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 Les fembotniks

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Vilko
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 8 Nov 2017 - 11:35

Le moyen de transport typiquement hyltendalien, c'est l'autobus. Il y en a de toutes tailles et de toutes couleurs. Souvenir de l'époque où ils étaient achetés d'occasion, dans différents pays. Depuis, Hyltendale est devenu une ville prospère. Ses bus sont toujours achetés à l'étranger, mais ils sont neufs, et généralement munis de moteurs électriques, ce qui les rend agréablement silencieux. On peut aller partout en bus à Hyltendale, depuis le Port Fluvial à l'ouest jusqu'au bout de la Côte d'Ethel à l'est, quatre-vingts kilomètres plus loin.

Le projet de créer des lignes de tramway dans le sens est-ouest est à l'étude depuis des années, et n'a toujours pas été mis en œuvre, faute d'argent, la municipalité refusant de s'engager sans être absolument certaine que le projet sera rentable.

Les bus hyltendaliens sont propres, bien entretenus, bon marché, et très nombreux. On en trouve partout, à toute heure du jour ou de la nuit, sept jours sur sept. Les chauffeurs androïdes, en uniforme bleu ou gris, ne dorment jamais. Grâce au fait que ce sont surtout des humanoïdes qui travaillent, il n'y a pas d'heures de pointe à Hyltendale, la circulation est toujours fluide.

Lors de son premier séjour à Hyltendale, Zhaem Klimen avait acheté un plan détaillé de la ville, avec les trajets des différentes lignes de bus.

À l'intérieur des bus, les passagers correspondent aux différents groupes qui composent la population d'Hyltendale. Les résidents permanents de la ville sont généralement accompagnés par leur humanoïde domestique. On trouve aussi beaucoup de résidents temporaires, Mnarésiens venus d'autres provinces pour visiter un parent hospitalisé ou emprisonné, ou touristes étrangers. Enfin, on trouve des pensionnaires d'asiles pour vieillards ou pour handicapés. Eux aussi sont souvent accompagnés d'humanoïdes.

Se trouver dans le même autobus qu'une dizaine de débiles mentaux, à la propreté douteuse et au regard à la fois stupide et scrutateur, est une expérience fréquente à Hyltendale. Les androïdes et les gynoïdes qui les accompagnent savent les contrôler, mais seulement dans une certaine mesure.

Zhaem se souvient notamment d'une fois où, l'autobus étant relativement bondé, Isane s'était assise sur ses genoux. Un homme aux vêtements malodorants, dont le crâne déformé montrait qu'il avait le cerveau atrophié, avait pris place sur le siège faisant face à celui de Zhaem. Pendant tout le trajet, l'homme avait gargouillé, comme s'il accumulait de la salive dans sa gorge avant de cracher, tout en reluquant Isane. Il y avait plusieurs humanoïdes dans l'autobus, mais Zhaem n'aurait pas pu dire si l'un d'eux était chargé d'accompagner l'homme au crâne déformé. Il s'était senti soulagé en quittant l'autobus, quelques arrêts plus loin.

L'une des nombreuses légendes urbaines qui circulent à Hyltendale lui était alors revenue en mémoire. La rumeur était née peu après les Évènements, la guerre civile atroce qui avait déchiré le Mnar pendant un an. Zhaem avait entendu dire que la Police Secrète et le roi Andreas, n'ayant ni l'envie ni la possibilité de faire juger et condamner à mort des dizaines de milliers de rebelles capturés pendant les Évènements, les avaient fait transférer à l'hôpital psychiatrique du Lagovat-Kwo, à Hyltendale. Là, des médecins androïdes avaient "soigné" les rebelles à leur façon, en endommageant de façon irrémédiable leur cerveau.

Quelques mois plus tard, les anciens rebelles, autrefois prêts à prendre les armes et à donner leur vie pour renverser la monarchie, étaient sortis libres du Lagovat-Kwo. Mais ils étaient tous devenus des idiots bavants, incapables de se nourrir seuls et de tenir un fusil. La plupart s'étaient immédiatement retrouvés dans des institutions pour débiles mentaux, commodément situées dans le même district que l'hôpital.

Le ministre de la Santé de l'époque avait évoqué une épidémie, une bactérie inconnue qui dévorait les cerveaux de l'intérieur et provoquait dans un premier temps des comportements violents et irrationnels, et dans un deuxième temps une arriération mentale profonde.

Dans les autobus, les humanoïdes (tel est le nom générique que l'on donne aux androïdes et aux gynoïdes) prennent garde à ce que leurs yeux cybernétiques entièrement noirs et opaques, semblables à des yeux d'insectes, n'inquiètent pas les humains. Ils font donc semblant de lire de petits livres, aux titres anodins. Les ouvrages religieux ou politiques sont bannis, car les humanoïdes, n'ayant pas d'âme, n'ont pas de religion et ne sont pas des citoyens.

Les humains préfèrent garder leurs yeux rivés sur l'écran de leur smartphone. Dans la culture mnarésienne, en effet, il est très grossier de regarder quelqu'un fixement, même par accident.

Les noms des arrêts de bus sont annoncés par haut-parleur. Quelle que soit la ligne de bus, la voix, toujours la même, est celle de Rita Wemnaith, une actrice qui serait plus que centenaire si elle était toujours vivante. Les enregistrements ont été faits lorsque l'actrice était jeune, sa prononciation paraît donc surannée, pédante ou provinciale aux Mnarésiens d'aujourd'hui. Mais pour les Hyltendaliens, c'est simplement une voix de gynoïde, car toutes les gynoïdes de travail parlent avec la voix de Rita Wemnaith.

Zhaem avait appris à parler le mnarruc en discutant avec ses gynoïdes successives, Virna et Isane. Il finit par parler un excellent mnarruc, mais avec un curieux accent, des intonations aneuviennes dans une prononciation démodée, que l'on appelle "mnarruc d'ascenseur", parce que c'est celle des voix féminines qui indiquent les étages dans les ascenseurs. À Hyltendale, cette prononciation est devenue une norme de fait, la plupart des résidents essayant de dissimuler leur accent provincial ou étranger. Zhaem n'est d'ailleurs jamais arrivé à distinguer les accents des provinces mnarésiennes, que l'on retrouve tous à Hyltendale, où l'on entend aussi beaucoup d'accents étrangers, même chez les fembotniks.

Un trajet en autobus est, pour certains fembotniks, l'une des rares occasions qui se présentent à eux de se trouver dans le même lieu clos que d'autres êtres humains. Ils ne disent rien, de peur de causer chez leur interlocuteur des réactions imprévisibles. Ils ont le regard fuyant, de peur que leur attention soit mal interprétée. Ils font donc semblant de lire leur courrier sur leur smartphone, ou de lire un livre. On les repère aussi à leurs vêtements, généralement enveloppants et de couleurs sombres ou ternes, qui sont pour eux comme des armures protectrices. Même avec leur gynoïde, ils ne parlent pas, ils chuchotent. L'équivalent féminin de ces fembotniks misanthropes existe aussi. Ce sont des manbotchicks, généralement vêtues de sombre et boutonnées jusqu'au cou, le bras bassé sous celui de leur androïde, comme pour se rassurer.

Assez rarement, il arrive que l'on voie des enfants dans les autobus hyltendaliens. Ils sont toujours accompagnés par l'un de leurs parents, ou par un androïde ou une gynoïde. Le mnarruc n'est pas nécessairement leur première langue, car beaucoup d'entre eux sont les enfants d'étrangers expatriés, envoyés à Hyltendale par leur employeur.

Lors de ses promenades à pied à travers la ville, Zhaem voyait sur les trottoirs le même genre de personnes que dans l'autobus. Ce n'est qu'à Zodonie, où il y a beaucoup de touristes, que la foule ressemble, vue de loin, à celle d'une ville aneuvienne.

Hyltendale est une ville dont l'architecture n'a rien de spécial. La plupart des bâtiments sont des cubes de béton grisâtre, alternant avec des centres commerciaux et des parkings, signalés de loin par des piliers surmontés de statues de monstres à tentacules. Même les temples et les maisons individuelles sont des cubes de béton, avec des toits plats engazonnés ou recouverts de panneaux solaires. Seuls les parcs publics, précieuses oasis de verdure, sont remarquables. Ils ont tous été conçus par une gloire locale, l'architecte-paysagiste Maya Vogeler.

Pour les habitants d'Hyltendale, chaque quartier a une saveur particulière. Lablo Fotetir et Fotetir Tohu, respectivement le port fluvial et le quartier du port, sont pleins de machines géantes, d'installations industrielles et d'immeubles de bureaux. Le port des hydravions se trouve à Fotetir Tohu. Zodonie est un lieu de débauche pour touristes, avec des bars et des hôtels à gynoïdes. Sitisentr est le centre du pouvoir et de l'argent. C'est aussi là que se trouve la Gare Centrale. Tcherrémide, Yarthen et Tomorif sont des zones résidentielles sans grand intérêt. C'est à Yarthen que l'on trouve les immeubles d'habitation les plus élevés d'Hyltendale. Arjara, qui était prévu pour être un quartier flottant sur la mer, est un vaste chantier abandonné faute de financement. Playara, ce sont de belles maisons au bord des plages, une anticipation de la Côte d'Ethel. Roddetaik, le grand district à l'est de la ville, est un lieu où l'on trouve surtout des hôpitaux, des prisons et des hôtels. Les murs d'enceinte des prisons et des hôpitaux sont décorés de peintures murales censées être admirables.


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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 8 Nov 2017 - 11:58

Les bus hyltendaliens sont à batterie, ou bien ce sont des trolleybus ? Moi, j'dirais bien : "trolleybus avec des batteries" : sur les grandes avenues, les bus prennent le courant par leurs perches et, tout en roulant, rechargent les batteries (de faible tailles, mais dopées au yetschœch), et dans les quartiers historiques, ou en grande banlieue, ou bien pour passer sous certains ponts, où la caténaire peut être gênante, les perches sont baissées, et les batteries font leur office.

Si Zodonie ressemble à une ville aneuvienne, c'est plutôt à un quartier aneuvien : celui de Kastenexhelle, au centre d'Hocklènge. Et encore, par certains côtés seulement. Dans les bars à hôtesses, à Kastenexhelle (rares endroits publics où on peut voir des eaux-de-vie), où l'alcool est assez cher, les gens de la maison (patron, barman, hôtesses, vigiles) ne te regarderont pas de travers si tu te contente d'une bière à 0°, un jus de fruit, un soda ou une eau gazeuse. Le type d'approche sera beaucoup moins vulgaire que chez nous.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 8 Nov 2017 - 12:42

Anoev a écrit:
Les bus hyltendaliens sont à batterie, ou bien ce sont des trolleybus ? Moi, j'dirais bien : "trolleybus avec des batteries" : sur les grandes avenues, les bus prennent le courant par leurs perches et, tout en roulant, rechargent les batteries (de faible tailles, mais dopées au yetschœch), et dans les quartiers historiques, ou en grande banlieue, ou bien pour passer sous certains ponts, où la caténaire peut être gênante, les perches sont baissées, et les batteries font leur office.

Hyltendale a des bus à batteries électriques sur la plupart des lignes, et des trolleybus le long des avenues, surtout dans le sens est-ouest.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 15 Nov 2017 - 10:38

Parfois, lors de ses promenades dans les rues animées de Zodonie, Zhaem passait devant l'hôtel à gynoïdes où il avait, pour la première fois de sa vie, connu intimement une gynoïde, bien des années auparavant.

Il était très timide à l'époque, et à peine sorti de l'adolescence. Mettant en application les conseils qu'il avait lus dans un guide pour touristes, il était entré dans le bar de l'hôtel, sur la devanture duquel il avait lu l'inscription ACOIV YEFEMU (gynoïdes vénales), et il était allé s'asseoir à une table vide. C'était le matin, et il n'y avait que quelques clients et une demi-douzaine de gynoïdes dans la partie bar. Zhaem ne le savait pas, mais certains hommes se contentent de discuter avec les gynoïdes vénales. Ce n'est pas gratuit, car la gynoïde insiste toujours pour commander des boissons au prix exorbitant.

Apercevant Zhaem, un serveur androïde en costume noir et tablier blanc était venu prendre sa commande.

"Luepi" (de la bière) avait dit Zhaem, dont les connaissances en mnarruc étaient alors très élémentaires, et qui espérait que l'alcool lui donnerait du courage.

Le serveur avait énuméré une liste de marques, presque toutes inconnues de Zhaem. Celui-ci avait toutefois entendu parler de la bière de Sarnath. Il répondit donc "Sarnath" au serveur, qui s'éloigna et revint une minute plus tard avec une petite bouteille de bière et un verre sur un plateau. Il posa le verre sur la table de Zhaem, et y versa le contenu de la bouteille, avec autant de sérieux qu'un prêtre versant le vin sacré lors d'un rituel.

Conformément à l'usage mnarésien, Zhaem paya sa bière dès qu'elle lui fut servie. Il attendit ensuite, le cœur battant, tout en buvant à petites gorgées le liquide jaune pâle et un peu amer.

Une gynoïde de charme s'approcha de lui. Elle avait de longs cheveux blonds, visiblement synthétiques, qui contrastaient avec ses yeux cybernétiques entièrement noirs, un visage rond et souriant, et elle portait une mini-robe bleue très décolletée, avec un badge sur lequel était écrit un prénom : VIRNA.

"Farna, nad detep in fiel mas mu ?" lui avait-elle demandé avec un sourire. Le jeune Zhaem avait compris qu'elle lui demandait la permission de s'asseoir à sa table.

"Cira" (oui), avait-il répondu, trop ému pour faire une phrase complète.

"Ne seriez-vous pas aneuvien ?" lui avait demandé la gynoïde en anglais, tout en s'asseyant.

"Comment le savez-vous ?" lui avait répondu Zhaem, éberlué. Il savait que les humanoïdes étaient reliés par radio à l'intelligence collective des cybersophontes, mais c'était tout à fait autre chose d'en faire l'expérience personnelle. Le réceptionniste de l'hôtel où Zhaem était descendu était un androïde. Il avait transmis tous les renseignements le concernant à l'intelligence collective, y compris son apparence physique.

Non seulement les traits du visage de Zhaem étaient désormais accessibles à un logiciel de reconnaissance faciale, mais également les caractéristiques des iris de ses yeux, que l'androïde avait vus d'assez près pour en transmettre les images à l'intelligence collective. On sait depuis longtemps que chaque être humain peut être identifié avec un niveau assez élevé de certitude grâce à la configuration unique des iris de ses yeux.

Le serveur androïde, en prenant la commande de Zhaem, avait transmis une image de son visage à l'intelligence collective, qui avait reconnu Zhaem Klimen. Le serveur avait ensuite vérifié l'identité de Zhaem en scrutant les iris de ses yeux, tout en lui parlant.

Lorsque Virna la gynoïde était venue s'asseoir à la table de Zhaem, elle savait déjà beaucoup de choses sur lui, grâce à l'intelligence collective des cybersophontes. Elle connaissait son âge, sa nationalité, son adresse en Aneuf (qui figurait sur son passeport). Elle avait même un embryon de portrait psychologique. Elle savait aussi que, parlant mal le mnarruc, il préférait s'exprimer en anglais, langue nécessaire à ses études d'ingénieur.

"Ça se voit que vous êtes aneuvien. Vous me plaisez" avait dit Virna à voix basse, mais sans perdre de temps. "J'ai une chambre dans l'hôtel. Pour cinquante ducats, je vous emmène faire l'amour dans ma chambre. Vous me paierez dans la chambre. Vous êtes d'accord ?"

"Oui" avait répondu Zhaem, fortement ému.

"Vous avez assez d'argent liquide ? Je prends toutes les monnaies, même les vire aneuviens."

"J'ai des ducats" avait dit Zhaem, qui, par précaution, avait apporté plus que la somme nécessaire.

Oubliant sa bière sur la table, il avait suivi la gynoïde dans l'ascenseur, jusqu'à une petite chambre meublée dans le style impersonnel des hôtels modernes.

La gynoïde avait jeté un regard rapide, mais pénétrant, sur les cinq billets de dix ducats de Zhaem, avant de les mettre dans la fente d'une boîte métallique vissée à un mur, près de la porte d'entrée. C'est écrit dans tous les guides touristiques, s'il y a une chose qu'il ne faut pas faire à Hyltendale, c'est d'essayer d'y écouler de la fausse monnaie. Mais Zhaem était honnête, et ses billets étaient authentiques.

Ce qui avait suivi avait été la première étape d'un long processus, qui allait finalement faire de Zhaem un partisan inconditionnel du Mnar et des cybersophontes.


Dernière édition par Vilko le Ven 17 Nov 2017 - 22:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 15 Nov 2017 - 11:11

Vilko a écrit:
Il était très timide à l'époque, et à peine sorti de l'adolescence.
Ce qui laisse à penser que Zhæm Klimen était allé et connaissait Hyltendale bien avant de travailler chez Somýropa. Ou bien alors Somýropa était sa toute première entreprise, il y avait débuté, au bas de l'échelle. Je me demande comment il a pu, à l'époque, gagner assez d'argent pour s'envoler vers le Mnar, y séjourner, et payer une prostituée (cybernétique). Les salaires de débutants (même diplômés) ne sont pas très élevés en Aneuf, mais l'ascenseur social fonctionne à Merveille. Zhæm en est un des cas, puisqu'il a pu, depuis simple employé (même s'il était sorti de l'université) devenir cadre moyen en quelques années.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 15 Nov 2017 - 11:52

Anoev a écrit:
Ce qui laisse à penser que Zhæm Klimen était allé et connaissait Hyltendale bien avant de travailler chez Somýropa.

Tout à fait, puisqu'il était encore étudiant lors de ses premiers séjours à Hyltendale. Ses études étaient payées par ses parents, relativement fortunés, et l'argent de ses jobs d'étudiant lui permettait de brefs séjours.

L'usage aneuvien, qui consiste à recruter au bas de l'échelle même les diplômés de l'université, pénalise ceux qui font des études longues. Il faut souvent cinq ans d'étude universitaire pour être ingénieur, pendant lesquels on ne touche évidemment aucun salaire. Comme ensuite il faut commencer au bas de l'échelle, au même niveau que les non-diplômés, cela fait cinq ans de perdus. Cinq ans de salaire, ce n'est pas rien. Les non-diplômés, eux, bénéficient de la formation interne, tout en étant salariés, donc payés.

Zhæm Klimen, qui avait été obligé, pour ses études, d'apprendre à fond l'anglais, langue indispensable aux informaticiens, espérait pouvoir aller travailler aux États-Unis ou en Australie, où il aurait été embauché immédiatement à un salaire bien supérieur à ce qu'il pouvait espérer en Aneuf. Mais ses espoirs ont été déçus, et il a été obligé de se faire embaucher par Somýropa, où, les premières années, il a fait de tout, sauf de l'informatique, malgré son diplôme. D'où son ressentiment envers l'Aneuf.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 15 Nov 2017 - 12:42

D'autres personnes, notamment Agàth en sont passées par là aussi. En plus, il n'y avait pas de place (tous les postes en informatique étaient pris à l'entrée de Klimen chez Somý', il a donc fallu qu'il attendît). Il a dû prendre son mal en patience et a fait dans le commercial, alors qu'il constatait, la rage au cœur que des postes convoités, comme celui d'Agàth ou celui de Natàli étaient occupés par des femmes : il ressentait ça comme une injustice, lui : un homme, avec les diplômes adéquats (mais Agàth, Natàli les avaient aussi, et elles étaient déjà là). Il a donc monté d'échelle dans le commercial, tout en se maintenant à niveau (il était peut-être macho, ça ne l'empêchait pas d'être intelligent) en informatique. Il est arrivé, par concours, à trouver un emploi de responsable commercial. C'est à ce moment qu'il a sorti son message rageur dans son blogue. Un certain nombre de personnes s'étant senties insultées en public (un blogue, c'est peut-être privé, ça peut être lu par la Terre entière, d'autant plus que l'attaque de Klimen était bilingue : aneuvien & anglais). Du coup, en conséquence, il a obtenu (plus ou moins) ce qu'il demandait : un poste en informatique... aux ordres de sa pire ennemie. La suite, on, la connait.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 18 Nov 2017 - 10:48

Vilko a écrit:
La gynoïde avait jeté un regard rapide, mais pénétrant, sur les cinq billets de dix ducats de Zhaem, avant de les mettre dans la fente d'une boîte métallique vissée à un mur, près de la porte d'entrée. C'est écrit dans tous les guides touristiques, s'il y a une chose qu'il ne faut pas faire à Hyltendale, c'est d'essayer d'y écouler de la fausse monnaie. Mais Zhaem était honnête, et ses billets étaient authentiques.
Au Mnar, je suppose que les billets doivent être encore plus truffés de codes infalsifiables (puisque rédigés par les cybersophontes, et pouvant être lus par eux ou les robots (humanoïdes ou non) qui les servent). Payer avec de faux billets à Hyltendale (et même ailleurs au Mnar, où y a peut-être pas de robots humanoïdes, mais y a des robots autrement, et donc des détecteurs de billets), c'est un peu comme si on voulait acheter, chez nous, un véhicule avec une liasse de... billets de Monopoly. Je suppose que les Mnarésiens peuvent payer les gynoïdes (et androïdes) prostituées (-és) avec un autre système de paiement : carte bancaire notamment. Et en chèque si la technologie est si élevée. Je suppose qu'en un clin d'"œil", en scrutant le code-flash*, un humanoïde peut savoir si le compte est approvisionné, et envoyer un signal à la banque comme quoi le chèque a été payé régulièrement par le titulaire du compte et non volé (comme ça, pas d'opposition frauduleuse possible, ni de vidage du compte)°. Ce système n'existe pas en Aneuf, puisque les employés, quels qu'ils soient, sont des êtres humains, donc pas de chèque bancaire admis dans beaucoup de commerces ; par contre, des chèques prépayés, comme les chèques de voyage ou les chèques emplois, sont admis, y compris par les personnes utilisant leur corps commercialement, si j'puis dire, mais ne rendent pas la monnaie : ainsi, comme pour les tickets-restaurant, on met une somme inférieure, et on complète en liquide ou en carte bancaire (mais les prostitué(e)s aneuvien(ne)s ne prennent pas les tickets restaurant). Cependant, si l'établissement de plaisir sexuel comporte un restaurant (en général, pas donné), celui-ci est tenu de les accepter.

Y a-t-il des tickets-restaurants au Mnar ?


*L'état du compte n'est pas dans le code-flash, puisque celui-ci ne change pas, alors que le compte, lui, fluctue. Le système (je suppose), le voici : L'humanoïde lit le code-flash, ce qui lui donne immédiatement le nom de la banque et le numéro du compte. Il interroge alors la banque, en lui demandant si tel numéro de compte est supérieur ou égal à la somme demandée, ainsi, deux réponses possibles et pas une de plus (pour préserver la confidentialité du compte du payant) : "oui" ou "non", ou plutôt, en code : I ou O. Si c'est I, pas de problème, si c'est O : (en mnaruc) : « veuillez utiliser un autre mode de paiement, celui-ci décèle une insuffisance ».
°En plus de la reconnaissance faciale : deux précautions valant mieux qu'une.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 19 Nov 2017 - 0:39

Anoev a écrit:
Au Mnar, je suppose que les billets doivent être encore plus truffés de codes infalsifiables (puisque rédigés par les cybersophontes, et pouvant être lus par eux ou les robots (humanoïdes ou non) qui les servent).

Non, puisque ce sont des billets qui existaient déjà avant l'arrivée des cybersophontes. Ils n'ont guère changé depuis, à part le fait qu'ils sont maintenant à l'effigie du roi Andreas au lieu d'être à celle de son père, le roi Robert.

Anoev a écrit:
Je suppose que les Mnarésiens peuvent payer les gynoïdes (et androïdes) prostituées (-és) avec un autre système de paiement : carte bancaire notamment.

Oui, mais en général les clients préfèrent payer en espèces. En effet, beaucoup de clients sont mariés, et n'ont pas envie que leur épouse remarque des paiements bizarres sur les relevés de compte...

Anoev a écrit:
Et en chèque si la technologie est si élevée.

Les chèques ne sont pas acceptés dans les "hôtels à gynoïdes" hyltendaliens, et sont vus avec méfiance partout ailleurs.

De toute façon, peu de clients des "hôtels à gynoïdes" ont envie de montrer leur carte d'identité ou leur passeport, qui sont toujours demandés si l'on paye par chèque. La plupart des clients, en effet, préfèrent être appelés par un prénom, souvent fictif. Par exemple, "Monsieur Jo" (Farna Jos, en mnarruc). Ce pseudonyme a tellement servi, qu'en argot mnarésien, "Farna Jos" désigne le client d'une prostituée. 

Payer avec une carte de crédit peut poser un problème pour les touristes étrangers. En effet, à cause des sanctions internationales visant le Mnar, les cartes Visa, MasterCard et American Express ne fonctionnent pas à Hyltendale. Le roi Andreas a donc fait appel à des ingénieurs et banquiers chinois pour raccorder son pays au réseau chinois UnionPay.

La solution la plus simple, pour les touristes, est de faire l'acquisition d'une carte bancaire prépayée dans une agence bancaire hyltendalienne, et de l'alimenter en faisant un virement à partir de son compte bancaire personnel, ce qui peut être fait soit dans l'agence bancaire, soit par Internet.

Autre avantage : à Hyltendale, comme dans notre monde, une carte bancaire prépayée peut être à n'importe quel nom, même un pseudonyme.

Toutefois, les opérations effectuées avec une carte bancaire prépayée apparaissent sur les relevés de compte de son propriétaire, quel que soit le nom qui figure sur la carte. Payer en espèces reste donc la solution préférée par les clients qui souhaitent ne pas laisser de traces.

C'est aussi la solution préférée par les gérants des hôtels à gynoïdes, qui "oublient" souvent de déclarer une partie de leur chiffre d'affaires...

À Hyltendale, les chèques de voyage ne sont pas acceptés dans les magasins, mais on peut les changer en ducats mnarésiens dans les hôtels et les banques.

Anoev a écrit:
Y a-t-il des tickets-restaurants au Mnar ?

Oui, mais ils sont limités à certaines grandes villes comme Sarnath, Céléphaïs et quelques autres. Par ailleurs, les restaurants hyltendaliens n'acceptent que les chèques-restaurants mnarésiens. Cela ne concerne donc pas les touristes étrangers.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 19 Nov 2017 - 3:24

Les cartes bancaires prépayées, c'est un peu l'équivalent de la défunte carte Moneo, qui n'a pas marché parce que les banques se sont montrées trop gourmandes pour sa gestion (alors qu'elle aurait dû être gratuite). Les banques rançonnaient les commerçants qui acceptaient ce type de gestion et faisaient payer la carte aux porteurs.

Sinon, je ne pense pas que les Chèques-restaurant français marchent ailleurs qu'en France, contrairement par exemple aux chèques de voyage qui eux, ont, par essence, une destinée internationale.

Pour les billets, j'avais sérieusement pensé que, depuis la prise du pouvoir officieusement par les CBPH, les anciens billets avaient été démonétisées, valeur faciale par valeur faciale et que les nouveaux billets ressemblaient plus ou moins aux anciens (comme nos €uros, qui ressemblent aux précédents, sauf que le cyrillique s'est ajouté au grec et au latin), à l'exception que les fins filets microscopiques (mais détectables par n'importe quel robot) sont à une fréquence variable calculée selon un algorithme connu des seuls cybersophontes (qui fabriquent lesdits billets) alors qu'ils sont toujours à la même fréquence sur les anciens billets (sans valeur, mais facilement reconnaissables malgré tout), quant aux faux billets, ils ressemblent quasiment aux vrais, sauf que la trame est, là aussi, régulière. Les humanoïdes décèleraient ces trames grâce à leur vue particulièrement précise (cf le regard scrutateur quant Zhæm donne l'argent à la prostituée*). Bon, ce n'est que supposition de ma part.


*En Aneuf, la clientèle ne paie pas par chèque bancaire, même pas par chèque de banque ni ticket restaurant. Trois paiements possibles : le liquide, les cartes bancaires (normales ou prépayées) ou les chèques-emploi (sauf à la Zone Franche, où ce dernier paiement n'est pas accepté, et où on paiera de préférence soit en liquide, soit par une carte prépayée).

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 19 Nov 2017 - 9:56

Anoev a écrit:
Les cartes bancaires prépayées, c'est un peu l'équivalent de la défunte carte Moneo, qui n'a pas marché parce que les banques se sont montrées trop gourmandes pour sa gestion (alors qu'elle aurait dû être gratuite). Les banques rançonnaient les commerçants qui acceptaient ce type de gestion et faisaient payer la carte aux porteurs.

C'est la raison pour laquelle les cartes Moneo ont été remplacées par les cartes prépayées, qui existent dans tous les pays du monde, sous l'appellation générique de store value cards. À Hyltendale, les cartes prépayées anonymes sont l'équivalent des cartes cadeaux "open loop" de Visa, Mastercard et Amex, qui unissent les avantages des espèces (notamment l'anonymat des transactions) avec les avantages des cartes bancaires (sécurité en cas de perte ou de vol).

Anoev a écrit:
Pour les billets, j'avais sérieusement pensé que, depuis la prise du pouvoir officieusement par les CBPH, les anciens billets avaient été démonétisées

Les cybersophontes n'ont pas pris officieusement le pouvoir au Mnar, ils l'ont pris secrètement. Personne ne sait (à part une demi-douzaine de cyborgs et de cybermachines) que le roi Andreas est passé sous le contrôle des cybersophontes. Pour rester au pouvoir, le roi doit tenir compte des réalités sociales, économiques, et même ethniques et religieuses, du Mnar. Parmi ses soutiens, il a des groupes qui ne voient pas nécessairement les cybersophontes d'un bon œil, pour diverses raisons.

Pour faire simple : la majorité des Mnarésiens sont des adorateurs de Yog-Sothoth. Une minorité d'entre eux, notamment ceux qui vivent à Hyltendale, comme Yohannès Ken, sont monarchistes. Mais la plupart des adorateurs de Yog-Sothoth sont plutôt anti-monarchistes, la famille royale étant issue de la communauté des adorateurs de Nath-Horthath. On peut citer parmi ces anti-monarchistes modérés le clan Ken, à Ulthar.

Le fait qu'il soit devenu monarchiste est l'une des raisons pour lesquelles Yohannès est rejeté par son propre clan, ce qui l'a poussé à aller s'installer à Hyltendale.

Toutefois, la majorité de cette majorité anti-monarchiste préfère encore le roi Ken aux extrémistes de son propre camp, les théocrates de Yog-Sothoth. Or, l'un des arguments majeurs de ces théocrates est que le roi Andreas est vendu aux cybersophontes, qui sont décrits par les prédicateurs théocrates comme des créatures démoniaques. Le roi Andreas, pour ses ennemis les plus farouches, est un agent des démons. Certains théocrates y croient dur comme fer.

Heureusement, la majorité des adorateurs de Yog-Sothoth sont des gens raisonnables, qui pensent que le roi Andreas est, certes, un tyran cruel, mais qu'il n'est pas un agent des démons. Ou en tout cas, qu'il faut lui laisser le bénéfice du doute. Au Mnar, cela s'appelle être modéré.

Le roi sait qu'il perdrait le soutien (très relatif) des modérés s'il donnait des raisons de croire qu'il est sous la coupe des cybersophontes. Les théocrates en seraient renforcés, et cela mettrait la monarchie en danger. C'est notamment à cause de cela que le mariage du roi avec la duchesse femborg Wagaba Jabanor est sans cesse repoussé aux calendes grecques.

Remplacer les anciens billets de banque par de nouveaux billets conçus par les cybersophontes, ce serait donner un argument supplémentaire aux théocrates, et le roi Andreas n'y tient pas. Le peuple mnarésien n'aimerait pas du tout que les cybersophontes contrôlent même la monnaie. Même son conseiller cyborg, le baron Chim, et sa fiancée la femborg Wagaba Jabanor, ont déconseillé à Andreas de démonétiser les anciens billets.

Ce serait de toute façon inutile. La durée de vie d'un billet de banque est d'environ six mois. Après être passé de main en main, il devient sale et commence à se déchirer. Les banques, qui sont toujours le destinataire final des billets de banque, les remplacent alors par des billets neufs. C'est d'ailleurs pour cela qu'on a presque toujours des billets neufs quand on retire de l'argent d'un distributeur automatique.

Ces billets neufs sont, contrairement aux anciens billets, munis de mesures de sécurité élaborées, comme les euros et les dollars récents : filigrane, marques secrètes visibles seulement aux ultra-violets, etc. Les yeux cybernétiques voient l'ultra-violet, et peuvent de cette façon distinguer les vrais billets des faux. Mais extérieurement, les nouveaux billets sont identiques aux anciens, qui sont toujours en circulation.

Ceci étant, payer ses achats avec un billet datant du roi Robert, retrouvé sous le matelas d'un vieil oncle, est plutôt mal vu par les commerçants mnarésiens. Ils demanderont souvent au client d'aller changer son billet à la banque, où les guichetiers ont été spécialement formés à reconnaître les faux billets.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Dim 19 Nov 2017 - 12:34

Vilko a écrit:
Ceci étant, payer ses achats avec un billet datant du roi Robert, retrouvé sous le matelas d'un vieil oncle, est plutôt mal vu par les commerçants mnarésiens. Ils demanderont souvent au client d'aller changer son billet à la banque, où les guichetiers ont été spécialement formés à reconnaître les faux billets.
D'où l'intérêt de payer en carte (prépayée ou non).

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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Sam 25 Nov 2017 - 17:19

Les villes mnarésiennes, comme la plupart des villes du monde, ont rarement des limites précises. Dans ce qui est encore la campagne, une maison est construite sur ce qui était autrefois une prairie, un lotissement de quelques maisons remplace une ferme, une usine est construite sur l'emplacement d'un ancien champ de blé. C'est ainsi que les villes s'étendent, progressivement, presque organiquement.

Yohannès Ken avait constaté ce phénomène à Ulthar, sa ville natale. Mais à Hyltendale, il n'avait rien vu de tel. Autour de la ville, les zones agricoles appartiennent à des cyborgs, ou, de plus en plus souvent, à des humains réputés proches des cybersophontes. Et quel que soit le prix qu'on leur offre, ils ne vendent pas leurs terres. Au bar du Cercle Paropien, les Hyltendaliens racontent, en buvant leur bière de Sarnath ou leur thé de Baharna, que derrière une telle unanimité, il y a certainement une décision du Maître de la Ruche, le chef caché et anonyme des cybersophontes.

Yohannès faisait partie des "humains proches des cybersophontes", et il se gardait bien d'en parler. Il portait en lui un implant cybernétique qui permettait à la Ruche, l'intelligence collective des cybersophontes, de le localiser à distance, et, s'il désobéissait aux ordres, de le torturer jusqu'à ce qu'il se suicide. C'était son terrible secret. En contrepartie, les cybersophontes assuraient sa prospérité matérielle, en l'utilisant comme intermédiaire dans leurs combinaisons financières.

Il allait souvent se promener à pied de chez lui jusquà Tomorif, un district situé au nord d'Hyltendale, avec Shonia, sa gynoïde. Au-delà d'une frontière invisible, la rue Sequec devient la route d'Adduath, et la ville devient la campagne. Les petits immeubles de béton et les villas cubiques de Tomorif cèdent la place à des plantations de pins. Le bois de pin est très utilisé à Hyltendale, notamment dans l'ameublement, la production de papier et de carton, et la chimie.

La campagne environnant Hyltendale est un lieu où l'être humain a vite l'impression d'être un intrus. On n'y trouve ni aires à pique-niques, ni auberges, ni stations-service. Seuls des humanoïdes et des cybermachines y résident, dans des installations agro-industrielles. Les anciens villages ont été soit reconvertis en centres agricoles, soit rasés. C'est le cas d'Adduath, qui a laissé son nom à la route qui part de Tomorif en direction du nord-est.

Avant la venue des cybersophontes, Adduath était un petit bourg tranquille. Lorsque les cybersophontes ont racheté toutes les terres agricoles, les habitants sont partis à Ulthar, où les cybersophontes leur ont proposé des emplois dans les Jardins Prianta, et des logements. Quelques vieillards sont restés quelques années dans le village, certains ont tenu plus de vingt ans, avant d'être pris en charge par les maisons de retraite et les hospices d'Hyltendale. Après le départ des derniers habitants, tous les bâtiments d'Adduath encore existants ont été détruits à coups d'explosifs et de bulldozers, recouverts de terre et laissés en friche. L'endroit est maintenant classé réserve naturelle. La nuit, des chats redevenus sauvages y chassent les rats et les lapins.

Un seul bâtiment a été épargné, c'est le temple de Yog-Sothoth. Il tombe en ruine, mais il permet au gouvernement mnarésien de prétendre qu'Adduath existe encore, et donc de laisser son nom sur les cartes.

L'absence de stations-service et de restaurants, sur une centaine de kilomètres au nord d'Hyltendale, a pour but d'encourager les humains à prendre le train ou à utiliser l'autoroute pour se rendre dans les provinces situées au nord de l'Ethel Dylan, la province dont Hyltendale est la capitale.

Les fermiers etheldylaniens interdisent la chasse sur leurs terres, sauf pour les privilégiés du Club Orion, qui, assistés de leurs chiens, chassent à l'arbalète lapins, sangliers et chevreuils.

Le Club Orion est un club de chasseurs. Il n'est pas nécessaire d'être un fembotnik pour y adhérer, mais il vaut mieux être fortuné, car la cotisation annuelle est chère. De plus, il faut avoir son propre équipement, assez coûteux, sans compter son ou ses chiens, qu'il faut dresser à la chasse. Le Club Orion est le deuxième club le plus prestigieux d'Hyltendale, après l'Adria Nelson.

Yohannès Ken n'avait aucune envie d'adhérer au Club Orion. Le Cercle Paropien lui suffisait.

Zhaem Klimen aussi connaissait la rue Sequec. Il y avait visité un appartement, lorsqu'il cherchait à se loger. Hyltendale est une ville de béton, et la rue Sequec en est une illustration typique. Elle est entièrement bordée de bâtiments cubiques ou rectangulaires, en béton gris. Deux grands piliers surmontés de monstres à tentacules permettent de repérer de loin le parking du centre commercial, dont le supermarché est ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En face du centre commercial se trouve le parc Petronii, conçu par l'architecte-paysagiste Maya Vogeler, comme tous les parcs d'Hyltendale.

Dans la grisaille du béton, chaque appartement de la rue Sequec est un petit nid de bonheur tranquille, amoureusement aménagé par l'accro aux gynoïdes, le sex robot addict comme disent les Américains, qui en a fait sa résidence. En regardant les fenêtres garnies de rideaux blancs et les balcons fleuris, Zhaem pensait toujours à des huîtres, dont la coquille grise et dure cache un cœur de chair blanche et palpitante.

La plupart des Hyltendaliens habitent des appartements munis de balcons. L'usage est d'y mettre des plantes en pot, une petite table et deux chaises. Lorsqu'il fait beau, ils y prennent leurs repas ou jouent aux cartes avec leur gynoïde. Par temps frais ou pluvieux, ils s'imposent quand même d'y passer au moins une demi-heure par jour, pour "prendre l'air" (naro jetaes katar, "respirer le vent du ciel", en mnarruc). La croyance populaire, au Mnar, est qu'il faut passer au moins une demi-heure chaque jour "sous le ciel" (tu jetaes) pour rester en bonne santé. On les voit alors assis, emmitouflés dans des manteaux, en train de discuter à voix basse avec leur compagne humanoïde.

Souvent, celle-ci porte un masque-cagoule (saneeflan), ce qui indique qu'elle incarne un personnage, tel que Barzaï le Sage, Brad le journaliste-baroudeur, ou des centaines d'autres. Souvent, ces personnages sont les seules fréquentations, les seuls amis du fembotnik, l'être humain qui a pris une gynoïde comme compagne. Il vit avec eux, dans le confort de son appartement ou de sa maison, de vraies aventures, où il est tour à tour professeur et étudiant, détective et suspect, vendeur et client.

Il y a environ cinq cent mille fembotniks et manbotchicks (leur équivalent féminin) à Hyltendale. Ils sont presque tous rentiers ou retraités. La moitié d'entre eux sont des amis soit de Barzaï, soit de Brad, soit des deux. En tant que personnages virutels, Barzaï et Brad ne sont pas tenus par les règles de neutralité politique qui s'appliquent aux humanoïdes. Ils sont discrètement monarchistes, partisans du roi Andreas. Leur influence sur leurs amis humains est l'une des raisons qui expliquent la force du parti monarchiste, pro-gouvernemental, dans l'Ethel Dylan.

Une autre croyance populaire mnarésienne dit qu'il faut être physiquement actif au moins une heure par jour. C'est sans doute pour cette raison que l'on croise toujours beaucoup de piétons dans les rues d'Hyltendale, faisant leur promenade quotidienne ou bi-quotidienne. Yohannès avait dit à Zhaem qu'il aimait bien faire l'aller-retour de chez lui au centre commercial Odanda, parce que cela faisait exactement une demi-heure de marche dans chaque sens.

Zhaem, qui fréquentait lui aussi le centre commercial Odanda, avait remarqué que certains couples, composés d'un homme et d'une gynoïde, ou d'une femme et d'un androïde, ne venaient au centre que pour boire un café ou un nuem zeeteblar (une boisson à la menthe) à la cafétéria, avant de repartir, sans aller dans les boutiques ou au supermarché.

En bon Aneuvien qu'il était, Zhaem éprouvait des sentiments mélangés en se disant que ces fembotniks et manbotchicks ne parlaient jamais à un être humain. Les fembotniks et les manbotchicks côtoient d'autres humains dans l'autobus, dans la rue, et dans les magasins, mais ils ne leur parlent pas. À Hyltendale, tous les caissiers de supermarché, employés de pharmacie, chauffeurs de bus et serveurs de restaurants sont des humanoïdes. Pour parler à des humains, il faut faire partie d'un club.

Il semblait à Zhaem que ces fembotniks et manbotchicks, assis dans la cafétéria d'Odanda, faisaient plus que boire ou manger. Ils communiaient avec leurs semblables, qui eux aussi buvaient et mangeaient, en n'échangeant que quelques mots à voix basse avec leur compagne ou compagnon humanoïde. Comme s'ils voulaient se rassurer sur leur humanité.

Il y avait cependant quelques vrais groupes d'humains dans la cafétéria. Des Hyltendaliens, peu nombreux, qui n'étaient pas des fembotniks, et qui venaient en famille. Et aussi des manbotchicks qui se partageaient à plusieurs un seul androïde, faute de moyens financiers. Et aussi des vieillards fatigués, et des handicapés, hébergés dans l'une des nombreuses institutions locales, et que des humanoïdes emmenaient à la cafétéria en guise de promenade.

Au début, Zhaem ne comprenait pas pourquoi il voyait tant d'invalides, de vieillards séniles et de débiles mentaux à Hyltendale. Il apprit par la suite que, suite à un accord avec le gouvernement royal, les cybersophontes sont obligés de les prendre en charge. Des centaines de milliers d'improductifs sont ainsi logés, nourris et soignés à Hyltendale, aux frais des cybersophontes, en échange du droit pour ces derniers de s'installer dans l'Ethel Dylan.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks   Mer 6 Déc 2017 - 22:01

Zhaem Klimen, lorsqu'il était étudiant, puis jeune ingénieur en Aneuf, passait tous les étés ses vacances à Hyltendale. Il ne savait pas encore que, des années plus tard, il s'y installerait pour de bon.

La raison principale de son attrait pour Hyltendale, c'était bien sûr Zodonie, le "quartier chaud" d'Hyltendale. Zhaem avait été surpris, au début, en découvrant que les rues de Zodonie avaient un aspect presque ordinaire. Ce n'est que plus tard, après avoir visité les autres quartiers d'Hyltendale, qu'il perçut les spécificités de Zodonie. On y voit dans les rues beaucoup de touristes, comme lui. Surtout des hommes, souvent accompagnés de belles gynoïdes. Les hôtels, bars et restaurants sont plus nombreux qu'ailleurs, et les publicités sont aussi fréquentes en anglais, chinois ou japonais qu'en mnarruc, langue officielle du pays.

Les gynoïdes vénales de Zodonie ne racolent pas dans la rue. Leurs équivalents masculin, les "androïdes de charme", non plus. Les clients potentiels rencontrent les gynoïdes dans les bars de certains hôtels, reconnaissables à l'inscription ACOIV YEFEMU sur la devanture de l'établissement. Il suffit de s'asseoir seul à une table, ou tout simplement de demander au réceptionniste s'il est possible de louer les services d'une gynoïde.

Les touristes peuvent aussi louer les services d'humanoïdes des deux sexes dans des agences de location, sobrement appelées RAINED SORUR (location d'humanoïdes), soit en se rendant sur place, soit par Internet. Une gynoïde ou un androïde de charme viendra chez vous, pour une durée correspondant à la somme que vous êtes prêt à dépenser.

Zhaem fit la connaissance de Betsy, une Américaine d'un certain âge, au physique plutôt ingrat, presque une caricature de vieille fille desséchée. Betsy allait tous les matins prendre son petit-déjeuner dans la salle à manger de l'hôtel, en compagnie de Clesipp, un androïde athlétique, toujours vêtu d'une veste jaune. Zhaem, accompagné de Virna, la gynoïde qu'il louait à l'époque, prenait son petit-déjeuner à la même heure que Betsy.

Zhaem et Betsy se reconnaissaient et se saluaient, étant souvent assis à la même table. Un matin, ils engagèrent la conversation, en anglais, langue que Zhaem pratiquait autant qu'il le pouvait. Il envisageait, à l'époque, de quitter l'Aneuf pour s'installer dans un pays anglophone, où les salaires des informaticiens sont plus élevés. Projet auquel il ne donna finalement pas suite.

Betsy était institutrice au Texas. Restée célibataire, elle souffrait de la solitude, et elle économisait toute l'année pour passer ses vacances à Hyltendale.

"Avec mon Clesipp, je vis en couple," avait-elle dit en mettant sa main sur le bras de l'androïde, assis à côté d'elle. "C'est si bon d'avoir un homme rien que pour soi... Des fois, Clesipp et moi, on ne fait rien d'autre que marcher au bord de la mer en se tenant par la main... Le bonheur, c'est simple, vous savez. Mais c'est tellement dur, quand on ne l'a pas, et qu'on vit seule."

"Peut-être qu'un jour vous pourrez vivre toute l'année à Hyltendale," lui avait répondu Zhaem, dans un anglais laborieux.

"Vous voulez dire, à la retraite ? No way. Ma pension sera trop petite pour me permettre de vivre à Hyltendale et de louer un androïde. À moins que je m'associe avec une ou deux autres dames, pour louer un appartement à plusieurs, et un androïde aussi... J'y réfléchis. Il me faudra une chambre à moi, et une salle de bain... Une pièce en plus, ce serait parfait... À deux, en combinant nos pensions, ça devrait pouvoir se faire... Si le dollar ne baisse pas par rapport au ducat mnarésien..."

"Ça a l'air d'être une idée intéressante," avait dit Zhaem, en mangeant ses tartines beurrées.

"Oui... J'aime l'Amérique, c'est mon pays. Mais vivre toute seule, avec juste un chat pour compagnon, c'est tellement triste..."

"L'Amérique est une démocratie. Le Mnar est une dictature," avait dit Zhaem, sans se soucier de Clesipp et de Virna. Il savait qu'il est impossible de vexer un humanoïde, parce qu'il n'oublie jamais qu'il n'est qu'un robot. "L'Amérique c'est la liberté, les grands espaces... Vous n'avez pas peur d'avoir le mal du pays ?"

"Vous ne connaissez pas l'Amérique, Zhaem. Les vastes plaines, les forêts, ça existe, mais nous avons aussi plus de gens en prison que n'importe quel autre pays, des quartiers que l'on évite même en voiture... Bref, le rêve américain est très surfait. Hyltendale, c'est mieux que la moitié des villes américaines. Presque pas de crimes, pas de clochards... Il y a aussi un élément important pour moi, c'est la santé. J'ai vérifié, les assurances-santé sont bien moins chères ici qu'aux States. À mon âge, il faut en tenir compte..."

Cette année-là, Betsy repartit pour les États-Unis avant que Zhaem ne reparte pour l'Aneuf. L'année suivante, il ne la revit pas, et il se dit qu'elle avait dû changer d'hôtel. Mais la vie est faite de hasards. Presque dix ans plus tard, ils se revirent à un arrêt d'autobus, à Yarthen.

"Je me souviens de vous, le jeune homme de l'hôtel Noemon," dit Betsy. "Vous êtes ingénieur, et à l'époque vous aviez envie d'aller travailler aux États-Unis."

"Le destin en a décidé autrement," dit Zhaem. "J'habite ici maintenant. Je suis devenu co-gérant d'un restaurant à Zodonie, et je vis avec une gynoïde, Isane, que j'ai l'honneur de vous présenter."

Isane inclina la tête, selon l'usage mnarésien.

"Moi aussi j'habite à Hyltendale !" dit Betsy. "Je me suis associée avec une autre retraitée pour partager logement et androïde, comme j'avais prévu de le faire depuis longtemps. Comme ma retraite est payée en dollars, tout ce que j'espère, c'est que le taux de change reste stable !"

Ils prirent le bus ensemble, car ils allaient dans la même direction.

"Vous et moi, nous sommes des robophiles," murmura Betsy à l'oreille de Zhaem. "Nous aimons les robots humanoïdes, même sexuellement. C'est ce que nous avons en commun, vous le jeune Aneuvien, et moi la vieille Texane. Savez-vous qu'en Cathurie, la robophilie est un délit ?"

"Oui... Ils sont un peu bêtes et arriérés, en Cathurie. Et pourtant, c'est juste à quelques centaines de kilomètres à l'ouest, et ils parlent le mnarruc," dit Zhaem d'une voix triste.

"Mais nous avons le roi Andreas avec nous," dit triomphalement Betsy. "Vous croyez qu'il va épouser sa femborg ? La duchesse Wagaba, je veux dire. C'est bon pour nous, qu'il se soit entichée d'une femme avec un corps d'humanoïde."

"Je n'ai pas la moindre idée de ce que va faire le roi," répondit Zhaem, qui se contrefichait de la vie privée du monarque.

Betsy descendit quelques arrêts plus loin. Lorsqu'elle fut partie, Zhaem se rendit compte qu'il ne connaissait même pas son nom de famille.
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