrères de l'hôpital Madeico, à Hyltendale.

Un médecin cyborg d'Hyltendale, le docteur Feti, fit le déplacement jusqu'à Nakol. Le docteur Sobret le reçut dans son bureau.

C'était la première fois de sa vie que Sobret voyait un cyborg. Le docteur Feti était un homme de haute taille, vêtu d'un costume sombre. Il tenait à la main une grande sacoche de cuir marron. Feti ressemblait à s'y méprendre à un humain, à part ses yeux cybernétiques, entièrement noirs, et sa façon de parler, un peu automatique, comme ces messages que l'on entend dans les gares et les aéroports.

Les deux médecins se mirent à discuter en aneuvien. Le docteur Feti parlait couramment cette langue, c'était d'ailleurs à cause de ça que la direction de l'hôpital Madeico l'avait désigné pour aller en Aneuf.

"Vous connaissez déjà cette bactérie, m'a-t-on dit," dit Sobret à son confrère mnarésien, en le recevant dans son bureau.

"Absolument. Cela fait plusieurs années que nous la testons sur des prisonniers, à Tatanow..." répondit tranquillement le cyborg.

"Des volontaires, j'espère ?" demanda Sobret, stupéfait.

"Les prisonniers n'ont pas à être volontaires. Ils doivent travailler pour payer leur nourriture, et servir de testeur pour la recherche médicale est un travail comme un autre. Les prisonniers ne choisissent pas leur travail, ils font ce qu'on leur dit de faire."

"Ah oui, oui, je comprends... Et vous avez eu des résultats encourageants, je crois ?"

"Oui. Au début, la mortalité chez les testeurs était effroyable, et puis les choses se sont améliorées."

"Et l'origine de cette bactérie... Avez-vous une idée ?"

"Une création de nos laboratoires d'ingénierie génétique. C'est pour ça qu'elle est dangereuse, l'organisme humain n'y a jamais été exposé, il n'a donc pas eu le temps de s'y habituer. Normalement, des précautions très strictes sont prises pour éviter que les bactéries et les virus s'échappent des labos. Je pense qu'il faut plutôt chercher du côté de Tatanow... Un prisonnier testeur, libéré alors qu'il était toujours contaminé, par exemple. Les testeurs sont choisis parmi les condamnés à perpétuité, mais il arrive que certains condamnés fassent l'objet d'une grâce royale. Le roi Andreas est trop bon..."

"Mais pourquoi synthétiser des bactéries comme celle qui a failli tuer Eneas Tond ? Il y a déjà suffisamment de microbes dangereux dans la nature..."

"Docteur Sobret, le Mnar n'a pas la bombe atomique. Trop cher, et trop difficile à tester sans avoir les grandes puissances sur le dos... Alors, il nous reste le bactériologique... Savez-vous qu'au 14e siècle, la peste noire a tué entre le tiers et la moitié de la population européenne en cinq ans ? Les microbes, c'est la bombe atomique du pauvre."

"J'ai étudié les grandes épidémies à l'école de médecine, y compris la peste noire... Dites-moi, docteur Feti, quel serait l'intérêt de déclencher une pandémie, puisque le Mnar serait certainement touché lui aussi ?" demanda le docteur Sobret.

"La bombe atomique et les pandémies, c'est fait pour faire peur et ne pas être utilisé. Ceci étant, si jamais les choses dérapent... Et les dérapages, ça peut arriver, regardez les deux guerres mondiales... Le Mnar est assez facile à isoler des autres nations. C'est l'une des choses que nous avons en commun avec la Corée du Nord..."

"Et puis, les microbes, ça tue les humains, mais pas les humanoïdes, n'est-ce pas ?" dit Sobret.

"Voulez-vous dire par là que les humanoïdes seraient indifférents à la mort de dizaines de millions d'êtres humains ?" demanda Feti, sans que ça voix perde son ton tranquille.

Sobret ne répondit pas.

" Je suis un être humain," dit Feti, après un silence. "La seule différence entre vous et moi, c'est que j'ai un corps cybernétique. Je précise que je ne suis pas né avec ce corps, il m'a été donné, parce que mon corps biologique ne fonctionnait plus."

Les deux médecins se regardèrent en silence, jusqu'à ce que Sobret dise :

"Restons-en là, docteur Feti... Venez, je vais vous présenter notre malade."

Eneas était assis sur une chaise, dans sa chambre, en pyjama, en train de lire un livre. Il fut surpris, et un peu inquiet, en voyant le grand cyborg qui accompagnait le docteur Sobret. Un humanoïde, à Nakol ?

"Rakhi, farna Tond," dit Feti en mnarruc. "In sor hoffo nas Feti. In ta ilhomt va Madeico lohri."

"Bonjour docteur" répondit Eneas dans la même langue. "Que me vaut l'honneur de votre visite ?" dit, en utilisant une phrase toute faite.

"Mes confrères aneuviens m'ont demandé de venir vous examiner, puisqu'il semble que vous ayez été contaminé par une bactérie mnarésienne."

Feti posa sa sacoche sur le lit d'Eneas. Il en sortit des objets bizarres, de métal et de verre, et demanda à Eneas d'ouvrir sa veste.

Les médecins aneuviens avaient retiré la peau du ventre d'Eneas et une bonne partie de la graisse sous-cutanée et des muscles abdominaux. De la peau prise dans son dos et sur ses cuisses avait été greffée à la place. Le résultat, couturé de cicatrices, était hideux, plat et flasque à la fois.

Feti se mit à examiner Eneas, sous l'œil intéressé de Sobret.

"Cette bactérie n'est dangereuse que parce qu'elle est récente, et donc inconnue du système immunitaire du corps humain" dit finalement Feti, en aneuvien pour que Sobret comprenne. "Le traitement que vous avez suivi dans cet hôpital a fait son effet. Mais si jamais les symptômes reviennent, vous devrez tout de suite aller voir un médecin, sans attendre, avec votre dossier médical. L'Aneuf dispose des médicaments adéquats pour vous soigner, la preuve c'est que vous êtes toujours vivant, et quasiment guéri."

"Docteur, vous pensez que je pourrais retomber malade ?" demanda Eneas d'une voix inquiète.

"On ne peut jamais tuer ce genre de bactéries à 100%, surtout quand elles ont pu migrer à l'intérieur de l'organisme. Les survivantes peuvent se multiplier n'importe quand... Peut-être demain, peut-être dans deux ans, peut-être dans dix ans... Vous devrez être vigilant tout le reste de votre vie."

Deux semaines plus tard, un lundi après-midi, Eneas sortit de l'hôpital Lœbja Kùbno de Nakol. À sa grande surprise, aucun policier ne l'attendait. Le docteur Sobret, qui était débordé, avait oublié de prévenir la police de la sortie de son malade.

Eneas décida de prendre le train et d'aller se constituer prisonnier au tribunal d'Hocklenge. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Cela faisait sept mois qu'il n'était pas sorti de l'hôpital, et il avait perdu l'habitude d'entendre les bruits de la rue et de marcher au milieu de la foule.

Il acheta un plan de ville dans un kiosque, localisa l'hôpital Lœbja Kùbno sur le plan, ainsi que la station de métro la plus proche. Son idée était d'aller à la gare consulter les horaires. Peut-être prendrait-il un train de nuit jusqu'à Hocklenge, si c'était possible. Sinon, il dormirait à l'hôtel et prendrait le train le lendemain.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://pagesperso-orange.fr/saiwosh/man.html
Mardikhouran

avatar

Messages : 2893
Date d'inscription : 26/02/2013
Localisation : Elsàss

MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 18:51

Est-elle si difficilement transmissible, cette bactérie, qu'on ne place pas tout de suite Eneas en quarantaine perpétuelle ?

_________________
We ohi hin-ganan
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vilikemorgenthal.tumblr.com/
Vilko
Modérateur
avatar

Messages : 2707
Date d'inscription : 10/07/2008
Localisation : Neuf-trois

MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 19:30

Mardikhouran a écrit:
Est-elle si difficilement transmissible, cette bactérie, qu'on ne place pas tout de suite Eneas en quarantaine perpétuelle ?

Eneas a passé au total sept mois à l'hôpital, c'est déjà bien long ! Very Happy

À ma connaissance, la quarantaine perpétuelle n'existe plus depuis l'époque de Mary Mallon. Cette mesure poserait, à notre époque, des problèmes de droits civiques. Mary Mallon, qui était ce qu'on appelle un porteur sain de la typhoïde, a passé presque trente ans de sa vie en quarantaine, dans des conditions qui évoquent plus la prison que l'hôpital. De nos jours, les porteurs du virus HIV, pourtant contagieux, ne sont pas mis en quarantaine. Les porteurs du virus de la grippe (qui peut pourtant être mortelle) encore moins.

Même pour le virus Ebola, souvent mortel, la quarantaine, quand elle existe, ne peut dépasser 21 jours aux USA. Cette quarantaine se passe au domicile des patients, qui sont contrôlés deux fois par jour.

Eneas est resté plusieurs semaines à l'hôpital, même après avoir été considéré comme guéri. Je ne pense pas qu'il aurait été traité différemment dans le monde réel.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://pagesperso-orange.fr/saiwosh/man.html
Anoev
Modérateur
avatar

Messages : 18210
Date d'inscription : 16/10/2008
Localisation : Île-de-France

MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 20:08

Faut d'mander à Vilko. Si c'est une bactérie expérimentale, on peut espérer qu'elle meure après une période plus ou moins longue. Vu qu'Eneas semble guéri, ça veut dire qu'elle ne se développe plus, du moins plus pour l'instant.

Eneas voulait quitter Nakol, une ville où il n'avait rien à faire et prendre un train pour Hocklènge, une cité qui lui était un peu plus familière (et dire que le Pelliant risquerait d'être sa région d'incarcération, si ça tournait mal pour lui). Il entra dans le vaste hall des grandes lignes de la SBK (la gare centrale de Nakol : Strægen-Beaṅ-Komplex) et continua vers la salle des billets. Il disposait d'une appli sur son ordiphone qui lui dispensait de prendre un numéro d'appel : à trois numéros devant lui, son téléphordinateur le préviendrait, par un signal sonore, que ce serait bientôt à lui ; bien pratique : ça lui permit de flâner dans la gare. Celle-ci n'avait guère changé : il y avait toujours autant de trains, pour toutes les directions, toutes les distances, ou presque : seule les relations de banlieue et les distances régionales vers l'ouest ne partaient pas de cette gare, mais de celle de l'ouest. Bîîp bîîp : c'était le moment de revenir à la salle des billets. Il attendit encore un peu et son numéro s'afficha.
— Un aller simple pour Hocklènge, s'il vous plait.
— Immédiat, dans la soirée ou un autre jour ?
— Dans la soirée : un lit single.
— Je vais voir s'il reste des plaaa... ah ! il ne m'en reste que deux. Un dans un Omoren, et un autre dans un Standing. L'Omoren dans l'express 2462 à 22:33, le Standing dans le Noxpress "Sùdkrox", à 23:10.
— Prenez-moi un single dans le 2462.
— Vous avez des réductions ?
— Non : ma carte est arrivée à expiration avant que je la renouvelle.
— Bien. Ça vous fera en tout 314,15.
— Ça tourne rond*; merci.

Et il alla en ville se restaurer un peu dans un des restaurants exotiques de la ville, et traîner un peu dans les avenues en attendant. Il marcha jusqu'à la place Gabrjel, tourna, retourna, puis revint à la gare assez vite : il avait peur de se perdre dans cette ville qu'il connaissait que peu, et où il avait déjà été, pourtant, mais que deux ou trois fois. Il n'avait pour tout bagage qu'une valise de taille moyenne qu'il avait gardé d'Hyltendale. Il entra dans le train. Sa voiture n'était plus de première fraîcheur, mais comme elle était régulièrement entretenue, elle avait gardé une certaine classe. Il avait un supplément Single Omoren : comme c'était un jour ouvrable, il ne put être déclassé, et il avait dû s'acquitter d'une première classe, d'où le prix du billet. Mais bon, c'aurait pu être pire : en Standing, il aurait payé presque le double.

Il s'installa dans son compartiment : le lit était déjà abaissé et fait. Il se mit en tenu nocturne, s'engouffra dans le lit et dormit tellement vite et tellement profondément qu'il ne remarqua ni le départ du train, ni son  changement de sens à Birem. Quand il se réveilla, le convoi dépassait à toute vitesse la petite gare d'Avellyn, porte d'entrée du Pelliant avant la grande gare de banlieue de Strælgarde. Il se rhabilla et n'attendit pas pour transformer son lit en siège. Le train dépassa en trombe la gare de Strælgarde : le trafic de banlieue était déjà actif : les rames NITP se suivaient et se croisaient à un  rythme régulier. Enfin, le 2462 ralentit et vint mourir doucement contre le heurtoir de sa voie d'arrivée à 7:13.

Il ne restait plus à Eneas qu'à prendre le métro pour prendre le chemin du palais de Justice. L'épreuve commençait pour de bon. Ne restait plus qu'à espérer qu'elle fût la moins pénible possible.






*Le prix du billet ~100*π.

_________________
Tev o ĕrekes ù spraċ, la stĕ nep kànertas quas o dœm, do ep kóm o adráṅtes.
Quand tu inventes une langue, on ne sait pas forcément ce que tu penses, mais on sait comment tu raisonnes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Vilko
Modérateur
avatar

Messages : 2707
Date d'inscription : 10/07/2008
Localisation : Neuf-trois

MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 21:37

En Aneuf, les fonctionnaires commencent à travailler tôt le matin, vers sept heures trente en général, mais dès quatorze heures beaucoup commencent à rentrer chez eux.

Eneas prit un petit-déjeuner frugal, composé d'un café noir et d'un petit pain, dans un bistrot en face de la gare. Son premier petit-déjeuner d'homme libre depuis qu'il était parti d'Hyltendale. Il espérait que ce ne serait pas le dernier.

La veille, il avait téléphoné à un vieil oncle qui habitait à Strælgarde, dans la banlieue d'Hocklenge, pour lui demander, sinon de l'héberger, du moins de garder son courrier. Eneas savait que la Justice, en Aneuf comme ailleurs, est plus prompte à embastiller le sans domicile fixe, souvent injoignable, que l'homme qui dort sous un toit, à qui l'on peut envoyer une convocation. L'oncle, ayant le même patronyme qu'Eneas, n'avait même pas besoin de rajouter un nom sur sa boîte aux lettres.

Après avoir bu son café, Eneas alla se raser dans les lavabos du bistrot. Car l'homme propre sur lui et bien rasé a toujours l'air plus honnête que celui qui est sale et mal rasé, et Eneas, qui était sur le point de jouer sa liberté, ne voulait rien négliger.

Un quart d'heure plus tard, il entrait dans le palais de justice d'Hocklenge, un majestueux édifice, symbole de la justice santoise.

Eneas expliqua son problème à la jeune et pimpante hôtesse d'accueil, mais celle-ci eut du mal à comprendre de quoi il s'agissait :

- Vous devez faire de la prison ? Mais la prison d'Hocklenge, c'est pas ici...

- J'ai été condamné à une peine de prison, mais je n'étais pas là le jour du jugement. Je veux faire opposition au jugement, pour être rejugé.

- Nous sommes déjà surbookés... Vous n'êtes pas obligé de faire opposition, vous savez...

- Je sais, mais je veux faire opposition. Je ne veux pas aller en prison pour cinq ans, je veux être rejugé.

L'hôtesse lui répondit, sans cacher son irritation :

- Alors allez au greffe, escalier C, premier étage, bureau 102. Ils vous donneront une date d'audience.

Dans le bureau 102, Eneas se trouva en face d'une dame d'âge mûr, qu'il supposa être une greffière. Celle-ci l'écouta raconter son histoire, en lui posant quelques questions. Eneas lui montra des documents qu'il avait imprimés alors qu'il était encore au Mnar, et notamment la liste des victimes qu'il avait dédommagées.

La femme prit la liste, et dit à Eneas :

- Je vais garder cette liste. Puisque vous dites avoir dédommagé les victimes, le procureur devra demander un complément d'enquête.

- C'est-à-dire ?

- Nous allons envoyer une demande d'enquête à la police, pour qu'elle vérifie que vous avez bien dédommagé les victimes. Après, on verra pour vous juger. Vous êtes allé vous cacher au Mnar pendant plusieurs années, vous n'en êtes pas à quelques mois près.

- Alors, vous ne pouvez pas me donner une date d'audience ?

- Non, parce qu'il y a des faits nouveaux. Quand la police aura fait son enquête, on vous écrira pour vous donner une date d'audience.

- Mais je n'ai même pas encore fait opposition au jugement ! Je risque de me faire arrêter par la police à tout moment !

- Écoutez, qu'est-ce que vous préférez ? Aller en prison tout de suite ? Si la police vous arrête, dites-leur de téléphoner au greffe du tribunal, on leur expliquera !

Eneas sortit du palais de justice, assez déçu. Il décida de trouver un hôtel pas cher, pour y loger provisoirement. À Strælgarde, justement, puisqu'il était censé y habiter. Ensuite, il devrait trouver du travail. Ça fait toujours bon effet d'avoir un travail, quand on doit être jugé.

Après quelques semaines de recherche, Eneas trouva un travail d'agent immobilier. Avec son premier salaire, il loua un studio à Strælgarde. Quelques mois plus tard, il quittait le studio pour se mettre en ménage avec une cliente de l'agence, dans le vaste appartement de celle-ci.

La nouvelle compagne d'Eneas regarda avec horreur son ventre flasque et couturé de cicatrices.

"J'ai eu au Mnar un terrible accident de voiture" lui expliqua Eneas. Comme explication, cela valait toujours mieux que de dire qu'il avait eu une maladie grave et contagieuse qui pouvait réapparaître à tout moment.

Le tribunal pénal d'Hocklenge finit par envoyer une convocation à Eneas. Il se rendit à l'audience, plein d'appréhension. Les juges, considérant qu'il était rentré de lui-même en Aneuf, qu'il avait dédommagé ses victimes et qu'il avait trouvé un travail honnête, transformèrent ses cinq ans fermes en une peine avec sursis. Le cauchemar d'Eneas était enfin terminé.

Eneas avait songé à tout raconter au tribunal dans les détails, y compris la malhonnêteté de son ancien patron. Son avocat l'en avait dissuadé, car il n'avait aucune preuve matérielle, et de toute façon la plupart des faits étaient prescrits.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://pagesperso-orange.fr/saiwosh/man.html
Anoev
Modérateur
avatar

Messages : 18210
Date d'inscription : 16/10/2008
Localisation : Île-de-France

MessageSujet: Re: Deux environnements...   Lun 17 Juil 2017 - 23:09

Comme la somme réclamée était largement inférieure à celle qu'il avait effectivement subtilisée dans dans lez coffre du patron, Eneas se dit qu'il avait quand même pas mal d'argent devant lui. Cela dit, il y réfléchissait à deux fois, en se disant quee cet argent, il n'avait pas trop intérêt à le mettre dans des placements trop voyants, auxquels le fisc était susceptible de s'intéresser. Il ne se voyait pas dire à un contrôleur fiscal : « cet argent ? c'est bien simple, c'est celui que j'ai volé y a sept ans à Eddak ... ». Il le dispersa dans plusieurs banques dans des placements non imposables de père de famille en se disant qu'il valait mieux ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Malgré la fable qu'il avait raconté à cette amante de passage (l'accident de voiture), il se disait que, pour les relations sexuelles, il ne fallait plus trop y compter, à moins d'avoir des partenaire aveugles, et encore ! en attendant que ses traces d'opérations soient suffisamment cicatrisées. Et encore ! avec ces rapiéçages et ces coutures, son nombril avait disparu ! Les aveugles ont un sens du toucher très développé. En fait, il fallait qu'il dissocie complètement sa vie affective de sa vie sexuelle : c'était pas si simple. Il pouvait toujours aller voir les prostituées de Kastenexhelle : elle ne sont pas trop regardantes sur le physique de la clientèle, tant que celle-ci paie le tarif légal et respecte le personnel (en portant un préservatif, notamment). Il pouvait même aller en "zone franche", là, le personnel était encore moins regardant, mais les tarifs étaient nettement plus élevés. Certaines paraphilies, tolérées voire acceptées dans cette zone étaient très mal vues par la magistrature et les forces de l'ordre. Quant à l'affection, il devrait trouver une femme pas vraiment portée sur le sexe, mais qui comprendrait ses coucheries ailleurs, ce qui pouvait impliquer : pas une beauté fracassante, voire, pas une beauté du tout. Bref : une "troisième vie" l'attendait ; et il essayait de ne pas trop penser à cette quatrième vie : la vie carcérale. Mais son avocat l'avait partiellement rassuré de ce côté : s'il y avait prescription pour son patron, il devait, normalement, y avoir prescription pour lui aussi. Les deux plateaux de la Balance de la Justice devaient être au même niveau.

_________________
Tev o ĕrekes ù spraċ, la stĕ nep kànertas quas o dœm, do ep kóm o adráṅtes.
Quand tu inventes une langue, on ne sait pas forcément ce que tu penses, mais on sait comment tu raisonnes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Deux environnements...   

Revenir en haut Aller en bas
 
Deux environnements...
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 17 sur 17Aller à la page : Précédent  1 ... 10 ... 15, 16, 17
 Sujets similaires
-
» Deux environnements...
» comparaison de moyenne de deux échantillons, cas spécial
» MES DEUX ALLERGIES: L'ALCOOL ET DIEU
» LOI DU PRODUIT DE DEUX VARIABLES ALEATOIRES UNIFORMES
» Nausées atroces depuis deux jours

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Atelier :: Le vif du sujet :: Diégèse-
Sauter vers: