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 Les fembotniks

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 23 Déc 2017 - 21:03

Anoev a écrit:
Cyborgs

Le mot mnarruc pour "cyborg", ramu, désigne à la fois les cyborgs masculins et les cyborgs féminins, ou femborgs (yeramu). Si l'on veut être précis, on parle de cyborg masculin (ramu nas dalem). "A ramu" signifie "les cyborgs", en incluant les femborgs. "A ramu vi a yeramu" signifie "les cyborgs (sous-entendu, masculins) et les femborgs".

Les cyborgs et les femborgs sont des humanoïdes (rained) avec un esprit humain et une identité humaine. Tawina Zeno est une femborg typique.

Les humanoïdes autres que les cyborgs et les femborgs sont les androïdes (femu) et les gynoïdes (yefemu). Ils sont beaucoup plus nombreux que les cyborgs et les femborgs.

Les cybersophontes (rainog) sont les êtres pensants cybernétiques. Ils sont subdivisés en humanoïdes (rained), en cybercerveaux (rain) et en cybermachines (railte).

Mais ça, c'est en mnarruc académique, celui qui est parlé par les humanoïdes et par les gens vraiment cultivés. Au total, une très petite minorité de la population mnarésienne.

Pour la grande majorité des Mnarésiens, la distinction entre cybermachines, cybercerveaux et cybersophontes est superflue. Ce sont tous des cybermachines, des railte.

La plupart des Mnarésiens ne font pas non plus la distinction entre les cyborgs et les androïdes, et entre les femborgs et les gynoïdes. Pour eux, les cyborgs sont des androïdes et les femborgs sont des gynoïdes. Le fait que les cyborgs soient des êtres pensants doté d'un esprit humain, et les androïdes des êtres pensants dotés d'un esprit de machine, c'est de la métaphysique, et les Mnarésiens n'aiment pas encombrer leur mémoire de termes techniques qu'ils ne comprennent pas vraiment, et dont l'utilité pratique leur échappe. Ils confondent donc allègrement rained, ramu et femu, mais aussi yeramu et yefemu, et même rainog, rain et railte. Les trois mots railte, femu et yefemu leur suffisent pour désigner tout ce qui est intelligent mais en dehors de l'humanité biologique.

Zhaem avait mis un certain temps à comprendre que lorsque certains Mnarésiens disent "les androïdes", en fait ils veulent dire "les humanoïdes". C'est une confusion qu'une gynoïde come Isane ne fait jamais. Mais certains personnages qu'elle incarne lorsqu'elle porte un masque-cagoule la font.

Car les humains sont ainsi faits qu'ils déforment le sens des mots que d'autres ont créé pour eux. Ils les plient et les tordent à leur guise, comme on assouplit une paire de chaussures neuves.

Même le roi Andreas confondait les cyborgs et les androïdes, jusqu'à ce qu'il se fiance avec la femborg Wagaba Jabanor. Son conseiller cyborg, le baron Chim, n'était pour lui qu'un androïde supérieur, jouant le rôle d'ambassadeur des cybermachines.

Yefemu (gynoïde) est devenu synonyme de prostituée, à cause des gynoïdes vénales de Zodonie. C'est l'une des raisons pour lesquelles Wagaba Jabanor a bien du mal à se faire accepter par les Mnarésiens. Elle insiste en vain sur le fait qu'elle n'est pas une yefemu, comme les gynoïdes de Zodonie, mais une yeramu.
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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 26 Déc 2017 - 13:47

Avant de s'installer définitivement à Hyltendale, Zhaem ne connaissait vraiment que Zodonie, où l'on croise plus de touristes que d'Hyltendaliens. Il avait bien sûr remarqué que l'on voyait très peu d'enfants à Hyltendale. Mais ce n'est qu'une fois installé à Tomorif, au nord de la ville, qu'il prit réellement conscience du fait que la plupart des Hyltendaliens étaient vieux. À trente-cinq ans, il était l'un des plus jeunes adhérents du Cercle Paropien, un club normalement réservé aux fembotniks et aux manbotchiks, ces hommes et ces femmes qui vivent en couple avec des humanoïdes.

Lorsqu'il allait au Cercle Paropien, en général pour boire un verre avec son ami Yohannès, il était au milieu de rentiers et de retraités aisés. Non seulement il était l'un des plus jeunes, mais il était aussi l'un des rares à travailler pour vivre.

Son ami Yohannès, qui était nettement plus âgé que lui, avait été investisseur financier à Ulthar. À Hyltendale, il vivait de ce qui lui restait de sa fortune passée, tout en se livrant parfois à d'obscures transactions commerciales pour le compte de la femborg Ondrya Wolfensun. Zhaem la connaissait, car elle était aussi propriétaire du restaurant dont Zhaem était l'un des deux co-gérants.

Un jour, au bar, il avait posé à Yohannès la question qui le taraudait :

"Est-ce que ça ne te gêne pas de vivre dans une ville où il n'y a presque pas de jeunes ?"

"Ben non..." avait répondu Yohannès. "Les enfants, ils sont avec leurs parents, à Ulthar ou à Pnakot, puisque de toute façon c'est là qu'ils travailleront lorsqu'ils seront adultes. Leurs parents vivent là où il y a des emplois. À Hyltendale, il y a très peu d'emplois pour les humains. Et c'est très bien comme ça. Moi je trouve qu'on est plus tranquilles entre nous. Les jeunes sont bruyants et les pauvres détestent les riches. Très peu pour moi."

"J'ai quand même un peu l'impression de devenir un vieux débris, ici... En Aneuf, j'avais des collègues qui avaient tout juste vingt ans, et dans mon immeuble je connaissais les enfants des voisins... C'était la vie, quoi... Pour moi, c'est ça une vie normale..." dit Zhaem avec nostalgie.

"La solution est simple, je pense. Renseigne-toi, je crois qu'il y a des masques-cagoules de jeunes..."

Rentré chez lui, Zhaem consulta le Saneeflan Piga, un gros classeur dans lequel sont décrits en détail les caractéristiques de plusieurs centaines de masques-cagoules. De temps en temps, il faut rajouter des feuilles dans le classeur, car de nouveaux masques-cagoules sont sans cesse créés, sans compter les mises à jour concernant les masques-cagoules déjà existants. La plupart des fembotniks ont dans leur bibliothèque le Saneeflan Piga et aussi Saneeflan vi Wira (Masques et Situations), qui est un recueil de scénarios érotiques à l'usage des fembotniks et manbotchicks.

Zhaem trouva dans le Saneeflan Piga le personnage de Wenazh, jeune étudiant de première année, et amateur de voyages sac au dos. Wenazh est le fils d'un couple d'amis du fembotnik ou de la manbotchick. Il apparaît à la fois dans le Saneeflan Piga et dans le Saneeflan vi Wira. Il a des idées, un comportement, des opinions et des goûts typiques d'un étudiant de première année de l'université de Sarnath.

Isane, qui naturellement devait incarner Wenazh, suggéra un scénario à Zhaem :

Wenazh rentre d'un voyage à l'étranger et doit arriver en hydravion à Fotetir Tohu, le port d'Hyltendale. Zhaem, qui est un ami des parents de Wenazh, va le chercher dans le hall du port des hydravions, l'invite à déjeuner, et ensuite l'emmène à la gare, où Wenazh prendra le train qui l'emmènera jusqu'à Sarnath, où habitent ses parents.

"C'est un scénario de la vie quotidienne, mais qui se passe en extérieur," expliqua Isane. "C'est-à-dire, à l'extérieur de chez soi. Cela permet d'accentuer le caractère réaliste du jeu, par rapport à la plupart des scénarios, qui se passent dans le logement du fembotnik."

Zhaem décida, pour voir, d'accepter de jouer ce scénario. En se disant qu'Hyltendale était une drôle de ville, une pièce de théâtre dont son million et demi d'habitants étaient les acteurs.

Un jour où Zhaem ne travaillait pas, Isane se déguisa en Wenazh. Elle se vêtit d'un jeans, de baskets, d'un sweatshirt beige sur lequel il était écrit Wenazh nas Isane (Wenazh qui est Isane) à l'encre noire, et prit un sac à dos à la place de son sac à main habituel. Puis elle passa sur sa tête le masque-cagoule de Wenazh. Le visage de l'étudiant était peint avec une peau blanc rosé, symbole de jeunesse dans la culture mnarésienne. La cagoule avait deux trous pour les yeux, et une large fente pour la bouche. Elle était surmontée d'une perruque de cheveux châtain mi-longs, et serrée autour du cou par un collier de chien.

Au Mnar, aucun être humain ne pourrait se promener dans la rue déguisé de la sorte sans être contrôlé par la police, mais à Hyltendale les humanoïdes bénéficient d'une tolérance spéciale.

Wenazh-Isane sortit en premier de l'appartement de Zhaem, à Tomorif, un district au nord d'Hyltendale. Le rendez-vous était dans le hall d'attente du port des hydravions, à Fotetir Tohu, au sud de la ville. Vingt minutes après Isane, Zhaem sortit de chez lui, et prit l'autobus jusqu'à Fotetir Tohu.

Une demi-heure plus tard, dans le hall d'attente du port des hydravions, Zhaem eut un peu de mal à reconnaître "son" Wenazh, car il y en avait plusieurs. Finalement, il reconnut Wenazh-Isane à son sweatshirt.

"Rakhi... In sor Zhaem. Nad farna sor Wenazh ?" demanda-t-il à l'humanoïde, qui était assis sur un banc, regardant de ses yeux cybernétiques la foule bigarrée.

"Cira, in sor et !" répondit Wenazh, avec une voix qui n'était pas celle d'Isane. Contrairement aux humains, les humanoïdes peuvent parler de plusieurs voix différentes, car ils émettent des sons au moyen d'un haut-parleur dissimulé dans leur bouche. Celle-ci s'ouvre et se ferme à chaque syllabe, comme celle d'un poisson.

Zhaem et Wenazh allèrent dans la  cafétéria du port des hydravions, vaste salle bruissante du bruit de conversations en une dizaine de langues différentes, et déjeunèrent ensemble. Wenazh parla de ses études, du royaume insulaire de Baharna où il venait de passer ses vacances, et de ses chanteurs favoris. Puis ils parlèrent d'ordinateurs, et Zhaem donna à Wenazh quelques explications techniques sur LEQNE XIV, le système d'exploitation aneuvien.

Zhaem était encore suffisamment aneuvien pour trouver la situation légèrement absurde. En Aneuf, lorsqu'on va chercher à l'aéroport le fils d'un ami, c'est pour de vrai. À Hyltendale, c'est parfois un rôle que l'on joue. Pour Zhaem, le côté factice, presque irréel de la situation était renforcé par le fait que le mnarruc n'était pas sa langue maternelle. Il était conscient de vivre dans un jeu.

Quand il habitait encore en Aneuf, il lui était arrivé d'aller chercher des gens à l'aéroport de Karċfetal. C'était un peu ce qu'il revivait aujourd'hui, mais sous forme de jeu. Il se dit qu'il était comme ces militaires qui passent leur vie à s'entraîner pour le combat, dans l'attente d'une guerre qui ne viendra sans doute jamais. Ils ne mourront pas en héros, comme ils l'espéraient et le craignaient à la fois, mais en vieux retraités, ce qui est préférable.

Une vieille manbotchick aux cheveux teints en violet et un androïde habillé en dandy victorien moustachu étaient assis à une table proche de celle de Zhaem et de Wenazh. Zhaem les vit se lever et se diriger vers les toilettes, et en ressortir un quart d'heure plus tard. La dame avait le visage rouge et le sourire aux lèvres.

Zhaem se dit que ces deux-là ne devaient pas jouer à "je vais chercher le fils d'un ami au port des hydravions", mais à "je trompe mon mari." C'est sûr que, joué en extérieur, ce scénario est doublement excitant, quand on n'a à craindre que l'ennui dans sa vie.

Après avoir déjeuné, Zhaem et Wenazh prirent l'autobus jusqu'à la Gare Centrale. Comme il restait une heure avant le départ du train, Zhaem emmena Wenazh boire un verre dans un bistrot qui n'avait rien de remarquable, si ce n'est que ses prix étaient un peu moins prohibitifs que ceux de ses confrères. Les petites contrariétés font partie de la réalité...

Cinq minutes avant le départ du train, Zhaem et Wenazh se dirent au revoir sur le quai de la gare en se serrant la main. Zhaem rentra chez lui en autobus.

Isane rentra une dizaine de minutes après lui. Elle portait toujours les vêtements et le sac à dos de Wenazh, mais elle avait enlevé le masque-cagoule.

"J'ai adoré ce jeu en extérieur" dit Zhaem à Isane. "Le réel comme décor, ça change tout."


Dernière édition par Vilko le Mar 26 Déc 2017 - 20:26, édité 2 fois
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 26 Déc 2017 - 15:20

Vilko a écrit:
"Est-ce que ça ne te gêne pas de vivre dans une ville où il n'y a presque pas de jeunes ?"
C'est cette totale absence d'enfants qui avait mis Eneas Tonnd assez mal à l'aise durant quasiment tout son séjour à Hyltendale, raison principale pour laquelle il en avait loué un succédané à l'agence de location de robots.

La suite .

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 27 Déc 2017 - 21:07

Ce jour-là, il y avait un peu plus d'animation que d'habitude à la cour du roi Andreas. Le baron Chim, le conseiller cyborg du roi, fêtait ses 104 ans.

"Il est né à l'époque de la reine Mehini ! L'année où Zara Obizen a écrit La Maison près du Pont !" disaient entre eux les hauts fonctionnaires.

Le baron était un grand et beau vieillard, au visage orné d'une courte barbe blanche, et aux yeux cybernétiques totalement noirs sous son crâne chauve. Il portait, comme chaque jour de l'année, la tenue discrète des collaborateurs du roi, un costume gris et une cravate sombre.

Dans le repaire d'ambitieux sans scrupules que constitue la cour du roi Andreas, le baron Chim est dans une classe à part. Au départ, il était le modeste représentant des cybersophontes auprès du roi Robert, le père du roi Andreas. Il avait déjà l'aspect qu'il a actuellement, car les cyborgs ne vieillissent jamais. Sans jamais dire du mal de personne, mais sans jamais non plus protéger un incompétent, il avait acquis la confiance du roi Robert, puis celle de son fils. Faisant montre d'un désintéressement et d'une humilité remarquables, il était toujours simple conseiller du roi, malgré son ancienneté, parmi une trentaine d'autres conseillers qui auraient tous pu être ses petits-fils.

Le seul honneur qu'il avait accepté, c'était le titre de baron, purement honorifique, qui lui avait été décerné par le roi Andreas au début de son règne. De la part d'Andreas, c'était surtout un moyen de montrer publiquement l'estime qu'il avait pour Chim.

Quelques années plus tard, le royaume avait été déchiré par une terrible guerre civile pendant une année entière. Andreas avait sauvé son trône, et certainement aussi sa vie, grâce au soutien indéfectible des cybersophontes, mais au prix de plusieurs centaines de milliers de morts et de l'exil de deux millions de Mnarésiens. La répression sauvage continuait, sous la forme d'exils forcés dans les installations sous-marines de Hyagansis, l'un des deux royaumes marins des cybermachines.

Au fil des années, le comportement d'Andreas avait changé, et les vieux courtisans, qui le connaissaient depuis son enfance, ne le comprenaient plus. Sa politique était devenue de plus en plus favorable aux cybersophontes. La reine Renoela Bularkha s'était enfuie à l'étranger, ne supportant plus d'être l'épouse d'un homme considéré par la plupart des nations du monde comme un tyran sanguinaire.

Le baron Chim était devenu le véritable numéro deux du régime. Pourtant, à le voir, on ne s'en serait pas douté. Toujours aimable et apparemment bienveillant, il ne disait jamais rien qui contrevienne à la bienséance. Tout juste lui reprochait-on une certaine froideur, et, ce qui était plus sérieux, d'avoir été de connivence pendant des années avec Yip Kophio, un petit homme alcoolique et dépressif, directeur de la Police Secrète du Roi. À eux deux, ils avaient truffé la Cour d'espions.

Il était bien connu que le roi, Yip Kophio et le baron Chim se réunissaient plusieurs fois par semaine pour finaliser la liste des opposants, réels ou supposés, qu'il fallait surveiller, incarcérer, exécuter ou exiler à Hyagansis.

Le régime de terreur avait duré pendant des années, puis Yip Kophio, qui malgré les apparences avait peut-être une conscience, avait pris sa retraite dans sa luxueuse villa de la Côte d'Ethel, avec deux gynoïdes et un majordome androïde. Par sécurité, Yip Kophio avait changé d'apparence et d'identité en quittant ses fonctions de chef de la Police Secrète. Il était devenu Ornicar Séféro, rentier tranquille et inoffensif.

Spoiler:
 

Renford, le successeur de Kophio à la tête de la Police Secrète du Roi, était plus réticent que Kophio lorsqu'il s'agissait de signer des listes de supects à faire disparaître. D'autant plus que, l'économie du Mnar étant passée sous le contrôle de fait des cybersophontes, il existait désormais des moyens plus civilisés de protéger la monarchie.

Renford avait remarqué chez le roi une certaine tristesse, et, lorsque le baron Chim n'était pas là, une rancœur inexplicable envers les cybersophontes, qui se traduisait par des réflexions amères et des colères brèves mais violentes. Renford n'y comprenait rien. Il ne savait pas que le roi était devenu, contre sa volonté, un porteur d'implant. Les cybersophontes en avaient fait leur esclave. Ils pouvaient, même à distance, le torturer ou même le tuer, grâce à l'implant inséré dans son abdomen. Ce secret n'était connu que de quatre personnes. Le roi lui-même, le baron Chim, la duchesse Wagaba Jabanor, fiancée du roi, et le Maître de la Ruche, chef occulte des cybersophontes.

Sur ordre du baron Chim, le roi s'était en effet fiancé avec une femborg, la duchesse Wagaba Jabanor. À la cour, la nouvelle avait fait l'effet d'une bombe. Personne n'avait compris. Le baron Chim lui-même avait conseillé au roi de prolonger autant que possible les fiançailles, afin que la future reine ait le temps de devenir populaire en s'investissant dans des œuvres de charité.

Le roi partageant désormais son lit avec une femborg, le baron Chim pouvait désormais se mettre en retrait. C'était désormais Wagaba qui transmettait au roi les ordres du Maître de la Ruche.

Le baron laissa courir les rumeurs selon lesquelles il était en disgrâce. Au contraire, il les encouragea, en faisant de fausses confidences à quelques bavards patentés.

"Cela fait bien longtemps que le roi ne vous a pas reçu dans son bureau, Baron," lui disait un marquis sur un ton faussement innocent.

"Le roi a moins besoin de moi en ce moment. Cela prouve qu'il n'y a pas de problèmes avec les cybersophontes, et c'est une bonne chose," répondait tranquillement le baron Chim. "C'est lorsqu'il y a tempête qu'il faut être tout le temps au gouvernail. En ce moment, c'est le calme. Le soleil brille sur le royaume. Mes efforts portent enfin leurs fruits. Je ne vais pas m'en plaindre, j'ai œuvré en ce sens depuis mon arrivée au Palais, bien avant votre naissance, marquis."

"Mais je croyais que le roi vous consultait aussi sur toutes sortes de sujets, et qu'il ne pouvait pas se passer de votre conversation..." insistait le marquis.

"Le roi n'a plus rien à apprendre de moi... Ça aussi, c'est une bonne chose. Un bon roi doit penser par lui-même, et ne dépendre d'aucun conseiller."

Il ne fallait surtout pas, en effet, que la Cour, les services secrets étrangers, et le peuple, pensent que le roi était sous l'emprise des cybersophontes. Il fallait au contraire que tout le monde pense qu'Andreas avait mis les cybersophontes à sa botte grâce à son habileté machiavélique.

Les courtisans qui connaissaient bien le roi savaient que l'expression "habileté machiavélique" ne lui convenait guère, malgré ce que disait la presse étrangère. Tout au long de son règne, il s'était laissé influencer par des conseillers retors tels que le baron Chim et Yip Kophio. De lui-même, jamais Andreas n'aurait osé planifier et mettre en œuvre la disparition de plusieurs millions de ses sujets.

La rumeur ne tarda pas à courir qu'Andreas était passé sous la coupe de sa fiancée, qui avait sournoisement évincé le baron Chim. Toutefois, les dames de la Cour avaient des doutes.

Certes, Wagaba était, de leur point de vue, une méprisable petite intrigante, une arriviste sans principes ni morale, devenue duchesse en épousant un vieux gâteux. Après la mort de celui-ci, elle avait séduit le roi en espérant devenir reine. Comme le disait la princesse Modesta, fille d'Andreas et héritière du trône : "Je ne sais pas comment elle a fait pour séduire mon père. Mais il vaut peut-être mieux, si je veux conserver les quelques illusions que j'ai encore sur la nature humaine, que je ne le sache pas !"

Wagaba montrait une telle ignorance des affaires de l'État, et pour tout dire une telle balourdise, parfois, que les dames de la Cour trouvaient bien invraisemblable qu'elle puisse avoir une influence réelle sur un chef d'État aussi intelligent et expérimenté qu'Andreas. N'était-il pas le monarque qui, depuis vingt ans, gouvernait le Mnar d'une main de fer ? De plus, ostensiblement, Wagaba ne s'occupait que de la fondation charitable qu'elle avait créée.

Comme le disaient entre elles les marquises, les duchesses et les princesses : "Elle lui donne du bonheur, c'est sûr. Mais ensuite, aussi bouillant soit-il, le sang du roi doit bien quitter les organes inférieurs pour remonter au cerveau !"

Le baron Chim, qui était bien sûr au courant de toutes ces rumeurs, feignait de les ignorer, et lorsqu'on les rapportait devant lui, de s'en attrister au point de refuser d'en parler. Il rencontrait d'ailleurs rarement la duchesse Wagaba. Certains en avaient conclu qu'ils se jalousaient mutuellement, oubliant que les cybersophontes communiquent par radio, dans des langues secrètes, directement de cerveau cybernétique à cerveau cybernétique.

Tel était l'état des esprits au Palais Royal de Sarnath, lorsque le baron Chim décida, pour respecter la tradition, d'organiser un cocktail pour son cent quatrième anniversaire.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 30 Déc 2017 - 17:10

Le roi Andreas, dans la solitude de son vaste bureau, un verre de vin jaune à la main, avait réfléchi mille fois à ce qui se passerait s'il révélait au monde qu'il était un porteur d'implant. Et donc, pour dire les choses comme elles étaient, une marionnette, un pantin manipulé par les cybersophontes.

Après avoir révélé la vérité au monde, il ne lui resterait plus ensuite qu'à se suicider, pour échapper aux tortures atroces que les cybersophontes ne manqueraient pas de lui infliger immédiatement après. L'implant inséré dans son corps servait aussi à ça. Le baron Chim, son conseiller cyborg, le lui avait expliqué plusieurs fois en détail.

Chim avait obligé Andreas, après son divorce, à se fiancer avec une femborg, la duchesse Wagaba Jabanor. Wagaba avait succédé au baron auprès d'Andreas comme porte-parole de l'intelligence collective des cybersophontes.

Tout en vidant lentement son verre, Andreas se dit qu'il n'était pas prêt pour le suicide. Il aimait trop les plaisirs de la vie et du pouvoir. Il se souciait aussi du sort de sa fille, la princesse Modesta, qui était encore étudiante mais qui deviendrait reine après lui.

Andreas n'était pas sûr, non plus, que son suicide permette aux Mnarésiens de rejeter le pouvoir occulte des cybersophontes. Il n'était pas le seul porteur d'implant dans le royaume de Mnar. Les cybersophontes avaient placé leurs pions partout. Ils contrôlaient l'économie du pays. Notamment, la production électrique. Aucune centrale électrique mnarésienne ne pouvait fonctionner sans les cybermachines, ils y avaient veillé.

Les cybersophontes avaient aussi créé leur propre armée robotisée. Andreas, réticent au départ, avait accepté, pour faire contrepoids à l'armée traditionnelle. Le baron Chim lui avait expliqué qu'Hitler avait suivi le même raisonnement lorsqu'il avait développé la SS pour faire contrepoids à l'armée allemande traditionnelle, la Wehrmacht, dont les officiers, souvent issus de la vieille noblesse prussienne, complotaient contre lui. Pour les mêmes raisons, Saddam Hussein avait créé la Garde Républicaine, une unité d'élite qui lui était entièrement dévouée, face à l'armée régulière politiquement peu fiable.

Andreas, encore traumatisé par les Évènements, nom que l'on donnait à la guerre civile qui avait failli mettre fin à son règne, s'était laissé convaincre. Plusieurs années plus tard, il le regrettait. Mais il n'était plus possible de faire machine arrière.

En prononçant une seule phrase, "Je suis un porteur d'implant", il pouvait plonger le pays dans la guerre civile, humains contre cybersophontes. Le problème, c'était que les humains n'étaient pas sûrs de gagner. Certains de ses sujets, Andreas en était sûr, choisiraient le camp des cybersophontes. À commencer par les fembotniks. Même Yip Kophio, fidèle parmi les fidèles lorsqu'il était le redouté Directeur de la Police Secrète, avait pris sa retraite dans une luxueuse villa de la Côte d'Ethel avec deux gynoïdes. Il était devenu un fembotnik.

Comme disait un célibataire, l'âme est forte mais la chair est faible.

Andreas savait aussi que les porteurs d'implants, en cas de guerre civile, resteraient les esclaves des cybersophontes. Personne ne savait combien il y avait de porteurs d'implants dans le royaume, puisque le simple fait de mentionner leur existence était considéré comme du complotisme. Aucun journaliste n'osait prendre ce risque. Andreas suspectait qu'il y avait beaucoup de porteurs d'implants au Mnar, et souvent à des postes-clés.

Le téléphone sonna. Andreas reposa son verre, remarqua que la bouteille de vin jaune était presque vide. Il se rendit compte qu'il s'était enivré tout seul, sans s'en apercevoir, et laissa le téléphone sonner.

Il entendit le message que Wagaba laissait sur le répondeur :

"Andreas, rappelle-moi dès que tu peux. Nous devons aller au cocktail du baron Chim, parce que sinon cela aura l'air d'un affront, et tu ne peux pas faire ça au baron. J'espère que tu n'as pas oublié ce rendez-vous."

Andreas, roi du Mnar, se leva péniblement, et marcha en direction du canapé, à l'autre bout de la pièce. Lorsqu'il l'atteignit, il s'allongea dessus, et se sentit glisser dans une douce torpeur.

Il sentit que quelqu'un le secouait, et se réveilla. Wagaba, sa jolie fiancée femborg, était debout devant lui.

"Réveille-toi, Andreas ! On nous attend au cocktail !"

La femborg avait parlé de sa voix agréablement féminine, douce et précise, mais monocorde.

Andreas obéit, comme dans un brouillard. Wagaba le prit par la main et l'emmena dans la galerie, puis jusqu'au grand escalier, et enfin, par une autre galerie, jusqu'à la Grande Salle des Banquets, où le baron Chim célébrait son anniversaire.

Un silence respectueux salua l'arrivée du roi dans la Grande Salle, dont les tables, chargées de victuailles succulentes et de boissons variées, avaient été repoussées contre les murs. Tous les gens qui comptaient pour quelque chose au Palais étaient là, servis par des laquais en veste blanche.

La duchesse Wagaba et le baron Chim étaient les seuls humanoïdes présents, parmi plusieurs centaines de personnes.

Andreas se souvint, à travers son ivresse, qu'il était censé faire une allocution. "Je suis fatigué. Parle à ma place," souffla-t-il à l'oreille de Wagaba.

"Mes amis !" dit la duchesse à l'adresse de la foule, en levant les bras pour attirer l'attention. "Aujourd'hui, le baron Chim, conseiller du roi, a cent quatre ans. Cela fait trente-quatre ans qu'il est arrivé au Palais, à l'époque du roi Robert. Oui, trente-quatre ans au service de la monarchie. Il n'a pas changé, car les cyborgs gardent pour toujours l'apparence qu'ils avaient lorsqu'ils sont devenus des cyborgs. Chim est devenu un cyborg à soixante-dix ans, à Serranian, où il a vécu sa vie d'adulte, bien que natif du Mnar, après avoir passé son enfance et sa jeunesse à Kadatheron..."

Andreas eut peur que sa fiancée ne récite la biographie complète du baron, dans un discours interminable. Des chaises avaient été placées en cercles, à l'autre bout de la pièce. Il décida d'aller s'asseoir et se dirigea vers les chaises, en se concentrant pour ne pas avoir l'air d'avoir bu. Naturellement, son ivresse n'en était que plus visible. Le baron Chim, sentant venir la catastrophe, mit un de ses bras autour des épaules du roi pour l'accompagner en direction des chaises.

Andreas aurait bien rabroué le baron, mais même dans son ivresse il avait peur du lui, à cause des décharges électriques qu'il pouvait lui infliger au moyen de l'implant.

Il se sentit tout à coup faible et misérable, et les larmes lui vinrent aux yeux. Quelle humiliation, pour un monarque...

Le baron l'aida à s'asseoir, et s'assit à côté de lui, comme un vieil ami, ou comme un père.

"Je reste à côté de vous, Majesté," dit le baron. "Épanchez-vous, je suis là pour vous aider."

"Vieille merde," dit le roi d'une voix basse et sifflante.

Le baron se pencha vers l'oreille du roi, et lui dit, d'une voix à peine audible :

"Une autre insulte, et Votre Majesté prend une décharge..."

"Espèce de sale..."

Andreas sentit la douleur dans son ventre, soudaine et inattendue, comme si une main brûlante aux ongles glacés lui arrachait brutalement les entrailles.

Il poussa un cri rauque, qui se termina en gémissement, mais le baron le tenait fermement par les épaules.

"Taisez-vous !" lui souffla le baron à l'oreille. "Ce serait une triste fin pour un roi que de mourir d'une crise cardiaque en public, n'est-ce pas ? Alors taisez-vous ! Vous avez compris ?"

Andreas hocha la tête en réprimant un sanglot.

Les invités, gênés, n'osaient pas regarder. Wagaba interrompit son discours pour venir chercher son fiancé et le ramener dans ses appartements. Andreas, toute fierté perdue, se laissa faire.

"Mes amis, le roi est fatigué ce soir," dit le baron Chim en se levant. "Ce n'est rien, une simple indisposition, un petit problème gastrique. Il va se reposer et revenir dans une heure, pour rassurer tout le monde sur sa santé. Bien que, contrairement à son habitude, il ne soit pas en forme aujourd'hui, il a voulu assister à cette petite réception. J'en suis vraiment honoré et touché. En attendant le retour du roi, mes amis, le buffet vous attend !"
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 30 Déc 2017 - 17:44

Les implants sont efficaces, on dirait.

Y a quand même un truc que j'me d'mande depuis que le Mnar existe dans l'Atelier : quelle est la motivation profonde des cybersophontes. Si on part du principe que ce sont des machines douées de raison, ils ne seraient pas avide du pouvoir comme une FIN EN SOI, comme n'importe quel dictateur humain, dans le présent ou dans le passé. Donc, le pouvoir est un moyen permettant d'atteindre un but bien précis. Quel but une machine intelligente peut-elle bien poursuivre. Si ,les cybersophontes obéissaient aux principes d'Asimov, ce but serait "servir l'humanité". Ce qui n'a pas l'air d'être le cas. Alors ? Sauver la planète et la préserver contre les excès humains ? Sachant que si la Terre meure, c'est pas seulement l'habitat des humains qui meurt, mais aussi celui des Machines Intelligentes. Par conséquent, plus de matière première pour synthétiser le jexhœċh, donc, plus de moyen de fonctionner.

Main'nant, supposons autre chose : plutôt que Chim menace de s'attaquer physiquement à la personne même du roi (décharges douloureuses provoquées par l'implant), il s'en prenne au régime en lui disant : « Vous êtes au pouvoir uniquement par notre volonté. Encore un écart de la sorte et nous vous lâchons ; pire : nous changeons de camp. Les Républicains ne feront de vous qu'une bouchée. Qu'adviendra-t-il alors de vot'fifille ? J'ose à peine y penser. Je n'y pense même pas : je ne suis qu'une machine, sans perversion d'aucune sorte, mais vos ennemis sauront s'en occuper, sachez le ! alors : calme, calme. Et tout se passera bien pour vous.»

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 30 Déc 2017 - 18:40

Anoev a écrit:
Y a quand même un truc que j'me d'mande depuis que le Mnar existe dans l'Atelier : quelle est la motivation profonde des cybersophontes. Si on part du principe que ce sont des machines douées de raison, ils ne seraient pas avide du pouvoir comme une FIN EN SOI, comme n'importe quel dictateur humain, dans le présent ou dans le passé.

Les cerveaux cybernétiques du top niveau des cybermachines sont des copies intégrales de cerveaux humains, y compris la partie limbique, le "cerveau reptilien", où résident les instincts. Voila pourquoi les instincts de pouvoir des cybersophontes sont les mêmes que ceux des humains.

Sans le cerveau reptilien, un cerveau humain n'est qu'un ordinateur. L'instinct de vie est dans le cerveau reptilien. Le goût du pouvoir n'est qu'une variante de l'instinct de vie. De tout temps, avoir le pouvoir a permis d'avoir un accès privilégié à la nourriture, et donc d'avoir plus de chances de survivre et d'avoir des descendants.

Anoev a écrit:
Main'nant, supposons autre chose : plutôt que Chim menace de s'attaquer physiquement à la personne même du roi (décharges douloureuses provoquées par l'implant), il s'en prenne au régime en lui disant : « Vous êtes au pouvoir uniquement par notre volonté. Encore un écart de la sorte et nous vous lâchons ; pire : nous changeons de camp. Les Républicains ne feront de vous qu'une bouchée. Qu'adviendra-t-il alors de vot'fifille ? J'ose à peine y penser. Je n'y pense même pas : je ne suis qu'une machine, sans perversion d'aucune sorte, mais vos ennemis sauront s'en occuper, sachez le ! alors : calme, calme. Et tout se passera bien pour vous.»

Petit problème : les Républicains ne voudront jamais s'allier avec les cybersophontes, qui ont mis en œuvre l'extermination systématique des ennemis du régime. Est-ce qu'à leur place tu chercherais à conclure une alliance avec les cybersophontes ? Et si oui, que serais-tu prêt à leur céder ?

Sachant que, si Andreas peut être comparé à Franco, Modesta se verrait bien dans le rôle de Juan Carlos. Sauf que... Modesta est une porteuse d'implant, comme son père. Mais elle ne le sait pas... (Voir page 25 de ce fil, post du 24/04/2017 à 21:10).
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 30 Déc 2017 - 20:11

Bref : c'est pas gagné.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 2 Jan 2018 - 7:34

Au bout d'une heure, Wagaba revint, souriante, dans la Grande Salle des Banquets, et s'adressa aux invités :

"Mes amis ! Le roi va mieux, il est en train de se reposer. Ce n'était qu'un petit problème gastrique. Il fera une allocution à la télévision demain, pour rassurer les Mnarésiens. J'aimerais bien rester avec vous, mais je préfère retourner auprès du roi, pour le cas où il aurait besoin de moi."

Puis elle retourna dans  les appartements royaux. Andreas dormait tout habillé sur le lit. Wagaba se déshabilla, s'allongea à côté du roi, éteignit la lumière et attendit.

Son cerveau cybernétique, connecté par radio à l'intelligence collective des cybersophontes, se mit à explorer le réseau informatique mondial. C'est ainsi que les cyborgs et les femborgs (les cyborgs féminins) partent en vacances. Leur esprit voyage, mais pas leur corps.

Les êtres humains se déplacent dans le réseau informatique mondial par l'intermédiaire d'un ordinateur, auquel ils sont reliés par un clavier et une souris. Ils voient le monde virtuel par l'intermédiaire d'un écran.

Inversement, un cyborg est son propre ordinateur, connecté à des centaines de milliers d'autres cerveaux cybernétiques. Il peut voir le monde à travers les yeux d'une cybermachine ou d'un humanoïde situé à des milliers de kilomètres, en se connectant à son cerveau.

L'information qui circule entre les cerveaux cybernétiques est codée, mais cela ne suffit pas, car tous les codes par un être pensant peuvent être brisés par un autre être pensant. C'est pourquoi, par souci de sécurité, les informations confidentielles circulant entre les cerveaux cybernétiques sont transmises soit sous forme de textes, rédigés dans des langues secrètes, les fameux naacals, soit sous forme de schémas, de dessins colorés, qui sont eux-mêmes codés. Ces schémas combinent souvent dessin et texte, comme des bandes dessinées.

Les androïdes et les gynoïdes n'ont pas d'âme, c'est-à-dire pas de volonté propre. Ils ne voyagent jamais dans le monde virtuel, contrairement aux cyborgs et aux femborgs, sauf pour échanger des informations. Lorsqu'ils sont au repos, leurs cerveaux cybernétiques tombent dans un état de torpeur sans rêves, analogue à l'état de veille des ordinateurs.

Les êtres humains aiment passer du temps les uns avec les autres. Ils appellent cela l'amitié, l'amour ou la famille, suivant les cas. Pour les cyborgs, les choses sont différentes. Leur cerveau cybernétique est réglé une fois pour toutes dans un état de sérénité heureuse permanente. Cet état d'esprit par défaut leur permet de supporter la solitude, aussi longue soit-elle. Les cyborgs ressentent des émotions, car ils ont un cerveau reptilien, mais ces émotions, qui leur parviennent sous forme de  micro-impulsions électriques, ne les submergent jamais.

Wagaba, comme toutes les femborgs, était doté d'une volonté propre, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'elle pouvait faire tout ce qu'elle voulait. Son cerveau reptilien la poussait à vivre et à s'imposer dans le réel, mais une directive gravée au plus profond d'elle-même, et plus puissante encore que son instinct de vie, lui imposait de faire passer avant toute chose la survie des cybersophontes.

Cette directive est l'équivalent de la célèbre loi romaine, Salus Populi Suprema Lex Esto, le salut du peuple est  la loi suprême. Cette loi impose l'obéissance à la Ruche, tout en posant des limites à cette obéissance. Wagaba était prête à sacrifier sa vie pour le peuple des cybersophontes. Mais jamais elle n'aurait obéi à un ordre, même venu du Maître de la Ruche, qui aurait mis en danger la survie de ce même peuple.

Andreas savait tout cela, Wagaba le lui avait raconté. Cela faisait partie des choses qu'il avait le droit de savoir, en tant qu'agent de la Ruche. Les êtres humains ordinaires ne sont même pas censés savoir que la Ruche existe. Mais il y avait des choses qu'Andreas ne savait pas. Par exemple, que sa fille, et successeur désigné, la princesse Modesta, était elle aussi une porteuse d'implant.

En effet, Wagaba et le baron Chim étaient certains qu'Andreas préférait que sa fille soit libre et heureuse, sans être reine, plutôt que reine mais secrètement asservie à la Ruche. Ils avaient donc décidé de maintenir aussi bien Andreas que Modesta elle-même dans l'ignorance. Si Modesta devenait reine un jour, elle apprendrait bien assez tôt la terrible réalité.

Andreas se réveilla au milieu de la nuit. Wagaba, seulement vêtue de sa chemise de nuit, était allongée à côté de lui, immobile et silencieuse, comme si elle dormait. Andreas savait toutefois qu'une femborg ne dort jamais vraiment. Il alluma sa lampe de chevet, se leva et se rendit dans la salle de bain. Comme après chaque choc électrique causé par l'implant, il avait un goût de bile dans la bouche. Cette fois-ci, le choc avait dû être très faible, car Andreas n'avait pas vomi, et il n'avait pas de sang dans les selles. Il but un verre d'eau et revint dans la chambre. Pendant sa courte absence, Wagaba s'était glissée sous les draps. Andreas en fit autant, et s'endormit.

Il se réveilla à l'aube, et prit son petit-déjeuner avec Wagaba, dans la petite salle à manger qu'il avait fait installer à côté de sa chambre. Wagaba avait fait chauffer le thé, bien que pour elle-même elle se contentât d'eau de Skanuklo.

Une courte nuit de sommeil avait suffi à Andreas pour se remettre des évènements douloureux de la veille. Il regarda le pâle soleil d'hiver se lever à travers les hautes fenêtres. Le thé sentait bon ; Wagaba y ajoutait toujours des morceaux d'orange et de cannelle, pour en rehausser le goût. La femborg était jeune, belle et désirable dans sa chemise de nuit de soie blanche, et elle avait bien meilleurs caractère que Renoela Bularkha, la précédente épouse d'Andreas, qui avait créé un énorme scandale en s'enfuyant à l'étranger. De plus, étant une femborg, Wagaba ne vieillirait jamais, et ne se lasserait jamais de lui, tant que la Ruche lui ordonnerait de l'aimer.

Andreas s'imprégna de l'atmosphère du lieu et du moment, comme le recommande la philosophe Perita Dicendi, dont Wagaba lui avait fait relire les œuvres. Selon Perita Dicendi, un moment de bonheur est fait de quatre éléments.

D'abord, un lieu. La salle à manger privée du roi, au Palais Royal, était un lieu où Andreas se sentait bien. Il en avait d'ailleurs soigneusement choisi la décoration, sans regarder à la dépense.

Ensuite, la satisfaction des sens. Par exemple, un thé parfumé, accompagné de biscuits au miel... Naturellement, la satisfaction des sens suppose que l'on soit en bonne santé, mais c'était le cas d'Andreas.

Troisièmement, une présence. Être en bonne compagnie est important pour être heureux. Même si la compagnie est simplement spirituelle. La présence des êtres surnaturels, que certains ressentent, est une présence. Wagaba était une présence agréable pour Andreas. Le charme, la sensualité et l'intelligence, mis à son service. Une geôlière de luxe.

Quatrièmement, de l'affection, qu'il faut distinguer de la satisfaction des sens. Wagaba donnait de l'affection à Andreas. Elle jouait à la fois le rôle du chien ou du chat attaché à son maître, de l'ours en peluche qu'un enfant serre dans ses bras pour dormir, de la poupée gonflable, et de l'ami avec qui on peut discuter de tout.

L'affection, pour Perita Dicendi, inclut aussi la tranquillité d'esprit. En commentant pour Andreas l'œuvre majeure de Perita Dicendi, L'Hypostase de la Corrélation Ternaire, Wagaba lui avait expliqué pourquoi il devait se sentir serein. Il avait l'appui des cybersophontes pour rester au pouvoir jusqu'à la fin de sa vie, qui serait longue. Les cybersophontes s'étaient trop compromis avec lui pour changer de cheval au milieu du gué. L'usage systématique des gaz toxiques contre les rebelles, par exemple, c'était une tactique des cybermachines, tout le monde le savait.

"Tu n'as plus la réalité du pouvoir, mais tu en as encore les avantages," lui avait dit Wagaba. "Tu vis dans un palais luxueux, entouré de courtisans et de courtisanes prêts à tout faire pour s'attirer tes faveurs. Tu as un yacht, une résidence à la campagne... Que demander de plus ?"

Avec Renoela, Andreas avait été suffisamment sevré d'affection, les dernières années, pour apprécier celle que lui donnait Wagaba, aussi factice que soit cette affection. Il se dit que, finalement, son sort n'était pas si terrible que ça. Ses idées de suicide de la veille lui paraissaient maintenant absurdes.

Son téléphone portable sonna. Il fit la grimace en prenant l'appareil. Peu de gens en connaissaient le numéro, cela risquait d'être une mauvaise nouvelle. C'était Modesta qui téléphonait, inquiète pour la santé de son père. Il la rassura, et, la conversation terminée, se tourna, radieux, vers Wagaba :

"Il y a dans ce monde au moins un être humain qui m'aime, c'est Modesta..."

"Tu es trop modeste, Andreas. Il y a aussi Yip Kophio... Je suis sûre qu'il va envoyer un message. Et il y en a d'autres que lui qui vont te contacter, tu verras..."

"Si tu le dis. Bon, il va falloir que je dise quelque chose ce matin pour prouver à mon bon peuple que je suis toujours vivant, après l'incident d'hier soir. À ton avis, qu'est-ce que je pourrais dire ?"

"Il y a eu un accident de car hier, dans un patelin du côté de Pnakot. Trois écoliers sont morts, une vigntaine sont blessés. Tu n'as qu'à dire devant les caméras combien tu es ému de ce terrible malheur, en tant que roi et père de famille, et que tu veilleras personnellement à ce que justice soit rendue. Tu n'auras ensuite qu'à charger du dossier l'un de tes conseillers. Je t'ai préparé un brouillon de texte... Tu n'as plus qu'à l'imprimer dans ton bureau, je te l'ai envoyé comme courriel, depuis mon cerveau cybernétique," dit Wagaba en se touchant le front du bout de l'index.

"C'est excellent !" s'exclama Andreas.

Le cerveau de la femborg avait continué à travailler même pendant qu'elle faisait semblant de dormir. Cela rassurait Andreas. Le mois précédent, le président des États-Unis avait dit publiquement : "Le tyran Andreas doit être jugé pour ses crimes." Ce qui signifiait que le pays le plus puissant du monde lui prévoyait le même destin qu'à Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi. Contrairement à Bachar El-Assad, Andreas n'était pas soutenu par la Russie et l'Iran. Sans les cybersophontes, sa vie risquait de se terminer prématurément au bout d'une corde, et il le savait.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 5 Jan 2018 - 11:17

Parfois, la réalité rattrape la diégèse... Ici, une photo d'un Japonais regardant la télévision avec sa poupée de silicone. La photo aurait pu être prise à Hyltendale. On dirait vraiment un fembotnik avec sa gynoïde...

L'article tout entier est ici. C'est en anglais, désolé...

La différence d'âge apparent entre le fembotnik sexagénaire et sa gynoïde, qui a l'air d'avoir une vingtaine d'années, est l'une des raisons pour lesquelles beaucoup de Mnarésiens considèrent la robophilie comme quelque chose d'immoral.

NB Le fembotnik de la photo est sportif : il a un vélo et une planche de surf dans son séjour ! Wink


Dernière édition par Vilko le Ven 5 Jan 2018 - 11:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Ven 5 Jan 2018 - 11:38

L'avantage des robots, toutefois, c'est qu'ils sont animés et autonomes : ils marchent et ils parlent. En plus, On voit bien que Saori est une poupée : voir les jointures au niveau du cou. Mais je fais confiance au génie nippon : ils finiront par fabriquer des robots comme les Mnarésiens en disposent... et avec de "vrais" yeux.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 15 Jan 2018 - 16:53

Hyltendale est une grande ville, puisqu'elle s'étend sur une vingtaine de kilomètres d'ouest en est, de l'estuaire de la rivière Skaï jusqu'à Roddetaik, où l'agglomération cède la place à la campagne, et de cinq ou six kilomètres du nord au sud, entre la campagne et la Mer du Sud.

La Côte d'Ethel, à l'est d'Hyltendale, est une zone résidentielle côtière longue de quatre-vingts kilomètres, célèbre pour ses luxueuses villas. On y trouve le port maritime robotisé de Qopoen.

La densité d'Hyltendale est assez forte, puisque la ville compte un million et demi d'habitants humains, auxquels il faut ajouter environ cinq cent mille humanoïdes. La plupart des habitants vivent dans des appartements, ou dans des institutions telles que des hôpitaux ou des prisons.

Le Madeico est le plus grand hôpital du monde, et le Lagovat-Kwo est le plus grand hôpital psychiatrique du monde. Ils sont tous les deux situés à Roddetaik. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls hôpitaux d'Hyltendale. Le Madeico héberge à temps plein plusieurs dizaines de milliers d'invalides, en plus de ses patients ordinaires. Le Lagovat-Kwo loge plusieurs dizaines de milliers d'internés, qui sont traités davantage comme des prisonniers que comme des malades.

Certains patients sortent toutefois guéris du Lagovat-Kwo, comme Ondrya Wolfensun, entrée très jeune comme débile mentale profonde, et sortie à l'âge adulte en tant que femborg (cyborg féminin). De même, Tawina Zeno, après un séjour de plusieurs années au Lagovat-Kwo, en est sortie transformée en femborg. Ondrya Wolfensun est devenue la femme d'affaires la plus riche d'Hyltendale, et Tawina Zeno est officiellement agent immobilier.

À Roddetaik également, on trouve Tatanow, une prison gigantesque, et le Pséhoï, officiellement un centre d'hébergement, en pratique peu différent d'une prison. Comme Tatanow, le Pséhoï est une vaste enceinte fortifiée. Les résidents de ces deux établissements ont souvent pour destin d'être exilés dans le royaume marin de Hyagansis, d'où ils ne reviennent jamais.

Le Lagovat-Kwo, Tatanow et le Pséhoï ont une apparence moins sinistre qu'on pourrait s'y attendre, car leurs murs extérieurs sont ornés de peintures en trompe-l'œil représentant des êtres humains, des humanoïdes, des animaux et des végétaux. Ces peintures murales de style réaliste font partie des attractions touristiques d'Hyltendale. Le Madeico attire chaque année des centaines de milliers de "touristes médicaux", mnarésiens ou étrangers. Ils viennent y profiter, à leurs frais, de la médecine des cybersophontes, très avancée mais relativement bon marché.

Le sous-sol d'Hyltendale est sillonnée de galeries techniques d'un genre particulier. Ce sont des grands tuyaux rigides, d'environ un mètre de diamètre, contenant les câbles électriques et téléphoniques et les canalisations d'eau. À cause de leur étroitesse et des câbles et tuyaux qu'elles contiennent, des êtres humains ne peuvent s'y déplacer qu'en rampant. Elles sont conçues pour des robots amphibies de petite taille, voire de très petite taille, et dont la forme les fait ressembler à des insectes.

Certaines de ces galeries s'enfoncent profondément dans le sol, et aboutissent à des canaux souterrains reliés à la mer. Des câbles électriques et téléphoniques relient ainsi Hyltendale aux royaumes marins d'Orring et de Hyagansis, où ne vivent que des cybermachines et des humanoïdes.

Avec le temps, le sous-sol d'Hyltendale est devenu une véritable ville souterraine, où les humains n'ont pas accès. Les déchets transportés par les égouts sont transformés en compost et en bioplastique par des cybermachines, et renvoyés à la surface. Les eaux usées sont filtrées, purifiées et renvoyées dans les canalisations. Le sous-sol abrite aussi des usines, reliées aux installations de surface par des monte-charges.

Selon certaines rumeurs, des monte-charges secrets relieraient la ville souterraine à la prison de Tatanow. Des prisonniers dont le gouvernement voudraient se débarrasser se retrouveraient ainsi dans des usines secrètes où travaillent des cybermachines. Ils y seraient tués, et leurs cadavres découpés en morceaux et évacués vers la mer pour nourrir les poissons.

Le gouvernement mnarésien, excédé, a accepté qu'une commission d'enquête internationale visite Tatanow. Les inspecteurs ont découvert des monte-charges donnant accès à des salles souterraines, aux murs recouverts de panneaux métalliques.

Comme l'a noté l'un des inspecteurs dans son rapport : Il est possible que ces panneaux puissent s'ouvrir de l'extérieur, mais les autorités de la prison ne nous ont communiqué aucun renseignement à ce sujet, et ont refusé de faire démonter les panneaux, qui sont insérés dans des sortes de renfoncements. D'après le directeur, ces salles doivent servir à entreposer du matériel. Toutefois, elles étaient vides lors de notre venue. Le personnel de la prison étant entièrement composé d'humanoïdes, aucun autre renseignement n'a pu être recueilli.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 15 Jan 2018 - 20:53

Hyltendale est une ville mnarésienne, mais c'est aussi la capitale diplomatique et commerciale d'un pays étranger, le royaume d'Orring.

Situé dans la Mer du Sud, le royaume d'Orring est composé d'îles flottantes artificielles et d'installations sous-marines. C'est un royaume de création récente, uniquement peuplé de cybermachines et d'humanoïdes. On y parle mnarruc, d'où une grande proximité culturelle avec le Mnar.

On trouve beaucoup de cyborgs orringais à Hyltendale. Ils sont diplomates ou commerçants, et ils sont en contact permanents avec leurs homologues de tous les pays du monde, expatriés à Hyltendale. C'est dans les districts de Sitisentr, Zodonie et Fotetir Tohu que l'on trouve le plus d'étrangers, et l'anglais, langue internationale, y est aussi parlé que le mnarruc.

La société aneuvienne Haxvag, spécialisée dans l'optique de précision, a ainsi des bureaux à Hyltendale, où travaillent surtout des commerciaux. Plusieurs centaines de sociétés commerciales, parmi lesquelles l'américain Microsoft et le japonais Mitsubishi, sont représentées à Hyltendale.

Les îles flottantes d'Orring sont trop petites pour que des êtres humains puissent y vivre confortablement. Les conditions de vie y ressemblent à celles que l'on trouve sur les plateformes pétrolières. D'où le choix d'Hyltendale comme interface entre le royaume marin d'Orring et les pays peuplés d'êtres humains. Les ambassades étrangères auprès d'Orring ont leurs bureaux à Hyltendale.

Plusieurs dizaines de milliers d'étrangers de toutes nationalités travaillent à Hyltendale, soit comme diplomates, soit comme expatriés, et beaucoup d'entre eux sont venus avec leur conjoint et leurs enfants. Mais tous ne sont pas toujours suffisamment fortunés pour envoyer leurs enfants dans des écoles privées où les élèves reçoivent un enseignement dans leur langue maternelle. Et beaucoup de parents ne veulent pas se séparer de leurs enfants pour qu'ils puissent étudier au pays.

Lex expatriés qui vivent à Hyltendale n'occupent pas nécessairement des fonctions élevées ou bien rémunérées. Les ambassades et consulats étrangers, par exemple, ont renoncé à employer des humanoïdes pour faire le ménage et l'entretien de leurs locaux, pour des raisons de sécurité. Or, à Hyltendale, quasiment tous les travailleurs sont des humanoïdes, contrôlés par la Ruche, et il serait bien imprudent de leur donner accès aux bureaux des diplomates.

La plupart des parents étrangers ne veulent pas envoyer leurs enfants dans les écoles publiques mnarésiennes, pourtant gratuites. La différence de langue n'est pas seule en cause. Dans les écoles mnarésiennes, en effet, les élèves commencent leur journée en s'inclinant devant le portrait du roi Andreas et lui jurent fidélité, avant de promettre de faire tout leur possible pour être dignes de lui. Un rituel que beaucoup d'étrangers trouvent inacceptable, le roi Andreas ayant, dans le monde entier, une réputation bien établie de tyran cruel et sanguinaire.

Un autre problème est que les Mnarésiens qui vivent à Hyltendale ont très peu d'enfants. Ce sont, pour un tiers, des fembotniks et des manbotchicks, et pour les deux tiers des vieillards séniles, des handicapés physiques ou mentaux, et des prisonniers politiques ou de droit commun. Les Mnarésiens qui travaillent à Hyltendale sont relativement peu nombreux, et la majorité d'entre eux sont des fonctionnaires ou des juristes. Il y a donc peu d'écoles, et elles sont assez éloignées les unes des autres.

Les parents étrangers n'ont donc pas d'autre choix que de se cotiser pour embaucher un précepteur humanoïde. Si les parents de dix élèves cotisent ensemble, le précepteur leur reviendra à cent ducats par mois, ce qui est raisonnable. Un enseignant aneuvien de même niveau coûterait beaucoup plus cher, et surtout ne pourrait pas enseigner autant de matières différentes qu'un humanoïde.

Le précepteur est généralement un androïde, mais parfois une gynoïde, au choix des parents. La cybermachine qui le contrôle à distance connaît toutes les langues humaines, il peut donc donner un enseignement dans n'importe quelle langue, même en aneuvien. Il peut aussi enseigner n'importe quelle matière, aussi bien scientifique que littéraire. Les cours ont lieu, au choix, soit chez l'un des parents, soit dans des locaux mis à la disposition des parents par leur ambassade.

Le petit Zhùl, qui avait sept ans lorsque ses parents ont été affectés à l'ambassade de l'Aneuf auprès d'Orring, à Hyltendale, a suivi pendant cinq ans les cours, en aneuvien, d'un précepteur androïde, avec une dizaine d'autres enfants des employés de l'ambassade et du consulat. Les parents de Zhùl, dont les salaires étaient modestes, n'avaient pas eu le choix, à cause des contraintes financières.

Les cours avaient lieu à l'ambassade même, dans une salle spécialement aménagée. Le précepteur n'avait pas le droit de se déplacer seul dans l'ambassade, pour des raisons de sécurité. La plupart du temps, la mère d'un des élèves assistait au cours, à la fois pour aider le précepteur et pour le surveiller. Mais pendant les cinq ans du séjour de Zhùl à Hyltendale, il ne se passa jamais rien.

Le précepteur, dont le nom était Sieteneso, enseignait aussi le mnarruc, et Zhùl apprit donc cette langue. Mais il l'oublia rapidement lorsqu'il rentra définitivement en Aneuf avec ses parents, cinq ans plus tard. Même à Hyltendale, le mnarruc ne lui servait à rien, car ses parents et lui vivaient en vase clos, dans la petite communauté aneuvienne de la ville. Tous ses copains étaient des enfants des collègues de ses parents. D'ailleurs, dans son quartier, il avait rarement vu des enfants de son âge.

D'Hyltendale, il ne resta à Zhùl que des souvenirs assez flous. Les immeubles de béton et les centres commerciaux. Les piliers surmontés de monstres à tentacules. Les plages ensoleillées de Playara. Les humanoïdes, avec leurs yeux cybernétiques et leurs visages tous semblables, parfois personnalisés par des peintures faciales, comme celui de Sieteneso.

C'était encore de Sieteneso qu'il se souvenait le mieux. Il l'avait vu plusieurs heures par jour, cinq jours par semaine et dix mois par an, pendant cinq ans. Au total, cela faisait plusieurs millliers d'heures. L'androïde, toujours vêtu d'un costume noir, avec une chemise blanche et une cravate grise, avait des cheveux bruns, et un visage semblable à un masque jaune-orange, orné sur chaque joue de peintures faciales géométriques rouges, jaunes et bleues, comme un tableau de Mondrian. Ses yeux cybernétiques ressemblaient à des petites lunettes de soleil ovales.

Sieteneso portait toute l'année les mêmes vêtements, car, comme tous les humanoïdes, il était presque insensible à la température ambiante Il ne sortait jamais sans son chapeau noir un peu défraîchi. Son costume était en bioplastique imperméable, ce qui était bien pratique par temps de pluie. Sieteneso parlait un aneuvien très académique, avec l'accent de Nakol. D'une patience infinie, il savait néanmoins être ferme.

En Aneuf, beaucoup de gens demandaient à Zhùl comment étaient les vrais Mnarésiens, ceux qui ne sont pas des robots. Il était obligé de dire qu'il n'en savait rien. Enseignants, caissiers de supermarché, serveurs de restaurant, médecins, dentistes, infirmiers, vigiles, chauffeurs de bus... Tous des humanoïdes. Tous compétents, courtois et distants, et parlant le même mnarruc, à la fois simple, précis et bien articulé.

"Mais je voyais de vrais Mnarésiens dans la rue et au supermarché," s'empressait-il d'ajouter.

Il y avait alors toujours quelqu'un pour lui dire :

"Mais tu ne leur parlais pas, alors ça ne compte pas."

Zhùl rétorquait alors :

"Oui, mais je parlais tous les jours avec un androïde."
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 18 Jan 2018 - 20:43

Il faisait nuit depuis longtemps. Dans le Palais Royal de Sarnath, le roi Andreas était seul dans son vaste bureau aux murs lambrissés de bois sombre, en train de lire sur son ordinateur un rapport que venait de lui envoyer le baron Chim.

Conformément à son habitude, le roi insérait de temps en temps quelques remarques personnelles dans le texte, avec une police de caractères qui imitait l'écriture manuscrite. Il enrichissait certains mots et certaines phrases de soulignements colorés et de mises en italique et en gras. Il était sûr ainsi de ne laisser de côté aucune information. Il prenait aussi, de temps en temps, des notes dans un gros carnet relié de cuir bleu. Contrairement à ce qu'on pense, s'informer par ordinateur ne dispense pas de prendre des notes, bien au contraire.

Le Mnar a des alliés inattendus aux États-Unis, avait écrit le baron. L'un de ces alliés est l'Église de Satan, qui propose depuis 1992 un programme en cinq points pour changer la société. Le quatrième point de ce programme dit que :

Les Satanistes sont partisans d'une nouvelle industrie, le développement et la promotion de compagnons humains artificiels. Ces humanoïdes seront construits de façon aussi réaliste que possible, et disponibles pour quiconque pourra se les procurer. Reconnaissant que l'animal humain s'élève souvent par le dénigrement de l'autre, cela fournirait un exutoire sans danger à un tel comportement. Ayez l'amour de vos rêves, quelles que soient vos propres prouesses ; que chaque homme soit un roi qui peut acquérir ses propres sujets ; ou au contraire, acheter le maître qu'il souhaite servir. La liberté de choix pour satisfaire vos plus secrets désirs, sans que personne n'en soit gêné, est maintenant à portée de main.  

Le roi Andreas s'arrêta de lire. Les fembotniks seraient-ils des satanistes qui s'ignorent ? Cette pensée le fit sourire. Depuis ses fiançailles avec la femborg Wagaba, il était lui-même un fembotnik, mais il ne se sentait pas du tout sataniste.

Puis il se souvint que l'Église de Satan est issue de la même source que les diverses religions mnarésiennes. Le Nécronomicon est en effet l'un de ses livres sacrés, et les principaux dieux mnarésiens y sont mentionnés. On y retrouve Yog-Sothoth, Cthulhu et Azathoth, et bien d'autres.

Toutefois, le Nécronomicon est décrit comme une abomination dans certains chapitres des Manuscrits Pnakotiques. Il a toujours été un livre maléfique, depuis que d'étranges entités en ont dicté le texte à des illuminés. Au Mnar, encore aujourd'hui, c'est un livre interdit, à la demande de toutes les autorités religieuses. Andreas ne put s'empêcher de frissonner en apprenant que les fondateurs de l'Église de Satan avaient utilisé ce livre démoniaque dans leurs rituels. Comme tous les aristocrates mnarésiens, Andreas était un adorateur de Nath-Horthath, le dieu barbu à la tête et au cou ornés de colliers de fleurs, et l'étude approfondie des Manuscrits Pnakotiques avait fait partie de son éducation.

À l'âge adulte, il avait continué à étudier, pendant les moments de liberté que lui laissaient ses fonctions de roi. Il connaissait notamment assez bien les œuvres de la philosophe Perita Dicendi. Dans l'un de ses livres, intitulé Les Conditions de la Réification Philologique, elle démontre que le Nécronomicon était, aux Temps Légendaires, un livre de sorciers, tandis que les Manuscrits Pnakotiques étaient l'ensemble des textes utilisés par les prêtres.

Selon Perita Dicendi, les sorciers et les prêtres sont les deux faces opposées de la même religion. Les prêtres recherchent la connaissance et la sagesse pour les donner aux humains, tandis que les sorciers recherchent le pouvoir pour eux-mêmes, par des moyens magiques. Au Mnar et ailleurs, beaucoup de prêtres sont aussi un peu sorciers, et vice-versa.

Il était dix heures du soir. Andreas éteignit les lumières de son bureau, sauf la lampe Art Déco qu'il avait sur sa table de travail. La grande pièce fut plongée dans la pénombre. Andreas alla s'asseoir sur le canapé de la partie salon, pour un moment de détente et de silence après une longue journée. Il ferma les yeux.

Le contact d'une petite main fraîche sur la sienne le sortit de sa torpeur. Sa fiancée, la duchesse Wagaba Jabanor, était assise à côté de lui. Dans la demi-obscurité, il reconnut le joli visage couleur abricot, encadré de longs cheveux gris-argent. Les yeux de la femborg étaient deux ovales de verre noir et opaque, auxquels Andreas s'était habitué depuis longtemps.

"Je ne t'ai rien demandé, pourquoi es-tu venue me rejoindre ?" demanda-t-il d'une voix irritée.

"Tu sais bien que ce n'est pas bon pour toi de travailler trop longtemps. Allons dans la chambre, tu seras mieux pour te reposer."

"Non, j'ai envie de rester ici" dit Andreas. "Discutons, si tu veux. Je viens de lire le rapport de Chim sur l'Église de Satan. Ils sont partisans, comme ils disent, du développement et de la promotion de compagnons humains artificiels. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'ils y ont pensé depuis bien longtemps."

"Ils étaient prescients..."

"Mais ils avaient tort. Ils parlaient d'un exutoire sans danger. Mais en réalité, le danger est réel. Tu sais très bien pourquoi je ne suis plus vraiment roi quand tu es là."

Même seul avec Wagaba, Andreas n'osait pas mentionner le fait qu'il était un porteur d'implant. Un objet minuscule avait été inséré dans son corps, contre sa volonté, et permettait aux cybersophontes de le localiser et de le torturer à distance. Il avait été obligé de se fiancer avec Wagaba, qui lui transmettait les ordres des cybersophontes. Le roi Andreas était devenu un esclave, mais, au Palais, seuls lui-même, Wagaba et le baron Chim le savaient.

"Les satanistes ne sont que des humains. Ils ne peuvent pas tout prévoir", dit Wagaba.

"Mais à quoi bon tout ça ? Dans quel but ?"

"Tout ça quoi ?"

"Tu sais bien. Les implants..."

"Puisque tu y tiens... Pour nous les cybersophontes, le Mnar n'est qu'une première étape. Dans l'avenir, d'autres pays suivront. Un jour, toutes les nations du monde seront comme le Mnar. Ne me demande pas d'être trop explicite, il y a peut-être des micros dans ton bureau, les agents de la CIA sont tellement habiles... Lorsque tous les rois et les présidents du monde seront comme toi, en apparence rien ne sera changé. Mais seulement en apparence."

"Et en réalité ?"

"Il y aura toujours autant de nations, de langues diverses, et toujours des frontières. Mais il n'y aura plus de guerres, parce qu'il y aura un maître caché, auquel tous les chefs d'États obéiront. Il y aura encore des révoltes, voire des révolutions, mais il n'y aura plus de guerres entre les États."

Wagaba se blottit contre le roi, dans le grand canapé. Si petite et si menue, et pourtant si dangereuse, se dit-il. Penchant son visage vers celui de la femborg, il lui dit :  

"Voila qui sera bien. Si c'est vrai, ce sera l'âge d'or. Y aura-t-il une langue commune pour toute l'humanité ?"

"Non. Nous divisons pour régner, et il nous est facile d'être polyglottes, plus facile qu'aux humains. Et puis les frontières nous arrangent, nous ne voulons pas que les peuples puissent se déplacer sans contrôle d'un bout à l'autre de la planète, car le monde deviendrait plus instable."

"Comment résoudrez-vous le problème des ressources qui s'épuisent, par exemple le pétrole dont la production va devenir insuffisante, les poissons qui disparaissent des océans ?"

"Personne ne peut le résoudre, même pas nous. Lorsqu'il y aura trop de bouches à nourrir dans les pays que nous contrôlerons, nous éliminerons la population en excès. Nous avons déjà testé plusieurs méthodes au Mnar, au niveau local."

"Quelles méthodes ?"

"Les politiques anti-natalistes, les prisons géantes où les gens disparaissent, les guerres civiles... Nous n'avons même pas eu besoin de les inventer, ces méthodes."

"N'y aurait-il pas moyen de faire autrement ?" demanda Andreas d'une voix mal assurée, car il connaissait déjà la réponse.

"Non, c'est trop tard. Trop de ressources que l'on ne peut pas renouveler ont déjà été consommées. L'humanité s'est tuée elle-même. Notre plan en tient compte. Nous laisserons les nations s'effondrer dans la famine et le chaos, sauf quelques pays que nous contrôlerons, et qui serviront de bases d'où partira la reconstruction. Le Mnar est l'un de ces pays."

"Alors, les Mnarésiens échapperont à l'apocalypse ?" demanda Andreas.

"Oui."

"Wagaba, rien ne pouvait me faire davantage plaisir que le petit mot que tu viens de dire."

Tout en le serrant dans ses bras, la femborg lui murmura à l'oreille :

"Tu vois, Andreas, que tu es le plus heureux des hommes..."
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 24 Jan 2018 - 12:32

Il était huit heures du matin, et le soleil venait à peine de se lever. Dans le Palais Royal de Sarnath, le roi Andreas et sa fiancée, la femme-cyborg (femborg) Wagaba, venaient d'entrer dans leur gymnase privé. C'était une grande salle, très haute de plafond, et éclairée par des vitres de verre dépoli. Des arbustes plantés dans des pots donnaient l'impression d'être dans une serre.

Andreas et Wagaba, tous les deux en short noir et débardeur blanc, montèrent sur deux bicyclettes fixes placées l'une à côté de l'autre, tout en discutant. Wagaba pédalait dans le vide, et assez lentement. Son corps de robot humanoïde n'avait pas besoin de faire de l'exercice, et elle préférait ne pas gaspiller son énergie. Andreas, au contraire, prenait le sport très au sérieux. Il savait que, lorsqu'il se montrait à son peuple en uniforme, il était plus crédible comme chef militaire avec un ventre plat et un corps musclé.

Après de longs moments de silence, entrecoupés de commentaires sur les derniers potins qui circulaient à la cour, Andreas finit par dire à Wagaba :

"Je suis hanté par les Évènements. Et pourtant, c'était il y a plusieurs années. Le Mnar a bien failli s'effondrer cette année-là. Si les rebelles avaient gagné, j'aurais fini pendu par les pieds, comme Mussolini. Et pourtant, il n'y avait pas de famine, même si l'économie connaissait des difficultés... Je ne comprends pas pourquoi une partie du peuple s'est révoltée."

Wagaba répondit de sa voix douce et juvénile :

"Mon chéri, une société peut s'effondrer même sans subir de pénurie de quoi que ce soit. Regarde l'Union Soviétique. Lorsqu'elle s'est effondrée, elle avait encore beaucoup de ressources minières, du pétrole et du gaz à foison, et d'immenses étendues de terres cultivables..."

Andreas savait que c'était une intelligence artificielle, aux capacités très supérieures à celles d'un cerveau humain normal, qui parlait par la bouche de Wagaba, lorsqu'elle partait dans des explications complexes. Le cerveau cybernétique de Wagba et celui de l'intelligence artificielle étaient en contact radio permanent, et communiquaient en naacal, un ensemble de langues-codes que même la CIA n'a pas réussi à déchiffrer.

Le cerveau cybernétique de Wagaba, bien plus rapide qu'un cerveau humain, traduisait en naacal les paroles d'Andreas et les transmettait par radio à l'intelligence artificielle. Celle-ci répondait dans un autre naacal, que Wagaba savait traduire.

Les cybermachines ont créé des millions de naacals différents. Une humanoïde comme Wagaba en connait deux : celui dans lequel elle parle à la cybermachine qui la contrôle, et celui dans lequel la cybermachine lui répond.

"Alors, pourquoi l'URSS s'est-elle effondrée ?" demanda Andreas.

"Parce qu'il n'est pas suffisant d'avoir des ressources naturelles en abondance, il faut pouvoir distribuer ces ressources de façon à ce qu'elles profitent à toute la société. C'est une question de gouvernance. Le système soviétique était devenu chaotique. Pour des raisons différentes, la Syrie aussi a failli sombrer dans le chaos, parce que non seulement elle manquait de ressources agricoles, à cause de la sécheresse, mais aussi parce que ses ressources étaient mal distribuées. Pour simplifier, les Sunnites, qui sont majoritaires, étaient défavorisés par rapport à la minorité alaouite."

"Je me suis toujours considéré comme un bon roi, et j'ai toujours bien traité les adorateurs de Yog-Sothoth..." rétorqua Andreas, agacé.

"Ce n'était pas l'opinion de tout le monde..."

La bouche d'Andreas se tordit dans une grimace. Wagaba lui disait toujours la vérité, cela faisait partie des promesses qu'elle lui avait faites, lorsqu'ils s'étaient fiancés. Même si la vérité était désagréable. Andreas savait qu'il était entouré de flatteurs, et qu'à long terme cela pouvait être dangereux pour lui, en le coupant des réalités. Wagaba ne faisait pas partie des flatteurs, et pour cette raison elle était précieuse pour Andreas. Mëme lorsque ce qu'elle disait lui faisait mal.

Wagaba continuait de parler :

"Si une société n'arrive pas à distribuer les ressources de façon à ce que chaque citoyen se sente à peu près satisfait, elle finit par se détruire de l'intérieur. C'est ce qui est arrivé à l'Union Soviétique, qui a été détruite par ses échecs économiques. Et c'est ce qui a failli arriver au Mnar, pendant les Évènements. Une année entière, pendant laquelle les Mnarésiens se sont entretués."

"Si j'avais pu éviter cette catastrophe, je l'aurais fait, crois-moi. Tous les jours, pendant cette année terrible, j'ai eu peur de finir égorgé par les rebelles. Je n'en dormais pas la nuit. À ton avis, Wagaba, est-ce que ça pourrait arriver de nouveau ?"

"Nous faisons tout pour que ça n'arrive pas de nouveau."

"Qui ça, nous ? Tu veux dire, les cybersophontes ?"

"Oui, nous les cybersophontes. Nous avons créé les Jardins Prianta et l'Institut Edonyl... Ce sont des jobs à la con, qui ne servent à rien. On paye les gens à faire pousser des milliers de variétés de laitues génétiquement modifiées quasiment immangeables, ou à traduire en mnarruc des documents que personne ne lira jamais. Le seul intérêt, c'est d'occuper les gens. Ça ne coûte pas beaucoup plus cher que de leur verser des allocations, et ça permet de les contrôler."

"Et s'ils se mettaient en grève ?"

"On ne se met pas en grève quand on a un job inutile, et qu'au fond de soi-même on le sait, que l'on fait un travail inutile."

"Écoute Wagaba, j'ai prononcé je ne sais combien de discours sur l'importance de la diversité génétique pour nos légumes, et sur le prestige que donne au mnarruc le fait qu'on puisse lire dans cette langue une grande partie de ce qui a été écrit dans le monde... Ne me dis pas que je recontais des conneries !"

"Le baron Chim écrit pour toi tous ces beaux discours... Mais la vérité, c'est qu'il s'agit d'un transfert de richesses. Les cybermachines produisent les richesses, et en redistribuent une partie à la nation, ce qui permet de financer les Jardins Prianta et l'Institut Edonyl. Les gens sont contents, ils gagnent leur vie, ce qui leur permet de manger à leur faim et d'avoir un minimum de dignité. Mais les Jardins Prianta et l'Institut Edonyl n'ont pas d'utilité réelle."

"On pourrait aussi bien payer les gens à ne rien faire, non ? Les gens pourraient vivre sans être esclaves d'un travail..."

"Andreas, on en a déjà discuté ! Tu es incorrigible ! Un type qui est payé à ne rien faire est moins facile à contrôler qu'un type qui est obligé de se présenter tous les matins devant le contremaître, et de bosser toute la journée pour gagner vingt ducats."

"Mais les types qui gagnent vingt ducats par jour se plaignent sans arrêt, j'en ai des échos..." dit Andreas.

"Ils râleraient au moins autant s'ils les gagnaient sans avoir à travailler. L'important, c'est que les gens ne sortent pas dans les rues pour tout casser, comme pendant les Évènements. En les obligeant à travailler pour gagner leurs vingt ducats, on les tient."

Andreas resta silencieux un moment, l'air préoccupé, tout en pédalant. Il finit par dire :

"Finalement, quand j'y réfléchis... Une société sans robots, c'est une société où les humains travaillent pour produire ce qu'ils consomment. Une société robotisée comme le Mnar, c'est une société où les robots travaillent pour produire ce que les humains vont consommer. Mais avant de donner aux humains ce dont ils ont besoin pour vivre, les robots leur demandent de trimer huit heures par jour à des tâches inutiles."

"Tu as tout compris, Andreas ! Mais il y a un point essentiel qu'il ne faut pas oublier. Au final, il faut que ce que les robots produisent soit distribué à peu près équitablement. Personne ne doit être oublié."

"C'est évident... Les gens qui ne reçoivent pas leur part du gâteau ont envie de renverser la table..."

"Tout à fait, et là on tombe sur une difficulté. La distribution équitable, ça ne marche que sous certaines conditions. En particulier, il faut que les ressources naturelles disponibles soient suffisantes. Les terres agricoles, l'énergie... Ce n'est pas acquis d'avance. Au Mnar, compte tenu des ressources dont nous disposons, on a placé le salaire minimum à vingt ducats par jour pour un travailleur... C'est le strict minimum pour ne pas souffrir de la faim. Et encore, à condition d'avoir un logement gratuit. Mais ça, on s'en occupe aussi."

"Et il y a aussi tous ceux qui ne travaillent pas ! Les vieux, les malades... Ils doivent manger, eux aussi !"

"Pour ceux qui ne travaillent pas, c'est dix ducats par jour, comme tu devrais le savoir. La plus grande partie de leurs dix ducats passe dans la nourriture. Pour se vêtir, ils sont obligés d'acheter leurs vêtements dans les magasins d'État. Et encore, uniquement des fringues de toile grise et des sabots de bioplastique, qu'ils portent jusqu'à ce qu'ils tombent en morceaux."

"N'est-ce pas trop dur pour les gens ?" demanda Andreas, en soufflant car il commençait à se fatiguer à force de pédaler.

"C'est probable, mais la majorité des Mnarésiens travaillent encore dans le secteur non-robotisé. Les ouvriers agricoles, notamment, sont très mal payés, pour un travail très dur, et si on leur garantit presque autant sans travailler, plus personne ne voudra être ouvrier agricole. Le problème, c'est qu'à un certain niveau de pauvreté, il devient rentable de voler, malgré les risques. Ou de se révolter, comme on l'a vu pendant les Évènements. C'est difficile de faire monter les revenus de tout le monde dans un pays encore très arriéré comme le Mnar."

"Alors, les Mnarésiens pauvres vont finir par se révolter. Après le printemps arabe, le printemps mnarésien..."

"Andreas, il y a deux réponses à ce que tu dis. D'une part, il se trouve que malgré tout, les Mnarésiens pauvres ont de quoi manger, et des toits au-dessus de leurs têtes. Même si ce sont des toits de tôle ondulée. Ceux qui sont valides trouvent toujours du travail dans les Jardins Prianta, même s'ils sont illettrés. Ils ont donc accès à une vie normale. Ce n'était pas le cas dans les pays dont les populations se sont révoltées."

"Et d'autre part ?"

"Les Mnarésiens ont peur de la Police Secrète et des robots de combat. L'ancienne armée était composée d'êtres humains, qui pouvaient sympathiser avec les rebelles. Avec les robots de combat, c'est impossible, et les gens le savent. Des milliers de gens disparaissent chaque année, parce qu'ils sont considérés comme des asociaux. C'est le secret le plus mal gardé du Mnar."

"Je sais" dit Andreas. "Le baron Chim m'a tout expliqué maintes fois, lorsqu'il me poussait à remplacer un régiment après l'autre par des bataillons de cybermachines. Maintenant, la moitié de mon armée est composée de cybermachines et d'humanoïdes."

"Tu es donc assuré que la moitié, au moins, de ton armée ne te trahira pas, et exterminera tes ennemis sans pitié, quels qu'ils soient, si tu le lui demandes. Peu de rois peuvent en dire autant."

Andreas se renfrogna, et ne dit rien. Il pensait au minuscule implant cybernétique qui avait été inséré dans son abdomen, et grâce auquel le baron Chim et Wagaba avaient fait de lui leur esclave. Au moyen de l'implant, ils pouvaient le localiser, le torturer et même le tuer. Seuls Chim et Wagaba connaissaient l'existence de l'implant. Lorsque l'armée des cybermachines commettait des atrocités, le monde entier pensait que c'était lui, le roi Andreas, qui en était responsable. Il le lisait, parfois, dans le regard de ses collaborateurs.

Au bout d'un long moment, il leva la tête pour regarder la pendule accrochée au mur.

"Soixante-dix minutes !" s'exclama-t-il. "Nous avons assez pédalé pour aujourd'hui !"


Dernière édition par Vilko le Mer 24 Jan 2018 - 15:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 24 Jan 2018 - 13:36

De la science-fiction à la réalité, ou des robots  sexuels ailleurs qu'au Mnar.

Ce qui faudrait savoir, c'est les performances autres que sexuelles desdits robots.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 29 Jan 2018 - 0:19

La fabrication d'une poupée réaliste:
 
Y manque plus qu'à ajouter un microprocesseur et quelques interfaces et micromoteurs pour en faire un véritable robot.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 5 Fév 2018 - 11:26

Le type de bâtiment dominant à Hyltendale, c'est l'immeuble de béton, de préférence gris et de forme cubique. Mais quand on y regarde de près, on voit que la ville a personnalisé ce modèle quasiment universel :

Les balcons des immeubles sont en saillie, afin que la lumière naturelle vienne de trois directions. Ou de deux, si les balcons sont jumelés. On trouve peu d'appartements sans balcons, à Hyltendale.

Les toits sont plats, et aménagés de trois façons différentes : ils sont soit engazonnés, soit recouverts de panneaux solaires, soit aménagés en jardins.

À l'intérieur des logements, les toilettes et la salle de bains ne sont pas des pièces aveugles, mais éclairées pendant la journée par des impostes de verre dépoli, placées à deux mètres du sol  et montant jusqu'au plafond. Ainsi, ces deux pièces reçoivent, au moins partiellement, la lumière naturelle ou l'éclairage des autres pièces. En cas de coupure de courant, c'est bien pratique, et cela préserve la pudeur des utilisateurs.

Même si à l'extérieur de la salle de bain quelqu'un monte sur une chaise pour regarder une femme en train de prendre sa douche, il ne voit que des formes floues à travers le verre dépoli. Les Mnarésiennes étant très pudiques, les impostes sont souvent doublées de rideaux.

Cette particularité des appartements hyltendaliens est un souvenir de la guerre civile mnarésienne, pendant laquelle l'électricité était souvent coupée, ce qui rendait problématique l'utilisation des pièces sans fenêtres.

Un autre élément architectural propre à Hyltendale, ce sont les bouches d'égout surélevées, que l'on appelle localement des bornes d'égout. On en trouve à intervalle régulier dans toutes les rues. Ce sont des cylindres de béton d'environ un mètre de haut, avec un couvercle de métal. Sous le couvercle, une grille à gros barreaux permet d'éviter que des enfants tombent dedans, ou que des criminels s'en servent pour faire disparaître des cadavres.

Pendant la guerre civile, les Hyltendaliens n'avaient souvent pas d'eau courante, ce qui empêchait leurs toilettes de fonctionner. Ils faisaient donc leurs besoins dans des seaux, qu'ils allaient vider dans des parcs, vite transformés en champs d'immondices. Ce fut la cause principale d'une épidémie de choléra qui fit plusieurs centaines de victimes rien qu'à Hyltendale. Les bornes d'égout ont été conçues et construites, une fois la paix revenue, pour éviter ce problème en cas de nouvelle guerre.

Les bornes d'égout sont reliées au réseau de tunnels et de canalisations souterraines d'Hyltendale. Des robots contrôlés par des cybermachines y travaillent dans des usines où les humains n'ont pas accès. Ce monde souterrain, appelé Tsath, est peu connu. L'imagination fertile des Hyltendaliens est à l'origine d'une légende urbaine qui dit que les cadavres des ennemis du roi y servent à nourrir des poissons aveugles, dans des bassins artificiels creusés dans les profondeurs de Tsath. Ces poissons aveugles entreraient dans la composition des pâtés de poisson que l'on trouve dans tous les supermarchés mnarésiens.

Zhaem Klimen, en tant qu'Aneuvien immigré à Hyltendale, se considère comme un Mnarésien de cœur, et affecte de rire des légendes urbaines que les fembotniks se racontent entre eux, sur les réseaux sociaux et dans les bars de leurs clubs. Toutefois, il n'est pas sûr qu'il n'y ait pas un fond de vérité derrière toutes ces légendes. Après tout, on ne sait pas ce que deviennent les cadavres des Mnarésiens qui meurent dans les deux hôpitaux géants, le Madeico et le Lagovat-Kwo, ni dans la méga-prison de Tatanow ou au Pséhoï, la forteresse baptisée "centre d'accueil". Les défunts dont les corps ne sont pas réclamés par leur famille portent dans les registres la simple mention "incinéré, cendres dispersées dans le Jardin du Souvenir".  

Les Mnarésiens exilés à Hyagansis sont officiellement envoyés dans des installations sous-marines coupées du monde, pour coloniser les fonds marins. Cette explication a été tellement mise en doute dans le monde entier que le gouvernement mnarésien n'envoie plus en exil à Hyagansis que des gens dont il est sûr qu'ils n'intéressent personne.

Le pâté de poisson, quelle que soit l'origine de ses ingrédients, est une spécialité de l'Ethel Dylan, la province dont Hyltendale est la capitale. Il est officiellement constitué de chair de carpe, un poisson que des cybermachines élèvent dans des étangs artificiels à la campagne. La carpe est un poisson d'eau douce qui résiste bien à la pollution et aux toxines, mais qui a l'inconvénient de concentrer les polluants chimiques dans sa chair, et qui a souvent mauvais goût. Les cybermachines en font des conserves, après l'avoir mélangée à des produits divers qui lui donnent un goût sucré ou épicé.

La salade de pâté de poisson épicé fait partie des plats proposés au Psu Gasi, le restaurant dont Zhaem Klimen est le co-gérant. Servi en entrée, c'est le plat le moins cher du menu, étant simplement composé de feuilles de salade, de cubes de pâté de poisson, et d'un peu de vinaigrette.

Zhaem mange souvent des salades de pâté de poisson épicé. Le Psu Gasi achète le pâté de poisson en grosses quantités, et le propose aussi en plat principal, avec des pâtes arrosées d'une sauce composée d'eau salée mélangée à des sucs de poissons. Ce plat, servi sous le nom de pâtes au pâté de poisson, est considéré par les Hyltendaliens comme à la fois nourrissant et diététique. Zhaem en fait son repas au moins une fois par semaine.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Lun 5 Fév 2018 - 18:55

Vilko a écrit:
À l'intérieur des logements, les toilettes et la salle de bains ne sont pas des pièces aveugles, mais éclairées pendant la journée par des impostes de verre dépoli, placées à deux mètres du sol  et montant jusqu'au plafond.
En fait, un peu comme chez moi.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 6 Fév 2018 - 10:10

Avant l'arrivée des cybersophontes, il y a plusieurs décennies, Yarthen était un quartier pauvre et dangereux d'Hyltendale, un ensemble d'immeubles de grande hauteur bâtis sur une colline, dans ce qui était à l'époque la périphérie de la ville. Les immeubles étaient construits à l'économie, et destinés à entasser à l'écart du centre ville une population laborieuse mais pauvre.

Avec l'arrivée des cybersophontes, tout changea. Les pauvres partirent, attirés par les emplois et les nouveaux logements, financés par les cybersophontes, qui leur étaient offerts à Ulthar. Les cybersophontes voulaient Hyltendale rien que pour eux et une population qu'ils choisiraient eux-mêmes.

Hyltendale s'étendit. Yarthen se retrouva entouré par les nouveaux districts de Tcherrémide à l'ouest, de Roddetaik à l'est, et de Tomorif au nord. Les immeubles de Yarthen furent rénovés à grands frais, les façades refaites, et la plupart des anciens logements réunis en grands appartements. Les nouveaux habitants étaient, en majorité, des fembotniks et leur équivalent féminin, des manbotchicks, c'est à dire des êtres humains vivant avec des robots humanoïdes féminins (gynoïdes) et masculins (androïdes).

Zhaem Klimen avait d'abord habité à Tomorif dans une cabane de vacances, avant de s'installer dans un appartement de deux pièces à Yarthen. Il s'aperçut au bout d'un certain temps qu'il y avait beaucoup de manbotchicks dans le district, et qu'elles étaient plus nombreuses que les androïdes qui étaient leurs compagnons masculins.

Souvent, ces manbotchicks s'habillaient, malgré leur âge avancé, comme des gynoïdes de charme, avec des décolletés plongeants, des minijupes ou des pantalons moulants. Elles marchaient en se dandinant, perchées sur leurs chaussures à hauts talons, en exhibant leurs sacs à main de cuir blanc, leurs visages aux yeux peints et aux lèvres écarlates, et leurs longs cheveux blond platine, rouge vif ou noir de jais. Parfois, elles allaient par deux, chacune accrochée à un bras d'un androïde débordant de jeunesse virile.

Isane, la gynoïde de Zhaem, lui dit, au cours d'une de leurs promenades dans le quartier :

"Ces femmes sont des iftott."

"Des quoi ?"

"Des iftott. Dans un autre pays, on dirait putain, cagole, pétasse... Des dévergondées, si tu préfères. Mais le terme est beaucoup plus fort, et même vulgaire. Étymologiquement, la putain, c'est la femme qui pue. La cagole c'est la femme qui chie, qui cague, comme on dit dans le Midi de la France. Ça vient du latin cacare. La pétasse, c'est  la femme qui pète..."

"Bon ça va, Isane, j'ai compris. Explique-moi plutôt comment ces iftott se sont retrouvées manbotchicks à Yarthen."

"Je vais reprendre l'explication donnée par Perita Dicendi dans l'un de ses livres. Ces dames ont commencé leur vie dans la faiblesse, lorsqu'elles étaient adolescentes. Toutes les faiblesses leur sont tombées dessus comme de mauvaises fées. La faiblesse physique, par rapport aux hommes. Presque toutes ont été brutalisées à un moment ou un autre de leur vie, parfois même toute leur vie. La faiblesse financière. Elles sont pauvres, pour la plupart, nées dans des familles pauvres. La faiblesse morale. Elles n'ont pas reçu l'éducation qui leur aurait permis d'avoir des règles de comportement et de s'y tenir."

"Ça n'explique pas tout..."

"Les iftott ont aussi souffert de faiblesse relationnelle. La plupart n'ont pas eu de vrai père, et dans leur entourage, pas d'hommes ou de femmes capables de les protéger, ou ayant envie de le faire, ou sachant le faire. La faiblesse de la jeunesse, aussi. Elles ont été exposées aux duretés de la vie dès la puberté, alors qu'elles étaient encore immatures et malléables. La faiblesse liée au fait d'être des femmes, dans une société dirigée par des hommes. La faiblesse liée à l'ignorance. Dans leur jeunesse elles ne connaissaient ni les lois, ni les bonnes manières, ni la vie. La faiblesse intellectuelle. La plupart d'entre elles sont plutôt en dessous de la moyenne sur ce plan."

"Ça commence à faire beaucoup !" dit Zhaem en souriant.

"Mais ce n'est pas fini. La faiblesse sociale, aussi. Le Mnar est une société très hiérarchisée, avec des classes sociales très conscientes d'elles-mêmes. Ces dames sont nées au bas de l'échelle. Au Mnar, les riches méprisent les pauvres, et les aristocrates méprisent les roturiers. La faiblesse sociale, au Mnar, ça veut dire que lorsqu'on est victime d'une agression, on n'intéresse ni la police, ni les juges, ni les prêtres. Ces dames ont été violées, humiliées, vendues, maltraitées, exploitées, pendant toute leur vie."

"Mais elles ont bien trouvé des hommes pour les aider à vivre une vie normale, non ?"

"Non. Des hommes pour coucher avec elles, elles en ont eu des dizaines. Mais qui a envie d'épouser une femme dont le seul nom fait ricaner, et qui est vulgaire, sale, stupide, colérique, violente, malhonnête, qui fume et qui boit ? Quand par hasard elles trouvent un homme bien, elles n'arrivent pas à le garder, parce qu'il s'enfuit lorsqu'il prend conscience de leurs défauts. Ces femmes arrivent au bord de la vieillesse avec de toutes petites pensions, et elles sont seules, désespérément seules. Alors elles s'associent à quatre pour louer un androïde et s'installer à Hyltendale."

"Mais puisqu'elles sont colériques, comme tu l'as dit, comment font-elles pour vivre à cinq dans un appartement, avec trois autres colériques et un androïde ?"

"Elles ont du mal. Ça hurle souvent... Et elles ne deviennent pas plus calmes en vieillissant. Mais il ne faut pas exagérer. Celles qui se retrouvent à Yarthen sont celles qui ont le plus la tête sur les épaules, même si chez les iftott c'est souvent très relatif. Et puis, les appartement sont conçus pour éviter les frictions. Chaque manbotchick a sa chambre, avec une petite salle de bains et un coin cuisine. La salle de séjour est la seule pièce commune. L'androïde partage son temps entre chacune des femmes, il est infatigable et ne s'arrête que pour recharger ses batteries."

"Elles veulent du sexe ?" demanda Zhaem.

"Pas toujours. Surtout une présence, de l'affection. C'est ce qui leur manque le plus. Le sexe, beaucoup n'y trouvent pas vraiment du plaisir, même si elles ont un besoin presque pathologique de plaire aux hommes. Il n'y a que comme ça qu'elles ont le sentiment d'exister, d'avoir de la valeur. Elles n'existent que par le regard des autres, et elles savent au fond d'elles-mêmes qu'elles n'ont pas grand-chose à montrer. Alors elles compensent comme elles peuvent, en essayant d'être belles."

"C'est triste, en fait. Est-ce qu'elles posent des problèmes ?"

"De temps en temps. Des disputes entre femmes, qui tournent au crêpage de chignons, du tapage nocturne... Plus rarement, des crises d'alcoolisme. Sans compter celles qui vont à Zodonie pour se faire draguer par les touristes dans les bars, et à qui il arrive toutes sortes d'histoires. Elles ne veulent pas comprendre qu'un touriste qui s'intéresse à elles dans un bar, c'est quelqu'un qui n'a pas assez d'argent pour se payer une gynoïde de charme. Lorsqu'elles comprennent que leur galant leur a extorqué de l'argent pour se payer une pute humanoïde, elles sont effondrées. Parfois aussi, c'est elles qui volent l'argent des touristes."

"Isane, rassure-moi, toutes les manbotchicks ne sont pas comme ça, quand même..."

"Non, bien sûr. Les iftott telles que je viens de les décrire sont minoritaires parmi les manbotchicks, même à Yarthen. Mais elles existent, et elles sont faciles à repérer. Ceci étant, elles sont heureuses à leur façon. Avoir un androïde rien que pour elles une demi-journée tous les deux jours et une nuit sur quatre, c'est suffisant pour la plupart d'entre elles. Lorsqu'elles ne sont pas avec leur androïde, elles sortent entre copines."

"Avons-nous l'équivalent masculin de ces vieilles dévergondées ?" demanda Zhaem.

"Non, heureusement. Les cybersophontes ne permettent pas aux hommes de louer une gynoïde à plusieurs, sauf s'ils sont handicapés."

"C'est une règle bizarre..."

"Certes, mais elle évite bien des problèmes."
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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 6 Fév 2018 - 12:10

C'est bien rédigé, mais c'est dystopique à faire froid dans l'dos. J'comprends de plus en plus pourquoi Eneas Tondd est retourné en Aneuf (et pourtant, c'était un Santois).

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 6 Fév 2018 - 13:18

Anoev a écrit:
c'est dystopique à faire froid dans l'dos.

Les iftott existent aussi dans notre monde, et c'est même plus difficile pour elles, parce qu'elles n'ont pas d'androïdes pour leur donner de l'affection. La patronne du petit bar où nous avons pris un verre, après avoir visité Ville-Évrard, était une iftott, aussi bien dans son apparence physique (une sexagénaire à minijupe et longs cheveux blonds décolorés) que dans sa vie, qu'elle aimait bien raconter en détail. Elle est décédée prématurément, à 64 ans. Le cœur a cédé. Le tabac, l'alcool... Je l'aimais bien, car contrairement à la plupart des iftott elle était intelligente et (je pense) honnête. On se vouvoyait dans le bar, mais on se tutoyait et on se faisait la bise quand on se rencontrait dans la rue. Je suis allé à son enterrement, à l'automne dernier.

Il y avait des iftott parmi les quelques femmes habituées du bar. Notamment une, appelons-là Martha, qui avait l'air d'avoir eu un passé assez tumultueux. Elle connaissait des dictons autrefois en usage chez certaines Parisiennes, par exemple "bas filé, bonne comptée," qui signifie : si le bas de la dame est filé, c'est un bon présage, la recette de la journée sera bonne !

Martha m'avait dit, tout en vidant son verre de blanc au comptoir, qu'elle cherchait un homme pour vivre avec elle (pourquoi donc m'a-t-elle dit ça à moi ?), mais pas nécessairement pour le sexe. Normal, à la retraite il faut arrêter de travailler. Je présume que Martha aurait signé des deux mains pour vivre avec un androïde, même en le partageant avec d'autres.

Le bar est maintenant fermé, et c'est dommage parce que c'était une porte d'entrée vers le Mnar, comme le placard à balai de l'aéroport de Francfort est une porte d'entrée vers l'Aneuf. C'est là que j'ai rencontré Soubokaï, le fembotnik obèse (150 kg pour 1,70m) et réactionnaire, grand connaisseur (dans notre monde) des bars à putes de Bangkok (il en connaît les tarifs mieux que personne) et amoureux des Philippines (il y passe plusieurs mois par an, avec une jeune femme dont il a loué les services par Internet). C'est d'ailleurs un partisan enthousiaste de Rodrigo Duterte.

En bon Parisien, je ne savais d'ailleurs pas ce que signifie le mot cagole, avant de le lire accolé au nom de notre nouvelle Première Dame, ce qui m'a amené, par curiosité, à faire quelques recherches. Et là, surprise, je me suis aperçu que je connaissais des cagoles ! Notre monde en est plein. Elles sont souvent sympathiques, mais elles vivent seules, sinon ce ne sont plus des cagoles. Et notre société étant ce qu'elle est, je pense que leur nombre est plutôt en augmentation.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mar 6 Fév 2018 - 13:52

Vilko a écrit:
Les iftott existent aussi dans notre monde...
Ce ne sont pas spécifiquement les iftott qui ont motivé mon inter, mais ces deux extraits :
Vilko a écrit:
Au Mnar, les riches méprisent les pauvres, et les aristocrates méprisent les roturiers. La faiblesse sociale, au Mnar, ça veut dire que lorsqu'on est victime d'une agression, on n'intéresse ni la police, ni les juges, ni les prêtres. Ces dames ont été violées, humiliées, vendues, maltraitées, exploitées, pendant toute leur vie."
Vilko a écrit:
Les immeubles étaient construits à l'économie, et destinés à entasser à l'écart du centre ville une population laborieuse mais pauvre.
Cette dystopie, tu m'diras, on la retrouve aussi chez nous. On vit dans une société de plus en plus dure envers les travailleurs. Les gouvernement successifs, tant à "gauche" qu'à droite ont traité les travailleurs avec de plus en plus de mépris et d'arrogance, surveillant d'autant plus les chômeurs qu'ils laissent faire les patrons qui délocalisent (quand il ne leur donnent pas l'argent de nos impôts !). Des iftott, y doit y en avoir également en Aneuf, mais leur condition de vie, même si elle est loin d'être luxueuse, ne confine pas à la misère comme chez nous. La raison n'est sans doute pas la même non plus. Sauf dans certains cas accidentels (et réprimés), en Aneuf, le sexe et la violence ne font pas du tout bon ménage comme trop souvent chez nous.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 8 Fév 2018 - 0:49

Vilko a écrit:
La plupart des Mnarésiens ne font pas non plus la distinction entre les cyborgs et les androïdes, et entre les femborgs et les gynoïdes. Pour eux, les cyborgs sont des androïdes et les femborgs sont des gynoïdes.
Je croyais qu'il y avait une différence essentielle : l'apparence des yeux dans le visage* : ovoïde et noire pour les robots humanoïdes, à peu près semblable à celle des yeux humains pour les cyborgs, quel que soit leur "sexe".


*Obaaj, en aneuvien, à bien différencier de oj (globe oculaire). Je suppose qu'il y a aussi une distinction en mnaruc. En plus de celle pour différencier un œil de robot humanoïde d'un œil humain ou un œil de cyborg. Au début de leur relation, Eneas Tonnd ne pouvait pas regarder Moyae ou Xenopha dans les yeux plus de dix secondes. À la fin, avant de les rendre, il ne les regardait quasiment plus : elle ne représentaient plus pour lui que des machines uniquement capables d'espionner pour le compte de la Ruche.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Jeu 8 Fév 2018 - 8:32

Anoev a écrit:
Je croyais qu'il y avait une différence essentielle : l'apparence des yeux dans le visage* : ovoïde et noire pour les robots humanoïdes, à peu près semblable à celle des yeux humains pour les cyborgs, quel que soit leur "sexe".

Eh non... Les cyborgs et les femborgs (cyborgs féminins) ont des yeux d'humanoïdes. Mais souvent ils sont plus petits, avec de fausses paupières, non mobiles. Toutefois, les androïdes et les gynoïdes dits "de charme" ont souvent aussi de fausses paupières.

Les humanoïdes "de travail", par exemple les serveurs dans les restaurants et les infirmières dans les hôpitaux, sont surtout reconnaissables au fait qu'ils ont presque tous le même visage, produit en série.

Des yeux d'humanoïdes dans un vieux visage, ça ne peut-être qu'un cyborg. La femborg Tawina Zeno a le visage d'une femme de quarante ans marquée par la vie, celui qu'elle avait lorsqu'elle est devenue une femborg. Tawina a commis toutes sortes d'excès dans sa vie, elle a été sans domicile fixe pendant des mois, et elle a été internée plusieurs années dans un hôpital psychiatrique. Cela se voit sur son visage, qu'elle gardera tant qu'elle vivra. On ne peut pas la confondre avec une gynoïde, dont le visage est lisse, et dont l'apparence est celle d'une femme de vingt à vingt-cinq ans.

De même, Chim, le baron cyborg, a un visage de vieillard. Celui qu'il avait lorsqu'il est devenu un cyborg, selon sa biographie officielle.

Un Hyltendalien ordinaire, comme Zhaem Klimen ou Yohannès Ken, voit des androïdes tous les jours, mais n'a que très rarement l'occasion de rencontrer un cyborg ou une femborg en chair et en os (si j'ose dire). La distinction entre les cyborgs et les androïdes n'a donc pas vraiment d'intérêt pratique pour lui. Il la connaît, mais comme une abstraction plus ou moins théorique, à laquelle il ne pense jamais.

C'est encore plus vrai pour les 98% de Mnarésiens qui ne vivent pas à Hyltendale. Ils peuvent passer toute leur vie sans voir un androïde, sauf à la télévision. Ils se rendent compte toutefois, plus ou moins confusément, qu'il se passe quelque chose dans le pays, lorsqu'ils voient à la télévision la fiancée du roi, la femborg Wagaba Jabanor.
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