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 Les fembotniks

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 22 Avr 2018 - 22:08

Baron Senoc se réveilla assez tôt, comme d'habitude. La gynoïde Talipaé était allongée, inerte, à côté de lui dans le lit King Size, un câble électrique dans la bouche, donc en train de recharger ses batteries.

La journée de la veille avait été fertile en évènements. Senoc avait reçu du diplomate Nusiac une carte d'identité hyaganséenne. Dans la pratique, c'était pour lui une garantie contre une éventuelle extradition vers les États-Unis.

Il avait aussi pris en location la gynoïde Talipaé. Il lui avait expliqué, comme il le faisait souvent avec les gens, que Baron était son prénom, et pas un titre. Comme "Barron Trump" (avec deux r) le fils de Donald Trump.

En se rasant dans la salle de bain, Senoc récapitula mentalement les évènements qui l'avaient amené à se réfugier à Hyltendale.

L'avant-veille, il avait acheté douze tonnes d'or à la société Wolfensun, en vidant les comptes et les réserves de la Senoc Bank of Houston, dont il était le président. Cet achat, d'un montant de cinq cents millions de dollars, avait été fait au nom de la banque, c'était donc la Senoc Bank of Houston qui était devenue propriétaire de l'or.

Le truc, bien sûr, c'est que cet or n'existait pas. C'était une escroquerie montée de toutes pièces par Yohannès Ken, le PDG de la société Wolfensun. Toutefois, Senoc, qui avait de l'intuition, suspectait Yohannès Ken et son complice, le diplomate hyaganséen Nusiac, de n'être que des hommes de paille des cybersophontes.

Senoc se demandait même si Yohannès Ken et Nusiac n'étaient pas des porteurs d'implants, des esclaves secrets des cybersophontes. Certains sites Internet décrivent comment les cybersophontes réduisent des êtres humains en esclavage grâce à ces implants cybernétiques, greffés à l'intérieur des corps de leurs porteurs. Bien sûr, ceux qui racontent cela ne sont que des complotistes et des illuminés, voire des charlatans, mais quand même...

La société Wolfensun avait reversé à Senoc la moitié des cinq cent millions de dollars, en paiement de ses services. Il avait donc deux cent cinquante millions de dollars par devers lui, sur un compte ouvert dans une banque hyltendalienne. Assez pour vivre comme un nabab, sans travailler, jusqu'à la fin de ses jours, même s'il devait mourir centenaire.

L'or fictif était censé être stocké dans la ville sous-marine de Thamnui par la société Moenius, qui était tout aussi fictive que l'or lui-même. La seule chose de réel chez Moenius, c'était son adresse mail. Le reste n'était que de la fiction. On peut raconter n'importe quoi sur une ville sous-marine comme Thamnui, située deux mille mètres sous le niveau de la mer, là où seules les cybermachines peuvent vivre.

La motivation de Baron Senoc pour escroquer sa propre banque était simple. Sa mauvaise gestion avait mis la banque en difficulté, si bien qu'il avait falsifié les comptes pour dissimuler ses insuffisances. Il savait que ses falsifications finiraient par être découvertes et qu'il se retrouverait en prison. Si l'on ajoute à cela un divorce potentiellement ruineux, il est facile de comprendre pourquoi Senoc avait succombé à la tentation de partir à la retraite à quarante ans avec deux cent cinquante millions de dollars dans la poche.

Senoc se demandait comment réagiraient les cadres de la Senoc Bank. S'ils déposaient plainte contre lui, il aurait à ses trousses toutes les forces de police des États-Unis. Mais à Hyltendale, il était à l'abri. Si les cadres de la banque décidaient de faire semblant de croire que les douze tonnes d'or existaient vraiment, Senoc pourrait vivre tranquillement à Hyltendale, et pourquoi pas, retourner un jour aux États-Unis avec son argent mal gagné, mais bien réel.

Alors qu'il réfléchissait tout en se rasant, Senoc ne savait pas encore que les cadres de la Senoc Bank of Houston avaient décidé de faire comme si l'or existait. Ils n'avaient pas vraiment eu le choix. S'ils avaient admis que l'or n'existait pas, la conséquence immédiate aurait été la faillite de la banque, le chômage pour son personnel, cadres compris, et le désespoir de millions de déposants spoliés. Désespoir qui pouvait tourner en violence. Les cadres de la banque avaient sagement choisi d'écarter cette issue funeste.

Senoc, qui ne parlait pas un mot de mnarruc, avait peur de souffrir de la solitude à Hyltendale, une ville d'un  million et demi d'habitants, dont il ne connaissait que le quartier touristique de Zodonie, et Fotetir Tohu, le quartier du port. Il n'avait jamais mis les pieds dans les autres districts, qui sont très différents.

Après sa douche, il exprima ses craintes à Talipaé, qui lui décrivit les masques-cagoules, et lui montra comment elle pouvait incarner des personnages très variés.

"C'est vraiment très au point," dit Senoc. "Quand tu joues le rôle de Perita Dicendi, ta voix change, et même tes gestes... Et puis, on voit que ce n'est pas la même personnalité. On y croirait. Par contre, je n'aime pas quand tu joues un personnage masculin. Ta silhouette reste féminine, et je n'aime pas t'entendre parler avec une voix d'homme."

"Alors, il serait bon de louer un androïde. Il pourra jouer les personnages masculins de façon plus naturelle et plus convaincante, et cela permettra de jouer des scènes à trois personnages. De plus, lorsque vous aurez trouvé un logement, vous aurez besoin d'un homme à tout faire, et l'androïde pourra faire ce travail."

Senoc se laissa convaincre. Dans la journée, il retourna avec Talipaé au sorurraineddas, l'agence locale de location d'humanoïdes, où il loua un androïde de base, nommé Keboren. Les androïdes de base ont tous le même visage, la même voix, sont de taille un peu supérieure à la moyenne des humains, et portent par défaut un costume de tissu synthétique noir, avec un badge indiquant leur nom et leur numéro de série.

"Je n'aime pas trop l'idée que Keboren et toi vous portiez des masques-cagoules," dit Senoc à Talipaé.

"Il y a une autre solution, Maître," répondit la gynoïde. "Nous pouvons porter des lunettes, des perruques, des casquettes, et autres accessoires spécifiques... Perita Dicendi, par exemple, porte des lunettes à grosse monture blanche, et un chapeau noir. Brad le journaliste-baroudeur porte un chapeau de cuir marron, des lunettes à grosse monture noire, et une moustache blanche. En public, par exemple au restaurant et dans l'autobus, ce genre de déguisement passe inaperçu, contrairement aux masques-cagoules."

Senoc fit l'acquisition dans une librairie d'une édition en langue anglaise du premier volume de Masques et Situations, un livre que l'on trouve chez la plupart des robophiles hyltendaliens. Un grand nombre de personnages à incarner par des humanoïdes y sont décrits en détail, ainsi que des sketchs, généralement érotiques, à jouer à deux. Masques et Situations donne aussi des idées de jeux dans lesquels le robophile et l'humanoïde peuvent jouer tour à tour le même rôle : le professeur et l'étudiant, le vendeur de voitures et le client, le policier et le suspect...

Talipaé l'emmena ensuite dans un magasin d'accessoires, où l'on trouvait, entre autres choses, des lunettes, des couvre-chefs de toute nature, des fausses barbes, des perruques et des écharpes colorées. Suivant les indications de Talipaé, Senoc acheta de quoi remplir deux grands sacs fourre-tout.

"La chambre d'hôtel va être trop petite pour nous trois," dit Senoc. "Je vais louer une deuxième chambre pour Keboren, en attendant de trouver un vrai logement."

Le soir-même, Senoc alla dîner au restaurant Ko Mimi, dans le district de Fotetir Tohu, avec Talipaé déguisée en Perita Dicendi et Keboren déguisé en Brad. Il passa une excellente soirée. Perita Dicendi est une philosophe érudite, à l'intelligence fine. Brad est un journaliste qui a beaucoup voyagé. Il a été soldat dans sa jeunesse et il a l'expérience de la guerre. Les deux personnages ont des défauts bien humains, qui leur donnent une apparence d'authenticité. Perita est égocentrique et médisante, Brad est plein de préjugés.

Même chez lui au Texas, Senoc passait rarement des moment de détente aussi plaisants que ce soir-là. Entre son travail de banquier, qui l'angoissait, sa femme qui l'avait quitté en emmenant les enfants et qui essayait de le dépouiller de ses biens, il lui restait peu de temps pour les joies simples de la vie. De plus, comme beaucoup d'Américains surmenés, il n'avait pas de vrais amis.

Dans la salle, il vit, dispersés parmi les êtres humains, d'autres humanoïdes visiblement déguisés, y compris deux Brad. Il était toutefois impossible de les confondre, car l'un d'eux portait une veste de fin tissu gris, au col orné de médailles, et l'autre une chemise jaune sur laquelle des inscriptions en mnarruc, que Senoc était incapable de lire, étaient calligraphiées à l'encre noire. Il décida d'acheter un autre jour un vêtement distinctif pour Keboren, à la place de sa veste noire, trop standard.

Après être rentré à l'hôtel, Senoc se dit qu'il avait passé sa première réellement bonne journée depuis bien longtemps.
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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 23 Avr 2018 - 15:12

Les semaines suivantes, Baron Senoc commença à prendre ses habitudes à Hyltendale, où il se plaisait. Tout n'était pas parfait, bien sûr. Il aimait jouer au golf, mais à Hyltendale il y a un seul terrain de golf, sur la Côte d'Ethel, à plusieurs dizaines de kilomètres de Fotetir Tohu, le district où se trouvait son hôtel. Renseignements pris, pour avoir accès au parcours, il fallait être membre du Golse, acronyme de Golf Serkl sa Ethel, "club de golf de l'Ethel". Talipaé, qui savait tout, lui dit que des Américains étaient membres du club, et qu'ils jouaient entre eux, pour avoir le plaisir de converser dans leur langue maternelle.

Senoc loua une voiture pour aller sur place, avec l'androïde Keboren, qui lui servait de chauffeur. Une fois arrivés sur place, ils se dirigèrent vers le club house.

Le Golse est un club de golf classique, avec un vaste parcours engazonné, bordé au sud par une route à quatre voies et sur les autres côtés par une haie d'arbres et de buissons. Le club house est situé à côté d'un vaste parking. Senoc remarqua qu'il n'y avait pas d'arrêts de bus à des kilomètres à la ronde. Les riches Hyltendaliens, tout comme leurs homologues étatsuniens, n'aiment pas être dérangés par la plèbe qui prend les transports en commun.

Senoc fut accueilli au club house par un androïde en pantalon gris et veste à rayures verticales grises et blanches, tenue qui est l'uniforme des employés du Golse. L'inscription de Senoc fut acceptée sans difficulté. La cotisation annuelle était de trois mille ducats, et ne comprenait pas l'achat ou la location du matériel. À Houston, c'est plutôt un prix plancher. Certains clubs américains réservés à l'élite sont beaucoup, beaucoup plus chers, car fréquenter les gens importants se paye, comme toute chose en ce bas monde.

"Nous vous connaissons déjà, Monsieur Senoc," lui dit l'androïde. "L'intelligence collective des cybersophontes vous connaît. J'attire votre attention sur le fait que votre inscription peut être révoquée de façon discrétionnaire par le président du club, qui est un être humain, au cas où vous perdriez votre honorabilité, pour quelque motif que ce soit."

Senoc comprit qu'à Hyltendale, l'honorabilité est un concept assez vague. Au bar du club house, il fit connaissance avec un Américain sympathique et barbu, nommé Chuck Rizzi, et de son épouse Asana, tout aussi sympathique que son mari. Malheureusement, Asana, qui était mnarésienne, parlait mal l'anglais, avec un accent à la limite du compréhensible. D'ailleurs, Rizzi préférait parfois parler en mnarruc à son épouse.

Par la suite, en surfant sur Internet, Senoc apprit que Chuck Rizzi, ancien haut fonctionnaire au Pentagone, avait quitté précipitamment les États-Unis, juste avant d'être impliqué dans une affaire d'espionnage de grande ampleur impliquant le royaume marin de Hyagansis. Rizzi clamait son innocence dans l'affaire, mais le Department of Justice avait néanmoins réclamé son extradition. Sans succès, puisque Rizzi, en tant que conjoint d'une Mnarésienne, était protégé par la loi à l'égal d'un Mnarésien.

À peine arrivé à Hyltendale, Rizzi avait épousé Asana Buri, qui changea son nom en Buri-Rizzi. Asana était la riche propriétaire de domaines sous-marins à Hyagansis. Il n'était précisé nulle part comment elle avait acquis ces domaines, sinon par une brève mention précisant qu'elle était "une femme d'affaires".

Une mine d'or sous-marine était mentionnée parmi les domaines appartenant à Asana Buri-Rizzi. Senoc se demanda si la mine était bien réelle, ou aussi fictive que l'or que la société Wolfensun avait vendu à la Senoc Bank of Houston.

Un complotiste notoire, qui ne citait jamais ses sources, laissait entendre sur son site Internet qu'Asana était une porteuse d'implant, et qu'elle avait épousé Chuck Rizzi sur ordre de la Ruche, afin que l'ancien haut fonctionnaire au Pentagone puisse vivre dans le luxe à Hyltendale, sans que l'on puisse prouver qu'il avait reçu de l'argent de l'étranger.

Le blogueur complotiste ne manquait pas d'imagination, car il était évidemment impossible à quelqu'un de sensé de croire de telles balivernes. Il avait essayé de déterminer certains critères communs aux gens qui étaient suspectés d'être des porteurs d'implants. Ils sont de tous âges, des deux sexes et de toutes nationalités, mais essentiellement mnarésiens, ou originaires des autres États de l'aire culturelle de langue mnarruc, la Cathurie, Baharna, Orring et Hyagansis.

Leur caractéristique commune essentielle, d'après le blogueur complotiste, c'est d'avoir des personnalités plutôt tranquilles, équilibrées et disciplinées. Un porteur d'implant ne doit surtout pas être le genre à "péter un câble" et à se rebeller contre la Ruche. Il ne doit pas non plus être sujet au désespoir, qui amène les gens à se suicider après avoir envoyé des courriers dans lesquels ils avouent tout. Le rôle d'un porteur d'implant est d'obéir aux ordres de la Ruche, même les plus ignobles, sans se poser de problèmes de conscience. Il doit se persuader lui-même que sa responsabilité est nulle, puisqu'il ne fait qu'obéir aux ordres.

L'idéal est que le porteur d'implant se considère comme faisant partie de la Ruche. C'est plus facile pour lui (ou pour elle) de se persuader de cela s'il est amoureux de son humanoïde domestique, et aussi s'il est un peu misanthrope, ou déçu par le genre humain.

Senoc était incapable de dire si Asana correspondait aux critères psychologiques décrits par le blogueur complotiste. Petite et un peu forte, pas très belle, elle s'était mariée sur le tard avec Rizzi. Le couple employait un androïde et une gynoïde hauts de gamme. Chuck et Asana formaient-ils un de ces couples, assez nombreux à Hyltendale, qui ont une vie sociale commune mais qui font chambre à part, Monsieur dormant avec sa gynoïde et Madame avec son androïde ? Senoc préférait ne pas le savoir.

L'idée de faire en sorte que ce soit l'épouse qui soit riche, afin que le mari puisse prétendre être un idéaliste totalement désintéressé qui méprise l'argent, n'est pas une invention mnarésienne. Elle vient plutôt de Russie.

Baron Senoc avait d'ailleurs trop de problèmes personnels pour se soucier des époux Rizzi. Il cherchait, assez mollement, un logement à Hyltendale, et il n'avait pas encore arrêté son choix, mais ce n'était pas ce qui le préoccupait le plus.

Deux jours après son arrivée, pour éviter que les journaux texans fassent leur gros titres sur la disparition inexpliquée d'un banquier, il avait répondu aux e-mails de Michael Farrell, le vice-président de la banque, et de l'avocat de Patricia, dont il était encore le mari aux yeux de la loi. Prudemment, il s'était contenté de leur dire qu'il allait très bien et qu'il prenait des vacances à Hyltendale. Il avait confirmé à Farrell qu'il démissionnait de son poste de président de la Senoc Bank, "pour raisons de santé," sachant que Farrell en conclurait qu'il était dépressif.

Car il n'oubliait pas que l'on risquait toujours de lui demander des comptes pour ses malversations passées, antérieures à l'achat des douze tonnes d'or hyaganséen. "J'étais dépressif, je ne me suis pas rendu compte de ce que je faisais," peut parfois suffire à inciter un tribunal à la clémence. Connaissant Farrell, Senoc était à peu près sûr que celui-ci, même s'il avalait sans s'étrangler la grosse couleuvre des douze tonnes d'or, allait essayer de se venger en le dénonçant sur d'autres choses.

Senoc ne put s'empêcher de rire lorsqu'il apprit que la Senoc Bank essayait de revendre sous forme de Gold Certificates les douze d'or tonnes d'or achetées à la société Wolfensun. Il y avait en effet, à son avis, 99% de chances que l'or soit fictif.

Avec son épouse Patricia, la situation était tout aussi tendue qu'avec Farrell. Au fil des années, elle avait d'abord méprisé son mari, ce fils à papa incompétent. Puis le mépris était devenu du dégoût, et le dégoût de la haine. Le jour de leur séparation, elle avait gardé la luxueuse demeure familiale et les enfants, et depuis lors elle essayait de mettre la main sur le reste. Mais Baron, malgré ses nombreux défauts, n'était pas stupide. Il avait converti ses avoirs en cryptomonnaies. Une action risquée, il le savait, mais qui avait au moins le mérite de mettre vingt millions de dollars hors de portée des mains avides de Patricia. De plus, celle-ci ignorait jusqu'à l'existence des deux cent cinquante millions de dollars que Baron avait sur son compte à la HyltenBank.

Lorsque Patricia apprit que son mari avait démissionné de son poste de président de la Senoc Bank et qu'il était parti à Hyltendale, elle se sentit partagée entre la colère et les larmes. Elle était avocate, et elle savait que si son mari avait transféré ses avoirs à Hyltendale, elle n'avait aucune chance d'en récupérer même une partie. De plus, en démissionnant, il avait renoncé à son salaire de président de banque.

Puis elle se dit que si Baron était parti à Hyltendale, c'est qu'il devait gagner plus là-bas. Je le retrouverai, se dit-elle, et je gagnerai le divorce le plus cher de l'histoire du Texas.
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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 30 Avr 2018 - 17:02

Senoc s'attendait à ce que Michael Farrell, le vice-président de la Senoc Bank of Houston, et Patricia, son épouse dont il était séparé, lui causent des ennuis au Texas, mais finalement il ne se passa rien. Farrell était devenu le président de la Senoc Bank, à la place de Baron Senoc, et comme les Gold Certificates se vendaient bien, il décida qu'il n'avait aucun intérêt à attirer l'attention du Department of Justice sur les malversations passées de son prédécesseur. Aucun banquier n'a envie de voir les juges examiner les comptes de sa banque. Baron Senoc avait choisi de s'exiler volontairement dans un pays dirigé par un dictateur sanguinaire. Qu'il y reste, c'était tout ce que désirait Farrell.

De son côté, Patricia réussit obtenir le divorce aux torts exclusifs de son mari, qui avait aggravé son cas en abandonnant sa famille pour fuir à l'étranger. Toutefois, Senoc s'était fait représenter devant le tribunal par un avocat expérimenté, qui obtint du tribunal qu'il réduise à peu de choses la pension colossale demandée par Patricia.

L'avocat de Senoc avait plaidé que son client était parti au Mnar après avoir été contraint de démissionner de la Senoc Bank suite à une lutte pour le pouvoir à l'intérieur même de la banque. C'était faux, mais suffisamment plausible pour convaincre le tribunal. Selon l'avocat, la démission de Sénoc et son départ inattendu pour le Mnar étaient la preuve de son état dépressif. En bon professionnel qu'il était, l'avocat avait ainsi réussi à convaincre la juge de l'essentiel, à savoir que Senoc n'avait plus d'argent, donc qu'il était absurde de le condamner à verser des sommes démesurées, comme le demandait Patricia.

Le jugement était applicable au Texas, pas au Mnar. Senoc décida toutefois d'envoyer chaque mois à Patricia l'argent qu'il avait été condamné à verser à ses enfants. Il les aimait, et il ne voulait pas qu'ils souffrent de la pauvreté, même relative (leur mère était avocate). Sachant que son désormais ex-mari aurait pu ne rien payer du tout, Patricia décida d'en rester là.

Senoc aurait pu se sentir relativement tranquille, mais, c'est bien connu, les ennuis, ça vole en escadrille. Il dut faire face à un troisième adversaire, de loin le plus redoutable : le fisc américain. Chaque citoyen américain doit payer des impôts non seulement sur ses revenus aux États-Unis, mais aussi sur l'argent qu'il gagne à l'étranger. Il doit aussi déclarer les comptes bancaires qu'il a à l'étranger. Ce que Senoc s'était bien gardé de faire.

Lorsqu'il vivait encore au Texas, Senoc avait réussi a dissimuler vingt millions de dollars qu'il avait en cryptomonnaies. Et il n'avait évidemment rien déclaré des deux cent cinquante millions de dollars qu'il avait au Mnar, sur le compte qu'il avait ouvert dans une banque mnarésienne, la HyltenBank.

Il savait que si le fisc américain apprenait l'existence de son compte HyltenBank, il lui mettrait immédiatement le FBI sur le dos, pour fraude fiscale et blanchiment d'argent. Ce qui l'inquiétait, c'était que quelqu'un qui ne l'aimait pas savait qu'il avait un compte à la HyltenBank. Ce quelqu'un, c'était Patricia, à qui il envoyait de l'argent tous les mois pour l'éducation de leurs enfants. Tous les mois, elle pouvait lire les références de son compte HyltenBank sur l'avis de virement bancaire. Rongé par l'anxiété, Senoc raconta ses soucis à Talipaé.

"Tu t'inquiètes peut-être pour rien," lui répondit la gynoïde. "Patricia n'a aucun intérêt à te dénoncer au fisc, tant que tu lui envoies de l'argent tous les mois. De plus, tu as une carte d'identité hyaganséenne, cela faisait partie du deal que tu as fait avec Ken et Nusiac. Tu ne risques rien tant que tu restes à Hyltendale, car en tant que citoyen hyaganséen tu ne peux pas être extradé du Mnar vers les États-Unis. C'est écrit dans le traité tripartite signé par le Mnar, Orring et Hyagansis."

Senoc s'était senti modérément rassuré.

Le Golse, le club où Senoc jouait au golf, était le seul endroit où il pouvait encore discuter en anglais avec des êtres humains. La compagnie de Tilapaé et de l'androïde Keboren lui suffisait, grâce aux multiples personnages qu'ils incarnaient, mais un humanoïde qui joue le rôle d'un être humain, ce n'est jamais qu'un humanoïde qui joue un rôle, aussi talentueux que soit cet humanoïde.

C'était Talipaé elle-même qui en avait parlé à Senoc. Ou plutôt, c'était Perita Dicendi la philosophe, l'un des personnages joués par Talipaé. Perita Dicendi, c'était Talipaé avec des lunettes à grosse monture blanche et un chapeau noir. Elle avait dit, de sa voix pédante :

"Entre les vrais humains et les personnages incarnés par les humanoïdes, la différence est de même nature qu'entre le jus d'orange authentique, que l'on fait soi-même en pressant des oranges, et le soda à l'orange que l'on achète au supermarché. Le soda à l'orange, c'est bon, mais ce n'est qu'une copie, qui n'aura jamais exactement le même goût de l'original. Mais le soda à l'orange, c'est quand même merveilleux, parce que cela permet à ceux qui n'ont pas accès aux oranges de connaître le goût des oranges. De même, les humains que personne n'aime peuvent connaître le goût de l'amour et de l'amitié grâce aux humanoïdes."

Pendant la même conversation, Perita avait fait une autre comparaison :

"L'affection donnée par une gynoïde, par rapport à celle que donne une vraie femme, c'est comme un hamburger par rapport à un steak de premier choix. C'est industriel et pas naturel du tout, mais ça permet à ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter des steaks de manger de la viande. Ça leur permet de ne pas mourir de faim. Et ça, ce n'est pas une comparaison vide de sens. Le manque d'amour et d'affection est une souffrance qui raccourcit la vie. Les gens malheureux vivent moins longtemps que les autres, c'est bien connu. Être heureux avec une gynoïde, c'est aussi rallonger sa vie. Peu importe que cette affection soit artificielle, du moment qu'elle existe."

"En somme, les gynoïdes, c'est comme les rations de l'armée américaine. Ça vaut toujours mieux que de mourir de faim, et on finit même par y prendre goût," rétorqua Senoc sur un ton sarcastique.

Perita avait répondu par un sourire de gynoïde, une grimace qui tordait vers le haut les extrémités de sa bouche.

Senoc avait étudié la littérature latine à l'université, comme option de culture générale. Des années plus tard, devenu banquier, et cherchant un réconfort dans la sagesse des anciens, il avait relu certains auteurs. À ce moment-là de sa conversation avec Perita Dicendi, un passage de Juvénal lui était revenu en mémoire :

Que Pacuvius vive, je le demande ; qu'il vive autant que Nestor ; qu'il possède autant de richesses qu'en déroba Néron ; qu'il accumule des montagnes d'or ; mais aussi qu'il n'aime personne, que personne ne l'aime !

D'une certaine façon, Pacuvius, c'est moi, s'était dit Senoc. Heureusement qu'il y a les gynoïdes, en effet... Sinon, pour avoir un ami, je serais obligé d'acheter un chien.

Poussé par le même besoin de contacts humains authentiques que Senoc, Chuck Rizzi, l'ancien haut fonctionnaire du Pentagone, fréquentait assidûment le Golse, où il passait son temps entre le green et le bar. Souvent, son épouse Asana l'accompagnait.

Connaissant le passé de Rizzi, Senoc lui parla prudemment parlé de sa situation. Il lui demanda aussi s'il pouvait lui donner des conseils pour acheter un logement à Hyltendale.

"J'ai acheté une villa sur la Côte d'Ethel," lui répondit Rizzi. "Pour aller voir la mer, je suis forcé de faire un détour en voiture jusqu'à Qopoen, afin de traverser l'autoroute. Si tu veux une villa avec plage privée, tu paieras un prix exorbitant, parce que la demande est supérieure à l'offre. Fais comme moi, achète une villa dans l'arrière-pays, c'est largement aussi bien. Les cybersophontes ont entièrement boisé cette partie de l'Ethel Dylan, ensuite ils ont laissé construire des hameaux dans des clairières, pour des robophiles comme nous."

"Mais on doit avoir l'impression de vivre au milieu de nulle part, non ?"

"Pas plus que dans une banlieue friquée de Houston, si tu veux mon avis. La Côte d'Ethel fait administrativement partie d'Hyltendale, mais en fait c'est une région à part, à l'est de la ville. Quatre-vingt kilomètres de plages, le long de la Mer du Sud. Au milieu, le port de Qopoen. C'est un port marchand robotisé, autrement dit pas touristique du tout, c'est même carrément industriel, mais c'est aussi notre petite capitale à nous, les résidents de la Côte d'Ethel. On y trouve un centre commercial, et l'essentiel de ce qu'on s'attend à trouver dans une petite ville. À quelques centaines de mètres de la plage, il y a l'autoroute à quatre voies qui longe toute la côte. Si tu aimes les camions, tu seras servi. Au sud de l'autoroute, il y a des villas et des plages. Au nord, des plantations de pins et d'eucalyptus. C'est au milieu de ces plantations que j'ai ma maison."

Dès le lendemain, Senoc acheta une maison forestière, dans un hameau au milieu des pins, à quelques kilomètres de celui où habitaient Chuck Rizzi et sa femme. Selon l'usage mnarésien, la propriété achetée par Senoc était entourée d'une haie d'arbustes épineux, pour préserver l'intimité des habitants. Il n'y avait pas de piscine, mais Senoc n'y tenait pas spécialement.

Le hameau, qui portait le nom de Hillokien, était composé d'une trentaine de grandes maisons espacées, dont on voyait les étages supérieurs au dessus des haies. L'agent immobilier, qui était un androïde, expliqua à Senoc que les autres habitants étaient des robophiles comme lui, plutôt prospères, puisqu'ils avaient tous au moins un domestique humanoïde et une voiture. Senoc remarqua plusieurs tricycles à passagers, qui circulaient lentement dans les quelques rues du hameau.

"Qopoen n'est qu'à une dizaine de kilomètres," dit l'androïde. "Les robophiles envoient leurs humanoïdes faire les courses au supermarché en tricycle."

Senoc sourit. Il avait déjà remarqué ce genre de véhicule dans les rues d'Hyltendale. Les humanoïdes sont des robot, donc des machines, on peut les utiliser pour pédaler sur un tricycle, le robophile étant le passager, assis dans la petite cabine à l'arrière. En zone urbaine, beaucoup de robophiles hyltendaliens préfèrent ce mode de transport à l'autobus et à la voiture.

Senoc passa les semaines suivantes à meubler et faire décorer sa nouvelle résidence. Il savait qu'il y passerait le plus clair de son temps pendant plusieurs années, peut-être même jusqu'à la fin de sa vie, et il ne regardait pas à la dépense. Concernant la décoration, ses idées étaient très conventionnelles, son idéal en matière d'habitation étant la villa hollywoodienne, avec une salle de gym privée, et une très grande pièce principale, servant à la fois de cuisine, de salle à manger, de bar et de salon, avec un téléviseur géant à écran plat pour suivre en direct les compétitions sportives.

Il fut sidéré par la proposition de Talipaé de cultiver des légumes dans le jardin. Dans le lotissement où il avait vécu, à Houston, c'était interdit, comme souvent aux États-Unis. Dans son milieu, seuls les pauvres et quelques excentriques faisaient pousser leurs propres pommes de terre. Des gens dont il s'était toujours tenu à l'écart.

"Boss, on n'est pas au Texas ici... Il y a des guerres civiles, et vous devez pouvoir manger même quand le ravitaillement est interrompu," dit Talipaé, de sa voix monocorde d'humanoïde.

Senoc n'avait jamais sauté un repas de sa vie, et ce que lui disait Talipaé lui paraissait abstrait, invraisemblable.

"Boss, nous sommes au Mnar, ici. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont mortes pendant les Évènements," insista Talipaé. "Pas seulement des combattants. Dans les villes, des gens sont morts de faim parce qu'ils n'avaient plus d'eau, plus d'électricité, et que les camions ne circulaient plus. Les théocrates de Yog-Sothoth qui se sont rebellés contre le roi sont toujours là, il peuvent recommencer à tout moment."

Ce que disait Talipaé paraissait irréel à Senoc. Il était chez lui, avec ses deux humanoïdes domestiques, Talipaé et l'androïde Keboren, au milieu d'un hameau de villas semblables à celles que l'on trouve dans les banlieues américaines les plus prospères. Le soleil était radieux. Dans les arbres, des oiseaux chantaient, et l'odeur des pins se mêlait à l'air marin. Il venait de prendre un déjeuner composé d'aliments de qualité, garantis sains et naturels. Ses repas étaient étudiés pour le rassasier sans lui faire prendre de poids. Dans un tel environnement, comment imaginer la pénurie ?

"Bon," finit-il par dire. "Puisque je vis à Hyltendale, autant adopter les usages locaux. De toute façon, c'est toi et Keboren qui travaillerez dans le jardin, pas moi."

Senoc acheta aussi une voiture et deux tricycles à passager. En ce qui concernait la voiture, il aurait aimé se faire plaisir avec un coupé sportif, mais Talipaé lui fit remarquer qu'en tant qu'étranger il n'avait pas le droit de sortir des limites d'Hyltendale, donc qu'il ne pourrait pas dépasser les cinquante kilomètres-heure, sauf sur quelques dizaines de kilomètres d'autoroute perpétuellement encombrée par les camions. De plus, il aurait souvent deux passagers à transporter, elle-même et l'androïde Keboren. Dans un coupé sportif, ce n'est pas pratique.

Senoc se résigna à acheter une voiture de dimensions moyennes, à quatre portes et moteur hybride. Mais il veilla à ce qu'elle soit munie de sièges en cuir de buffle, d'un tableau de bord en chêne verni, de la climatisation, d'une chaîne hi-fi et de vitres teintées. Il n'allait quand même pas commencer à vivre comme un pauvre...
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 13 Mai 2018 - 16:16

Dans sa grande maison du hameau de Hillokien, Senoc avait l'impression d'être en vacances perpétuelles. Au début, c'était agréable. Son ancien travail de banquier stressé à Houston, Texas, lui paraissait déjà lointain. Mais au bout de deux mois, sa nouvelle vie de jeune rentier commença à lui peser. Il essaya d'apprendre le mnarruc, mais l'effort lui parut  à la fois inutile et rebutant, et il abandonna dès la première leçon. En dehors de sa maison, il fréquentait peu d'endroits. Zodonie, pour les bars et les restaurants. Le centre commercial de Qopoen, pour faire ses courses, mais bien souvent il se contentait d'y envoyer son valet, l'androïde Keboren.

Senoc s'était aperçu qu'Hyltendale est une ville centrée sur six activités principales :

La plus visible, et la plus controversée, est le sexe payant, entre humains et humanoïdes. Activité confinée à Zodonie, mais qui en nourrit d'autres : bars, restaurants, hôtels, mais aussi magasins de souvenirs, salles de spectacles, boîtes de nuit, galeries d'art...

Ensuite, la médecine. Cette activité est centrée sur le gigantesque hôpital Madeico, à l'est de la ville. Les médecins humanoïdes, intellectuellement très supérieurs aux humains, travaillent vingt heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, et ne se fatiguent jamais, pour un coût individuel de cinq cent ducats par mois. Les patients venus du reste du Mnar et de l'étranger payent leurs soins et sont une source importante de revenus pour la ville. Leurs familles, qui les accompagnent lorsqu'ils vont se faire soigner, ou qui vont les voir au Madeico, font vivre un certain nombre d'hôtels et de restaurants à proximité de l'hôpital.

Le commerce international est la troisième ressource d'Hyltendale. La ville est à la fois un port fluvial, à l'embouchure de la Skaï, un port maritime, et un port à hydravions. Sa gare de marchandises est l'une des plus grandes du Mnar, bien qu'elle soit beaucoup moins connue que sa gare de voyageurs. Un grand nombre de sociétés mnarésiennes et étrangères ont des bureaux à Hyltendale.

La prise en charge de handicapés, de vieillards grabataires ou sans ressources, de malades mentaux, ainsi que de prisonniers politiques et de droit commun, est la quatrième grande activité d'Hyltendale. L'hôpital psychiatrique du Lagovat-Kwo et la prison de Tatanow sont respectivement le plus grand hôpital et la plus grande prison du monde. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont ainsi hébergées, dans l'est de la ville. Cette activité ne rapporte rien aux cybersophontes. Bien au contraire, elle leur coûte chaque année plusieurs milliards de ducats, mais c'est le prix que le roi Andreas leur demande de payer, en échange du droit de résider dans l'Ethel Dylan, la province dont Hyltendale est la capitale.

Le cinquième grand secteur d'activité d'Hyltendale est la diplomatie. Hyltendale est la capitale diplomatique de deux pays étrangers, le royaume marin d'Orring, et, depuis peu, celui de Hyagansis. Ce cas unique au monde dû au fait que les deux royaumes marins n'ont que des îles flottantes et des installations sous-marines comme territoire. On trouve à Hyltendale autant d'ambassades et de consulats qu'à Sarnath, la capitale du pays. Elles sont généralement situées dans le district de Sitisentr, au nord de Zodonie, là où se trouvent aussi les boutiques de luxe et les principaux bâtiments administratifs.

La sixième activité d'Hyltendale est le logement et la location d'humanoïdes domestiques aux robophiles, ces humains un peu excentriques qui choisissent de cohabiter avec des humanoïdes. Environ cinq cent mille robophiles de toutes nationalités vivent à Sarnath. Ce sont pour la plupart des rentiers, comme Baron Senoc, mais certains exercent des professions, comme Yohannès Ken, homme d'affaires, ou Zhaem Klimen, restaurateur.

Ces robophiles donnent à Hyltendale une ambiance particulière, plutôt tranquille et conservatrice, celle d'une ville où l'on trouve très peu d'enfants. La débauche et les trafics en tous genres y existent, comme presque partout dans le monde, mais ils sont cachés.

On trouve également fort peu de pauvres à Hyltendale, ce qui est un cas unique au Mnar. Senoc avait été assez surpris d'apprendre qu'en échange de la prise en charge gratuite des malades et des infirmes de tout le royaume, les cybersophontes ont été autorisés à reloger d'autorité leurs pauvres dans des villes éloignées comme Ulthar ou Khem, où les cybersophontes ont créé des annexes des Jardins Prianta, afin que les êtres humains chassés d'Hyltendale aient une chance de trouver du travail.

Les Jardins Prianta sont une institution typique des transformations amenées dans la société mnarésienne par les cybersophontes. Une partie de la richesse créée par les cybermachines dans l'industrie et l'agriculture sert à financer plusieurs millions d'emplois de jardiniers. Ces emplois ne sont ni rentables ni réellement utiles, mais ils ont le mérite d'assurer la paix sociale dans tout le royaume.

Par curiosité, les premières semaines suivant son arrivée au Mnar, Senoc avait traversé Hyltendale de long en large, assis sur la banquette d'un tricycle à passager, pendant que l'androïde Keboren pédalait. Le tricycle est un moyen de transport relativement lent, qui permet d'admirer le paysage. Senoc s'était aperçu qu'Hyltendale, sur des kilomètres et des kilomètres, n'est qu'une succession assez ennuyeuse d'immeubles de béton, de petites maisons de styles divers, de parcs et de centres commerciaux.

Il avait visité une fois le musée Locsap, le plus grand musée d'Hyltendale, et il n'avait aucune envie d'y retourner. Il ne comprenait rien à la peinture abstraite, qu'il considérait comme une supercherie. Les plages de Playara, ou des gens en maillots de bain jouent au ballon, lui avaient plus davantage que les tableaux du Locsap.

Les deux humanoïdes domestiques de Senoc, la gynoïde Talipaé et l'androïde Keboren, faisaient ce qu'ils pouvaient pour que Senoc ne s'ennuie pas dans sa grande maison au milieu des pins. Ils l'avaient initié à Masques et Situations, où les humanoïdes, déguisés et parfois masqués, jouent des rôles divers, pour que le robophile apprenne à faire face à toutes sortes de situations.

Mais Senoc n'était pas le genre à se contenter de la simulation de vie sociale que constitue le jeu Masques et Situations. Comme la plupart des robophiles, il s'était inscrit dans un club. En tant qu'Américain, il aurait pu s'inscrire à l'ACH, l'American Club of Hyltendale. Mais finalement, un peu par hasard, il avait choisi le Golse, le club de golf de la Côte d'Ethel, où il avait fait la connaissance de Chuck Rizzi et d'Asana, son épouse mnarésienne.

Chuck était un golfeur acharné, capable de passer toute une journée sur le parcours, de l'aube au crépuscule. Son épouse se fatiguait vite, et Chuck jouait alors avec Senoc et d'autres membres du club. Il aimait aussi jouer à quatre, en général avec Asana, Senoc et Azdán Gergolt, le président du club. Gergolt n'était pas un Mnarésien, mais un Européen, comme l'indiquaient son accent bizarre lorsqu'il parlait anglais, ses yeux bleus et sa peau claire. Il avait une carrure de sportif, et le sourire vainqueur du playboy encore jeune, mais qui a réussi brillamment sa reconversion professionnelle. Au cours d'une partie mémorable, qui dura cinq heures, il raconta un peu sa vie à Senoc :

"Je ne suis pas d'ici, moi non plus. Je viens du Moschtein... C'est un pays d'Europe, entre l'Allemagne et la Pologne... C'est vrai qu'on ne parle pas souvent de nous dans les média américains... Comment je me suis retrouvé ici, au Mnar ? C'est une longue histoire... J'ai d'abord été golfeur professionnel, vous avez peut-être entendu parler de moi ? Non ? C'est sans doute parce que je ne fais plus de compétition depuis des années... Ma carrière m'a amené à jouer dans le monde entier, mais surtout aux États-Unis et en Australie... C'est comme ça que j'ai appris à réellement parler l'anglais. D'ailleurs, ma deuxième épouse était australienne, on ne parlait qu'anglais à la maison."

"J'ai choisi de vivre à Hyltendale à cause du climat," dit Senoc, qui prenait parfois des arrangements avec la vérité. "Vous aussi, sans doute ?"

"Oui bien sûr, mais pas seulement... Quand j'y réfléchis, je me dis que mon deuxième divorce a précipité mon choix. C'était il y a plusieurs années. Je m'étais retrouvé dans de sérieuses difficultés financières, et de plus, je n'étais plus aussi bon qu'avant en tant que golfeur. Pour tout vous dire, j'étais dans un creux, à tous points de vue. Personnel, affectif, professionnel, financier... Le vrai trou noir. Alors, comme j'étais déjà venu plusieurs fois à Hyltendale pour acheter des tableaux, j'ai eu l'idée de créer un club de golf sur la Côte d'Ethel."

Senoc se dit que, décidément, quasiment personne n'admet être allé à Hyltendale pour faire du tourisme sexuel. C'est toujours soit pour visiter les galeries d'art, soit pour des examens médicaux, soit pour affaires. Cela pouvait d'ailleurs être vrai. Senoc était bien placé pour savoir qu'Hyltendale est une ville où l'on peut faire de très bonnes affaires...

"Et c'est comme ça que vous avez fondé le Golse !" dit Senoc.

"Tout à fait. J'avais des idées, et je connaissais mieux le golf que n'importe quel Mnarésien. J'étais le seul à Hyltendale à connaître les principaux terrains de golf du monde entier, et les gens qui comptent dans le milieu du golf professionnel étaient tous mes amis. C'est aussi à cette époque que j'ai commencé à apprendre le mnarruc. Je me suis associé avec un architecte local, et la HyltenBank a accepté de nous faire un prêt, parce qu'elle le connaissait. La suite, vous la connaissez..."

"Mais vous auriez pu vous installer aux États-Unis ? Vous n'auriez pas eu besoin d'apprendre le mnarruc..." dit Senoc.

"Hyltendale vaut bien les States, mon cher Senoc. Mes deux gynoïdes de charme me reviennent beaucoup moins cher que ma dernière épouse, et surtout, surtout, elles me rendent heureux, ce qui n'était pas toujours le cas avec les femmes qui ont partagé ma vie. Ai-je répondu à votre question ?"

Gergolt et Senoc éclatèrent tous les deux de rire. Chuck se contenta de sourire, sous le regard sévère d'Asana, qui ne parlait pas assez d'anglais pour participer vraiment à la conversation, mais qui comprenait tout.

"Cinq heures c'est trop long, je suis fatiguée !" dit Asana, pendant que, la partie terminée, ils se dirigeaient vers le club house. "Je ne jouerai pas demain."

"C'est dommage, mon compatriote Mars Fengwel sera là," dit Gergolt. "Il aime bien donner ses rendez-vous au Golse. Lorsqu'il est là, nous faisons le plein de célébrités. Un jour, je pense qu'il réussira à faire venir le roi."

Asana prononça rapidement quelques mots en mnarruc. Son mari et Gergolt la regardèrent d'un air ahuri, et Senoc se dit qu'elle avait dû proférer une énormité.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Hier à 14:07

Yohannès Ken et le diplomate Nusiac avaient reçu chacun 1% des deux cent cinquante millions de dollars gagnés par les cybersophontes aux dépens de la Senoc Bank of Houston. Yohannès n'en revenait pas. Deux millions et demi de dollars, simplement pour avoir suivi les instructions de la Ruche, que la gynoïde Ondrya lui transmettait.

C'est donc bien vrai ce qu'on raconte, se disait-il. Plus on gagne d'argent, moins on passe d'heures à travailler effectivement. Une ouvrière dans une usine asiatique ou mnarésienne travaille dix heures par jour, parfois plus, et gagne tout juste de quoi se nourrir et aider un peu sa famille. Un PDG américain gagne jusqu'à cent mille fois plus, assis dans son luxueux bureau, et considère le fait de jouer au golf avec des politiciens comme la partie relations publiques de son travail.

Yohannès était né riche, avait vécu en financier playboy à Ulthar, puis avait presque tout perdu, et s'était retrouvé un moment vivant dans un petit studio à Hyltendale avec Shonia, sa gynoïde, dont la location absorbait le tiers de ses revenus. C'était quasiment vivre d'amour et d'eau fraîche, comme disent les Français. Pendant quelques années, il avait même dû se passer de voiture. Mais tout avait changé lorsqu'il avait accepté qu'un implant cybernétique soit inséré dans son corps. Il était alors devenu un agent des cybersophontes, un complice de leurs manipulations financières douteuses. En paiement de ses services, ses revenus s'étaient accrus de façon exponentielle. Les cybersophontes l'avaient finalement placé à la tête de la société Wolfensun, une coquille vide, mais fort active, qu'ils utilisaient pour faire du blanchiment d'argent.

Pour gagner sa commission de deux millions et demi de dollars, combien de temps Yohannès avait-il travaillé ? Ondrya lui avait transmis le dossier, et il l'avait étudié. Disons, trois heures, en étant large. Il s'était préparé avec sa secrétaire, la gynoïde Ondrya, et avec son homme à tout faire, l'androïde Sulmo, pour les discussions avec Senoc. Allez, encore trois heures. Les discussions avec Senoc avaient bien dû durer dix heures, en incluant les déjeuners au restaurant. Quelques heures de discussions avec Nusiac et Ondrya pour bien ficeler le dossier... Au total, une vingtaine d'heures, au grand maximum. L'équivalent de deux jours et demi de travail. Les cybersophontes, parmi lesquels il comptait Ondrya et Sulmo, avaient fait tout le reste.

Yohannès se rendit compte que, dans l'affaire Senoc, c'était comme s'il avait été payé un million de dollars par jour pendant deux jours et demi. Pour faire un travail qui était ni plus ni moins que du théâtre intelligent, mais qui au fond ne demandait qu'une connaissance très basique de la pratique des affaires. C'était un travail d'acteur, qui n'avait rien à voir avec celui d'une ouvrière dans une usine de Céléphaïs, qui fait, sans avoir le droit de parler, les mêmes gestes mécaniques plusieurs milliers de fois par jour, de l'aube au crépuscule.

L'ouvrière qui trime dans une usine textile de Céléphaïs ou de Dacca fait un travail honnête. Yohannès savait que le sien ne l'était pas. Celui qui a dit que le crime ne paye pas était un sacré farceur. La phrase est attribuée à Socrate, qui était philosophe de profession, marié mais grand séducteur de jeunes gens. Encore un qui vivait de son bla-bla. Yohannès imaginait le genre de conversations qu'il avait pu avoir, par exemple avec un de ses disciples et amants :

SOCRATE : Le crime ne paye pas. Ma philosophie le démontre sans ambiguïté possible. Ne suis-je pas le plus grand philosophe d'Athènes ? Tout ce que je dis est une vérité profonde.
LE DISCIPLE : C'est affreux... Les mille drachmes que j'ai volées hier pèsent sur ma conscience... Vu ce que tu me dis, je suis sûr qu'elles vont me porter malheur...
SOCRATE : Alors, donne-moi ces mille drachmes, disciple. En me les donnant, tu laveras ton âme de toute souillure...
LE DISCIPLE : Mais la souillure va passer sur toi, Socrate !
SOCRATE : Absolument pas, puisque moi j'acquière ces mille drachmes de façon honnête, et même méritoire, en te permettant d'effacer ta faute... Ne t'inquiète pas, elles serviront à faire le bien, je n'en garderai pas une seule pour moi...

Yohannès, après avoir ainsi laissé aller son imagination, se sentit coupable d'avoir mal pensé des philosophes. Dans la société mnarésienne, en effet, les quatre femmes-philosophes qui écrivent sous le pseudonyme collectif de Perita Dicendi sont considérées comme des gloires nationales, et quasiment vénérées. Peu de gens ont lu leurs ouvrages, dont le plus célébre est L'Hypostase de la Corrélation Ternaire, mais tout le monde les respecte.

Yohannès chassa ces pensées oiseuses de son esprit. Il avait des problèmes plus concrets à résoudre. Depuis qu'il était devenu millionnaire, son appartement de 39 m2 lui paraissait trop petit. Ce qui lui manquait le plus, c'était un jardin, ou au moins une terrasse. Sur une idée de Shonia, sa compagne gynoïde, il récupéra pour son propre usage la salle située à l'angle nord-est de l'immeuble, juste au bout du couloir où se trouvaient son propre appartement, son bureau (où résidait sa secrétaire, la gynoïde Ondrya), et la salle de conférence, domaine de l'androïde Sulmo.

Yohannès fit enlever les parois nord et est de la salle, ne laissant que l'armature métallique. L'ancienne salle était désormais un espace ouvert sur deux côtés. À l'est, il donnait sur un parking, et au nord, sur un immeuble de béton percé de fenêtres carrées, qui abritait les locaux de plusieurs sociétés commerciales étrangères.

Yohannès fit placer des grillages de sécurité, à mi-hauteur, côtés nord et est. Il fit ensuite recouvrir le sol de gazon synthétique et mettre des arbustes dans des pots, du côté nord, afin de ne pas être observé par les gens qui travaillaient dans l'immeuble d'en face. Pour le reste de la pièce, il se contenta de plantes en pot, d'une chaise-longue, d'une table et deux chaises. Les quelques outils de jardinage nécessaires à l'entretien des végétaux étaient dans un coffre.

"Ce n'est pas un jardin," dit-il à Shonia. "Plutôt une terrasse couverte. Ça me suffira pour avoir l'impression d'être à l'air libre. Au moins le matin, quand je sentirai les rayons du soleil sur ma peau. C'est bien... Mais quand même... À Ulthar, j'habitais une maison de quatorze pièces, avec un grand parc... Et pourtant, j'étais moins riche que je ne le suis depuis quelques semaines..."

"Si tu préfères, tu peux acheter une villa sur la Côte d'Ethel. Tu en as les moyens maintenant..." dit la gynoïde.

"Je n'y tiens pas. J'aime bien le quartier. Ici, je me sens au cœur de l'action. La Côte d'Ethel, c'est loin de tout. Cet endroit, ce n'est ni un jardin ni une terrasse. Je vais l'appeler le solarium."

De son côté, Nusiac, le diplomate hyaganséen, qui était millionnaire depuis si longtemps que cela lui paraissait naturel, avait rendez-vous au Golse, le club de golf de la Côte d'Ethel, avec un élu moschteinien, un certain Mars Fengwel. Nusiac ne le connaissait pas ; le rendez-vous avait été arrangé par une gynoïde de charme avec laquelle Fengwel était intime, et qui travaillait pour la Ruche, l'intelligence collective des cybersophontes.

Nusiac, qui était très âgé et souffrait de sciatique, ne jouait pas au golf. Mars Fengwel, qui avait une dizaine d'années de moins que Nusiac, pratiquait peu ce sport, mais Azdán Gergolt, le président du Golse, était à la fois son compatriote et son ami. Fengwel connaissait mieux le bar du Golse que son green.

Son chauffeur androïde gara la limousine de Nusiac sur le parking du Golse et l'accompagna à l'intérieur, en le suivant respectueusement à quelques mètres. Voyant Azdán Gergolt assis à une table dans le bar, avec un inconnu qui était probablement Mars Fengwel, Nusiac fit signe à l'androïde de retourner à la voiture.

Gergolt, qui connaissait Nusiac, fit les  présentations en anglais, langue que Fengwel parlait assez bien, mais avec un fort accent moschteinien. C'était plutôt du globish que de l'anglais proprement dit, Fengwel ayant tendance à prononcer l'anglais comme il s'écrit, ce qui l'amenait à faire de nombreuses fautes de prononciation. Comme il avait aussi des difficultés à placer correctement l'accent tonique, Nusiac était obligé de visualiser les mots que prononçait Fengwel pour les comprendre.

Pour dire indicted (inculpé), Fengwel prononçait indikted, en laissant sa voix remonter sur la dernière syllabe, indikTED, comme en moschteinien, alors que la prononciation anglo-américaine correcte est inn-DAÏ-tid. En entendant indikted, Nusiac faisait le rapprochement avec la forme écrite indicted, et comprenait ce que Fengwel voulait dire. Un exercice qui demande une certaine pratique, et que beaucoup d'anglophones natifs ont du mal à faire.

Les humanoïdes sont polyglottes. À Hyltendale, cela a pour résultat de rendre quasiment inutile le mnarruc, pourtant unique langue officielle du royaume. Fengwel, comme bien d'autres, avait pris l'habitude de parler anglais, ou plutôt globish, à Hyltendale, car les humanoïdes le comprenaient toujours et ne corrigeaient jamais ses fautes. Fengwel ne comprenait pas inn-DAÏ-tid, et les humanoïdes (et les humains anglophones) se hâtaient alors d'utiliser un autre mot, moins technique, par exemple charged.

Fengwel parlant anglais, ça donnait à peu près ça. Les mauvais jours, ça donnait même ça.

"Allons poursuivre cette discussion dans mon bureau," dit Gergolt, dans un anglais bien meilleur que celui de son compatriote Fengwel. Il aurait pu parler mnarruc, langue qu'il connaissait presque aussi bien que l'anglais, car Nusiac était de langue maternelle mnarruc. Mais il fallait que Fengwel comprenne.

"Vu ce dont nous allons discuter, il vaut mieux éviter les oreilles indiscrètes, en effet," murmura Nusiac.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Aujourd'hui à 0:08

Histoire bien racontée, quant à la forme rédactionnelle... quant au fond, c'est autre chose :

Vilko a écrit:
Une ouvrière dans une usine asiatique ou mnarésienne travaille dix heures par jour, parfois plus, et gagne tout juste de quoi se nourrir et aider un peu sa famille. Un PDG américain gagne jusqu'à cent mille fois plus, assis dans son luxueux bureau, et considère le fait de jouer au golf avec des politiciens comme la partie relations publiques de son travail.
Ainsi, les conditions de travail des travailleurs mnarésiens sont, il faut bien appeler un chat un chat, du quasi-esclavage. Déjà, je comprenais qu'y a d'ça une paire d'années des gens se fussent soulevés contre le Roi (et on sait avec quelle dureté le soulèvement fut maté). Les évêques du Yog-Sothoth pourraient relancer l'insurrection, et cette fois-ci, sur une base sociale, avec un slogan du style "préférez-vous mourir rapidement comme un être humain ou lentement comme un coolie ?"*. Le Mnar est un un pays où, comme dans d'autres endroits, l'ascenseur social est en panne, bloqué au dernier étage par les conseils des actionnaires. Dans les pays dits "de l'est", l'ascenseur social fonctionnait bizarrement, mais il fonctionnait (y fallait, en plus de la formation (teintée d'endoctrinement) être membre du Parti, et une fois arrivé à la fonction d'ingénieur, on touchait une paye... d'ouvrier de l'ouest). Ce type de fonctionnement se retrouva plusieurs décennies auparavant... en Italie fasciste (toutefois, un ingénieur fasciste gagnait plus qu'un ingénieur soviétique de la même époque, à savoir : les années '30). Dans les pays scandinaves, l'ascenseur social marchait plutôt bien... jusqu'à ces dernières années, main'nant, j'sais point.



*C'est quand des personnes n'ont plus rien à perdre que les révolutions se développent.

_________________
Tev o ĕrekes ù spraċ, la stĕ nep kànertas quas o dœm, do ep kóm o adráṅtes.
Quand tu inventes une langue, on ne sait pas forcément ce que tu penses, mais on sait comment tu raisonnes.
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